CCCXCIII.

La face Est du Palais de Justice, côté tenant à l’allée Eugène-Boudin, a été restaurée. Du même élan, ladite allée a été remise à neuf. Le tout ayant été fait avec modestie, l’habituel public sceptique attendait la suite avec sérénité. Une fois encore, les mauvais esprits le restent, ils ont gagné. Voici pourquoi. L’autre jour, veille de Pentecôte, le ciel semblait se réjouir. Touristes et simples badauds arpentaient la ville d’un même sentiment.

Quoi de plus agréable, sous ce soleil frappeur, que de se reposer à l’ombre ? Ici, dos au Palais de Justice, asseyons-nous sur ce muret de pierre. Haut d’une cinquantaine de centimètres, séparé du Palais d’un bon mètre, les tailleurs semblent l’avoir posé pour l’agrément de tous. Aussi agréable à l’œil qu’aux fesses, tenant à l’allée sur toute sa longueur, il offrait ce jour-là le frais repos et le vrai coup d’œil sur la foule déambulante.

Las, comme disait Carabine, c’était trop beau. Le muret n’était pas là pour les culs, jeunes ou vieux, mais pour accueillir de fortes grilles. On a commencé, et sans doute déjà fini, de les installer. Plus question de prendre le muret pour un banc. Ceci n’est pas un lieu de villégiature, mais le lieu de la magistrature. Sur celui des magistrats, de ceux qu’il faut protéger en les enfermant.

Pour l’avenir, ces grilles permettront aux élèves du lycée Camille Saint-Saëns (Le Carnaval des Animaux) d’accrocher qui mon scooter, qui mon booster. Là, les doctes escholiers enchaîneront leurs espérances à l’aide d’antivols aussi rébarbatifs qu’encombrants. Dès lors, d’en haut, juges et substituts intègres pourront, entre les taches d’huile, contempler (voire surveiller) le fond des dossiers en cours. Ah, c’est ça un Vision 110 ! Vous voyez, Catherine, j’aurai l’air moins bête à l’audience. Mais juge-t-on encore les voleurs de scooters ? Qu’importe.

Sans plaider sur le fond, le piéton de Rouen ira se reposer où il voudra, c’est-à-dire ailleurs. Les endroits ne manquent pas. Par exemple dans le somptueux et spacieux square dit de la Cour d’Albane, à l’ombre de la cathédrale et de son espace Monet. Constatons que pour les Rouennais naïfs qui réclamaient ici un jardin, le résultat est à la mesure de leur illusion : énorme. Comme le muret du Palais n’était pas un banc, le jardin d’Albane n’en n’est pas un. C’est la réplique minuscule du square André-Maurois (Le Pays des trente-six mille volontés) en plus neuf, en plus blanc, et en moins… comment dire ?

Pour ceux qui ne croient à rien et veulent tout voir, ce dernier square est là-haut, du côté de Beauvoisine. Un peu de grimpette, pas mal de poussière, ils verront à quoi il faut s’attendre. Pour le reste, Rouen continue son chemin, celui de la certitude et du solide bon sens. Ça évite d’endosser des habits trop neufs et de se juger à l’étroit.

Une dernière chose : je lance une souscription aux fins d’acquérir un dictionnaire français ; sans doute y trouverai-je la définition du mot contempteur. Ceci m’évitera à l’avenir de prendre un mot pour un autre. Encore que.

3 Réponses à “CCCXCIII.”


  • Je crois qu’il est prévu des sortes de bancs autour de chaque arbre (si en croit le visuel de communication de l’époque)

  • Clopine Trouillefou

    Ne voulant pas trop me « taper l’incruste » chez vous, j’ai néanmoins quelque peu divagué à propos de votre chronique, cher Félix. Je vous dédie donc mon post quotidien…

  • cecile-anne sibout

    A propos des grilles (mot en lui-même peu agréable) un léger progrès, peut-être.

    Quand j’étais petite, de mémoire, impossible même d’imaginer s’allonger sur une pelouse en ville. Des grillages (mot guère plus sympathique) + des pancartes étaient là, afin de rappeler que le gazon c’était fait pour décorer, pas plus.

    Me souviens encore de mon étonnement en découvrant, à 15 ans, qu’en Angleterre, dans les villes, il y avait des pelouses où l’on pouvait s’allonger, pique-niquer voire… se « vautrer » !

    Or en France, depuis quelques années, c’est de plus en plus permis, en tout cas toléré. Ex à Rouen les Jardins de l’Hôtel de Ville, ou encore la pelouse de l’avenue Pasteur, pleine d’étudiants, dès que le soleil se fait aimable

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