CD.

Jadis, les adjoints municipaux chargés de la Culture l’étaient au seul profit des Beaux-arts. Tous descendants des personnages de Gustave Flaubert, lequel d’entre nous (mutati mutandis) se serait donné la peine d’en penser quoi ce soit ? Ni en bien, ni en mal. Vrai, personne ne faisait attention à eux. Les monuments, les musées, certes, mais bon, j’ai un train à prendre, vous permettez ?

Quelle différence aujourd’hui ? Qui se souvient du docteur Rambert ? Qui se souvient de François Gorge ? Jean-Robert Ragache ? Catherine Morin-Dessailly ? Qui se souviendra de Laurence Tison ? Tant de vacuité à vouloir se remémorer les adjoints ! Ceux du temps de la Quatrième République, de la Troisième… et lorsque viendra la Sixième… A moins qu’alors, il n’y ait plus d’adjoints à la Culture (plus de culture et plus d’adjoints). A tout prendre ou laisser, ces temps futurs seront préférables à ceux actuels.

Il se pourrait aussi qu’il n’y ait plus que des adjoints aux choses utiles et aux choses inutiles. Aux agréables et désagréables. Aux importantes et sans importances. Un adjoint, distingué entre tous, pourra même cumuler les choses inutiles, agréables et sans importances. Lors des inaugurations, il s’ingéniera à faire un discours en tous points identiques à ses attributions. Voilà qui nous changera.

Idem, on s’en doute, pour le sommet de l’État. Ainsi des ministres aux choses sérieuses et pas sérieuses, avec délégations au superflu ou au dérisoire. Le tout, prérogative du Président, sera de départager les candidats. Là, et seulement là, on reconnaîtra les hommes vraiment supérieurs.

A propos de beaux-arts, de bons amis ont voulu me faire plaisir. Ils m’ont convié à voir Le Jeu de l’amour et du hasard. C’était l’autre soir, après et avant la pluie, dans l’aître Saint-Maclou. Une petite centaine de personnes, la compagnie Catherine Delattres et six comédiens au mieux de la forme. Il en faut pour illustrer Marivaux, théâtre léger, sensible et grave. Bien sûr, il y avait pas mal de concessions au contemporain, mais le public ne semble qu’être content à ce prix.

Ce n’est pas le lieu ici de faire de la critique théâtrale (encore que). Disons, avec platitude que je ne me suis pas ennuyé. Les comédiens sont jeunes, frais et semblent naturels. On entendra là qu’ils ne sont pas naturels, mais qu’ils en ont l’air (ce qui est tout le théâtre). Et aussi que, bien compris, le théâtre de Marivaux renvoie toujours à ce qui va suivre. Pas tant à la Révolution et au triomphe de la bourgeoisie, qu’à Choderlos de Laclos et ses Liaisons dangereuses. Non seulement ces gens-là (les personnages) se fichent de tout, mais en plus ils savent ce qu’il leur en coûtera. Ainsi s’achève la pièce : Allons saute Marquis !

Autre constatation ce soir-là : la moyenne d’âge du public. Cheveux gris parfois blancs, vestes péruviennes rouges parfois bleues, les spectateurs échangeaient sourires éclatants et propos complices. La jeunesse ne va pas au théâtre ? Il faut croire que non. Sans doute (et avec raison) craint-elle d’y retrouver ses professeurs.

2 Réponses à “CD.”


  • La petite souris

    Da.

  • Clopine Trouillefou

    … Il me souvient d’un adjoint au maire chargé de la culture, petit employé de banque pourvu de nombreux enfants et d’une bonne dose de cuistrerie, qui prétendait « qu’on pouvait fort bien envisager de se passer d’un Directeur, au Théâtre des Arts, car il pensait pouvoir faire parfaitement l’affaire », puisqu’il savait jouer de la trompette… Vous avez dit Flaubert ???

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