CDII.

La rue du Gros-Horloge conserve ses mystères. Une preuve ? L’autre soir, je vais chez Monoprix pour le ravitaillement. Au débouché de la rue du Bec, un couple de touristes australiens m’aborde. Pardon monsieur, vous avez l’air si gentil, pourriez-vous nous indiquer où se trouve la quincaillerie Delabarre et Godard. Stupéfaction : d’abord je comprends l’australique, ensuite on me trouve un air gentil ! Mais aussi qu’a-t-on à chercher une quincaillerie, certes valeureuse, mais fermée depuis des lustres ?

De prime abord, de telles anecdotes sont incroyables. Une parole en entrainant une autre, je vous résume : M. & Mme Albany (ou Albanie, je n’ai pas bien compris à cause d’un fort accent nordiste) étaient en résidence à l’Hôtel Mercure (rue Croix de Fer) et avaient perdu les clés de leur valise à roulettes. Le concierge (il y en a encore ?) leur avait affirmé avec légèreté qu’ils trouveraient, à deux pas d’ici, un quincailler vendant des clés universelles. C’était toute l’affaire.

La conversation se poursuivant, ils m’expliquèrent être aussi à Rouen (qu’ils prononçaient rouenne) pour le Tour de France et les nouvelles rames du métro. Aussi pour les travaux de la ligne Sept. Pour le Kindarena, le quartier Luciline, l’aménagement des quais, le mémorial Jeanne d’Arc, l’ancien et le nouveau maire, l’ancien et le nouveau député, la rétrospective Vera Molnar, la disparition du Fanal de Rouen, celle du Melville, de Mauve et Goût… que sais-je encore !

En trois jours ? Impossible. Il fallait, comme on dit, sérier. La vie est ainsi faite, même pour des Australiens, qu’on ne peut concilier rames de métro et Vera Molnar. Quitte à choisir, dirent-ils, et quoiqu’il nous en coûte, nous préférons voir d’abord en priorité le nouveau député Pierre Léautaud. Toujours ce satané accent ! Non, le député c’est Léautey, Léautaud c’est l’écrivain. Mister Albany s’étonna : C’est la même chose, non ? Mon Dieu, pas tout à fait. J’ai expliqué pourquoi.

Bien. Et votre valise ? Quelle valise ? Je bouillais. Par bonheur, qu’aperçois-je, sortant de la cathédrale, je vous le donne en mille : Ernest Delabarre et Honoré Godard ! Oui, ces anecdotes sont incroyables. D’une part parce que ces duettistes sont morts (c’est assez vraisemblable), et qu’ensuite, à ma connaissance, ils furent toujours considérés comme de farouches mécréants.

Ah, vous tombez bien vous deux, dis-je ! Comment aider nos malheureux visiteurs ? L’affaire expliquée, les associés droguistes parlèrent d’autorité et indiquèrent une adresse sûre, celle du Musée Le Secq des Tournelles. Là, ils trouveraient leur bonheur. Remerciements, embrassades, promesses de se revoir, voilà les Australiens partis.

N’empêche, je n’en menais pas large. Encore une histoire, à dormir debout. M’en expliquer avec Delabarre et Godard ? Délicat. N’étaient-ils pas morts ? D’un autre côté, il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. J’ai pris Honoré Godard, plus accessible, à part, et lui ai déballé ce que j’avais sur le cœur. Votre avis, franchement ? Il m’a regardé d’un air navré : Mon cher Félix, le fait est qu’en ce moment, vous ne vous foulez pas.

1 Réponse à “CDII.”


  • La petite souris

    Ne vous foulez pas plus, on vous aime comme ça !
    Et ce coup-ci, mes meilleurs sentiments de Moscou.

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