CCCXCVII.

Ouvrant ma radio, j’apprends la mort de Georges Mathieu. 91 ans ! Le temps devait lui sembler long. Il fut le peintre d’une grande partie de ma vie. Pendant près de cinquante ans, je n’ai pu que constater son quasi total oubli. Certes, sa renommée devait beaucoup à André Malraux, lequel le voua à la culture officielle via les arcanes de son royaume farfelu. Ou ce qu’il en restait. Par ailleurs, un mauvais caractère et des opinions indépendantes (il se disait royaliste) en faisaient quelqu’un de peu fréquentable. Du moins, pour ce qu’en décident aujourd’hui les médias de masse.

Je l’ai rencontré à la fin de 1967. M’essayant alors au journalisme, je tentais de placer un entretien. Le prétexte en était la sortie d’Au-delà du tachisme. Le livre (aucun souvenir) venait de paraître chez Julliard. Rendez-vous fut pris avec son agent. La rencontre eut lieu chez La Pérouse, restaurant connu pour sa notoriété (quai des Grands-Augustins). Par bonheur, c’était une fin de déjeuner. Je me suis contenté d’un café, refusant (bien élevé que j’étais) une portion de Zuppa Inglese qui dès mon arrivée me tira l’œil.

Le grand homme portait ce jour là un costume de velours genre bronze ou or, couleur que plus personne n’arbore. Et une curieuse cravate extra-large nouée en lavallière. Pour faire son numéro, Georges Mathieu ne s’épargnait pas. Action painting sur scène comme à la ville. Grands gestes et verbe haut. Ayant un avis favorable signé de Claude Perdriel, j’eus droit à me faire traiter de gauchiste. A l’époque, la chose pouvait se concevoir (moins aujourd’hui). Ce dont je me souviens, c’est d’avoir surtout parlé de Reynold Arnould qu’il connaissait bien et dont les talents de muraliste l’intéressaient. Ah, disait-il, Le Havre, c’est une ville pour la peinture. Vrai qu’il était des bords de mer.

Sa gloire du moment étincelait. Il en profitait et en ajoutait. Lui parlant de Casimir Malévitch, je vantais La Charge de la cavalerie rouge qu’il me semblait pouvoir rapprocher de son Thuir. Au point de vue technique s’entend ajoutais-je. J’ai cru qu’il allait s’étrangler. Ou m’étrangler, ce qui aurait mieux valu. Je voulais lui faire admettre, (pourquoi donc ?) qu’il était surtout peintre d’histoire. Vos toiles comme des esquisses d’avenir. Vos signes sont ceux d’un contemporain du futur. Je dirais aujourd’hui un futur contemporain. Georges Mathieu, celui qui adviendra. Ou quelque chose comme ça, les termes n’étant pas exacts. Bref, je faisais l’intéressant. Je n’ai eu droit qu’un virevoltant : Je vois où vous avez pris vos leçons.

Ce jour, mardi 12 juin, j’ai un souvenir, du chagrin (pas beaucoup, mais un peu tout de même) et encore moins de regrets. Il y a longtemps que j’ai vu (vraiment vu) une toile de Georges Mathieu. Mes yeux ne sont plus ceux d’autrefois. Ma patience non plus. Mon intransigeance seule reste intacte. Quant à mon enthousiasme, hélas.

Que restera-t-il de Georges Mathieu ? Il reviendra. Comme reviendra Victor Vasarely. Ou Bernard Buffet. Tous, ils reviendront. Aussi Reynold Arnould, aussi Malévitch. Tous. Les mêmes tels que le temps les aura changé.

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