CCCXCV.

Dans une récente chronique j’ai dit trois mots sur Ernest Anne, ancien conseiller municipal. Tout dans l’inactuel, le bonhomme ayant passé les quatre-vingt-dix ans d’une vie laborieuse. Outre de l’avoir affublé d’un mot dont j’ai méconnu le sens (ça m’apprendra) je me suis efforcé d’être gentil. Plutôt : je me suis efforcé de ne pas être méchant. Ce que n’a pas manqué relever une amie. Ayant écrit que le père Anne était un brave type, elle a sursauté. Je n’aurais pas dit ça a-t-elle dit d’un ton (le sien) inimitable.

Sans doute a-t-elle raison. Ou tort. Je m’en suis sorti avec mon mauvais esprit habituel : Tu dis ça parce que tu as été recalée au concours des Reines de Rouen. On sait en effet qu’Ernest Anne se mettait en quatre pour soutenir et maintenir cette grotesque institution. Il semble me souvenir que lors de la première élection d’Yvon Robert, c’était en 1995, l’équipe municipale nouvelle émit le vœu d’abroger ce royal concours féministe.

On vit alors à quel point les Gardes Suisses veillaient. Comme pour les 24 heures motonautiques, il y a des institutions locales auxquelles il vaut mieux ne pas s’attaquer. Ainsi du concours des balcons fleuris, le périmètre de la foire Saint-Romain, la circulation en ville, le Théâtre des Arts… Ajoutons-y le passage du Tour de France, érigé depuis peu en rendez-vous indépassable. A ce propos, je cherche un hébergement à la campagne, au calme, les quatre, cinq et six juillet prochains. Toutes propositions étudiées.

Mon amie, celle qui ne porte pas Ernest Anne dans son cœur (ne l’a jamais porté, ne le portera jamais) hésite à m’accueillir. Elle me sacrifie à son chat, triste animal d’une pâle nuance rousse. Je suis comme Paul Léautaud, moins l’amour des bêtes et le talent des écritures. Ça ne console pas, y compris pour l’orthographe et le vocabulaire, matières qu’il possédait à fond.

Autre chose. Passez-vous par l’allée Eugène-Delacroix (La Liberté guidant le peuple) ? Si oui, vous n’aurez pas été sans vous enorgueillir, à l’intersection avec la rue Ganterie, d’un kiosque à journaux imitation 1900. Vert et mastoc, on feint de croire qu’il va revitaliser la presse et ses ventes. Rien du tout. Le vrai est qu’il est là pour occuper le terrain, pour masquer la perspective sur l’allée et le musée de Peinture. On comptait déjà là jardinières, entrées de parkings, et invincibles terrasses de bistrots, que manque-t-il ? Laissons la réponse aux conseillers de quartier.

S’il est une désillusion contemporaine, c’est celle-ci. Voilà des gens dont la mission est sans cesse placée sous le signe du renoncement et de la soumission. Être conseiller de quartier (quel quartier, quel conseil ?) c’est endosser le triste habit de l’imposture démocratique. Relayant la décision municipale (au vrai celle des seuls techniciens) ils donnent un corps et une tête à ce qui n’en a pas. On se demande toujours ce qui les fait traverser aux carrefours : la naïveté ou la rouerie ? Un peu des deux sans doute. Mais il faudrait en parler plus longuement. Encore que.

2 Réponses à “CCCXCV.”


  • La petite souris

    L’allée Eugène Delacroix a toujours été moche. Un peu plus un peu moins… Dites, Monsieur Félix, il a drôlement rétréci le marché aux puces de la Place Saint-Marc… Est-ce l’effet de la pluie ?
    Une dernière chose : même si les preuves archéologiques sont indigentes, les Vikings sont réellement venus s’installer chez nous. J’en ai eu la confirmation en haut lieu cet après-midi. Mais je suis sûre que vous avez déjà lu au moins cinquante fois « Les hôtes de l’estuaire ».
    PPP !(pensez à moi en passant rue Percière)

  • Clopine Trouillefou

    Un hébergement à la campagne ? Si vous avez le mollet alerte, vous pouvez toujours venir dans ma demeure entourée : elle comprend une sorte de petit gîte au fond du jardin : une pièce en bas, avec table de cuisine, gaz, vaisselle pour dînette, évier, eau chaude et froide, un escalier à vis (d’où le mollet agile, car il est étroit ce colimaçon) une grande chambre sous pente d’où l’on voit les prés et les vaches-en-l’air. Réveil assuré par les poules voisines et les braiments des ânes, mais on peut se rendormir après, c’est meilleur. On paie son écot en chansons, en récits, ou en sourires aux hôtes de ces lieux. On peut jouir d’une paix royale, ou venir participer un peu à la vie de la grande maison, au choix. Seule condition, mon cher Félix : les bêtes. Tenter de les aimer un peu, c’est assez nécessaire chez nous !

    (si vous êtes intéressé, l’invitation tient, bien sûr. Faites-moi signe sur mon blog…)

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