CCCXCIX.

Temps bénis que ceux où les pâtisseries avaient pour enseignes Au Péché gourmand, Au Doux péché et où les confiseries y allaient d’un Au parrain généreux. Comme concluait Carabine : On avait de la religion dans ce temps là ! Oui, et plus pour le meilleur que pour le pire. A présent, n’est-ce pas, c’est Laïcité Valeur Républicaine et Neutralité Bienveillante. Comme autrefois la concierge, l’agnostique est dans l’escalier. Il n’y a plus que les imams et les rabbins qui prennent ça au sérieux.

De temps à autre, avec régularité, je traverse la cathédrale. Du porche de la Calende à celui des Libraires, autrement dit je tranche le transept. Ceci histoire de joindre, d’un côté le salon Thé Majuscule, de l’autre Dame Cake. De même, il m’arrive de longer la synagogue de la rue des Bons-Enfants. Là, je cherche Au pieux Keiss Kuchen ou, en face, le fameux Joyeux Lekech, deux boutiques indiquées par la jeune bilingue de l’office du tourisme. En vain. L’épicier de mon quartier, un homme sûr, m’assure qu’on a le choix, rue Le Verrier, entre Au Miraculeux Mlaoui et Au Tcherek du Prophète. Possible, mais son sourire discret laisse planer un doute.

Mais assez causé religion et pâtisserie. Parlons plutôt politique et opéra. Un récent rapport (ayant coûté bonbon) a conclu qu’un nouvel opéra serait trop cher à construire. On va donc rénover (une fois encore) notre vieux Théâtre des Arts. Certes, charges d’entretien, mais en a-t-on le premier euro ? Dans l’attente, en haut lieu, on a cherché une solution. Un concours a été lancé dans les bureaux et samedi dernier, face aux douze propositions, les élus ont tranché.

L’idée gagnante est de baptiser le nouveau Théâtre du nom de la célèbre cantatrice Maria Kindarena. L’illustre soprano, pressentie pour être marraine du futur opéra, en assurera aussi le concert inaugural. Bien sûr, les vieux abonnés (éternels esprits grincheux) font valoir que sa voix n’est plus ce qu’elle était du temps de Paul Ethuin. Sans doute. Par ailleurs, la jeunesse suivra-t-elle ? Autre interrogation, le public ne confondra-t-il pas le Théâtre des Arts avec le Palais des Sports ? Ou avec la station du Teor ? On s’en fout a conclu avec autorité le président. Il a raison : n’étant sûr de rien, autant aller de l’avant.

Mais assez causé agroalimentaire. Parlons plutôt urbanisme. J’ai dit ici le quart du mal que je pensais de l’aménagement de l’allée Eugène-Boudin. Le muret célébré pour sa complaisance à accueillir nos fesses flâneuses a été garni de fortes grilles. L’espace qui le sépare désormais du Palais de Justice pourra être envahi de papier gras, cannettes et mégots. Le nettoyage pouvant être érigé en peine de substitution, c’est sans doute un justiciable qui maniera le balai.

Du bas de ma chronique, on a cru que je réclamais des bancs pour s’asseoir. Aussi en a-t-on mis deux (trois ?) dans l’allée. Merci bien. Ce qui était simple, discret et presque élégant, est devenu quelconque, ostensible et tout à fait sinistre. Moralité : la prochaine fois, Félix, tu la fermes.

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