CCCXCI.

Ces chroniques sont écrites selon l’humeur. Celle du présent que j’essaie de confronter, autant que faire, au passé. Celui disparu et dont je tente de me souvenir. Pas toujours sans faille, mais sans nostalgie ni ressentiment. Enfin, là aussi, autant que faire. Nombre de devanciers s’y sont essayés (avec un talent infini). Rien de neuf. Mes seules coquetteries : pour chaque chronique, texte et phrases courtes, mélange de sérieux et de blague, le tout laissé au discernement du lecteur.

Plus avant, mes limites sautent aux yeux : orthographe défaillante et un certain manque de conviction. Toujours été ainsi : jamais certain de ce que pense. Des fois oui, des fois non. Sur ceci et cela, il m’est possible de défendre le contraire. On connait ça : le vent et la girouette. Il n’y a que la vitesse de la lumière qui puisse me mettre d’accord. A condition que ce mystère soit résolu. Pour moi et pour les autres.

Une question me taraude : la distance. Celle entre ce dont je veux parler et le temps de l’écriture (sinon de publication). Le Net, pour dire cru, va vite. Penché sur l’actualité locale, je crains le « réchauffé ». Mais, de même ton, j’ai horreur de la réaction à chaud. D’où l’autre menace : ni chaud, ni froid. Bref, le tiède. Dit aussi l’esprit de l’escalier.

Sans broyer du noir, voilà pour ces jours-ci comme un coup de bleu. Aujourd’hui, mon pessimisme génétique résiste à la rigolade. J’aime plaire et réclame l’amour du monde. Ou celui des autres, perdu à jamais. Avec un tel caractère, on perçoit vite qu’il est facile de séduire. D’où l’impression que j’ai de beaucoup céder à la facilité. Impression vite évacuée par l’écriture de la chronique suivante. Vrai, j’aurais pu être journaliste : seul importe l’article de demain.

Pourquoi l’avouer ? Occupé à l’intendance de mes écritures, je m’interroge sur le fait de supprimer les commentaires au journal de Félix Phellion. J’hésite. D’un côté, oui, de l’autre non. Vrai que certains commentaires ne commentent rien, d’autres commentent pour de bon, d’autres à côté. Chacun, dans ce cadre étroit, est libre. Et croyez-moi, les plus pertinents sont souvent les plus anodins (le contraire ?).

Ce que j’y redoute : la leçon de morale. J’avais dix ans qu’elles me tordaient le foie. Ça n’est pas à quatre-vingts qu’on va me poser un cataplasme moutardé. Suivant les chroniques, de belles âmes (dites aussi pharisiennes) m’exhortent au bon sens et à la bonne direction. Qu’elles s’épargnent cette peine ; pour la contrition, elles ne m’apprendront rien que je ne sache déjà (la nuit, lorsque je ne dors pas). Mon âme perdue le fut à cause de ma trop grande subtilité. Ce n’est pas une excuse ; c’est un constat.

Me revoici moraliste et davantage que chroniqueur. Au fond, je devrais m’en tenir aux rues. Bons-Enfants, Percière ou Massacre, seuls endroits où je ne me perds pas. Et là où les autres me trouvent.

Brr… Que de sérieux et que de solennel ! Franchement, c’est à ne pas y revenir.

4 Réponses à “CCCXCI.”


  • Clopine Trouillefou

    Zut alors, je viens de vous découvrir moi ! Vous savez, que vous ne répondiez pas aux commentaires qui vous sont laissés ne m’étonne ni ne m’effraie. J’en fais plus ou moins autant, parce que souvent je ne sais que dire… Au grand dam de certains internautes, qui voient là une infraction au code non écrit du web (je pense à quelqu’un comme Zoé Lucider). Cependant, votre humeur morose provient peut-être du fait que vous ne sautez pas, sur le web, d’un site à l’autre, un peu comme dans un ruisseau de montagne on saute d’une pierre à l’autre. Avez-vous essayé ?

    En tout cas, avant de raccrocher les gants, tentez de tenir encore un peu – ne serait-ce que pour faire plaisir ?

  • La petite souris

    Oui, la rue Percière. Même moche, sombre et sinistre, elle me serre le cœur rien qu’à y penser.

  • cecile-anne sibout

    Les commentaires, c’est secondaire, à mon avis, concernant votre blog.

    En revanche, il faut continuer à le tenir, M. Phellion. C’est intéressant, stimulant, « à part ».

    Si vous n’écriviez plus, çà manquerait !

  • Clopine Trouillefou

    Félix, Félix, où êtes-vous ?

    A peine lu, déjà disparu ?

    Mais c’est que je m’ennuie déjà de vous, là. Rouen arpenté sous le soleil, et vu par votre regard, et rapporté ici : ce serait « rin bien »…

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