CCCXC.

A Rouen les sujets de rigolade ne manquent pas. Dernier en date, la construction d’une résidence pour étudiants accolée à une maison de retraite, le tout pile face notre vieille Bonne Nouvelle (pour les horsains, la prison). Reconnaissons la fine ironie des promoteurs : sans quitter le quartier, on pourra passer notre vie à fréquenter l’une après l’autre.

Simple anecdote, voici le mieux. On sait la variété qu’offrent les arts décoratifs ; le vieil architecte condamné à réjouir the students a cru devoir habiller sa façade de grands motifs inspirés des toiles de Pier Mondrian. Ni chaude, ni froide, la chose a déjà conquis Yves Saint-Laurent et le groupe l’Oréal. Le maître de l’abstraction, né en 1872, mort en 1944 (jugez du peu) est devenu un lieu commun. Entendez-là que tout le monde s’y retrouve.

Seulement voilà, un qui ne coupe pas dans ces fariboles, c’est l’adjoint municipal en chef de l’urbanisme, l’irréductible Yvon Robert. Quoi Pier ? Qui Mondrian ? L’esprit le plus froid qu’on puisse trouver place de l’Hôtel de Ville n’a que faire de ces références savantasses. Lui, il juge ça trop extrême et trop bigarré. Il le dit et, presque, il le pense. Vrai que notre homme est le contraire d’un coloriste. Partout il s’accommode du gris antirouille, le passe-partout du bâtiment, facile à appliquer, facile à recouvrir, sèche en une heure et ne coule pas.

Là où notre maire (ancien, futur et actuel) est fort, c’est qu’il renvoie Alain Elie, l’architecte coupable, à sa planche à dessin. Oui, pour qui connait l’abondante et trop locale production de ce malheureux façonnier, la leçon est rude. Pour une fois que j’ faisais le fantaisiste ! Dame, on n’est pas si sot, tout ici lui indiquait la marche à suivre, que n’en a-t-il profité pour, comme on dit, se faire mousser !

Oui, pourquoi ne pas avoir reproduit un quelconque impressionniste, un barbouillage vert, bleu, rose, un jardin, un ciel, de l’eau courante, de la lumière partout, de petits personnages indistincts, ce qui plaît et fait rêver, sans être extrême ni bigarré.

Dans la chambre étroite du jeune Martin, entre deux gorgées de Red Bull, on s’interroge : T’aimes ça, la peinture, toi ? Charlotte n’en sait rien. Elle fait ses tresses africaines et pense qu’il faut qu’elle aille voir sa mère.

Pour le temps qui leur reste, les vieillards de la résidence rêvent de déjeuner à la campagne. Tu sais, lorsque nous allions dans ce restaurant au bord de la mer… Il s’appelait comment déjà ?

A la froide lumière du néon, la prison s’endort avec lenteur. Rachi, mon bel amant, vois-tu ces iris blêmes et ces pivoines sanglantes ? Non, Rachi voit seulement qu’il n’y a déjà plus de Benco.

Yvon Robert est un homme admirable. L’art ne sauve de rien. Ni Pier Mondrian, ni Claude Monet. On s’en amuse, on croit que ça aide. En fait, il ne sert qu’à désespérer davantage. Yvon Robert ne le sait que trop. Là, devant la façade, devant le mur nu, il préfère la vérité.

4 Réponses à “CCCXC.”


  • La petite souris

    Non voyez-vous, ce qui aurait été bien, c’est une mosaïque de Fernand Léger. Lui seul savait l’être, tout en restant classique et de bon goût. Même à Peredelkino.

  • Clopine Trouillefou

    Bon, allez, zou, j’ai mis votre blog en lien chez moi, et du coup, ai parlé de vous aujourd’hui. Je viens d’apprendre la disparition du groupe rouennais « la Familia » : quand même, c’est triste, non ?

    http://www.clopinetrouillefou.fr

  • Mais d’où me viens cette impression que ce blog n’est pas écrit à 2 mains mais à quatre?

  • La petite souris

    À quatre pattes ? Allons, un peu de respect, cher Major !

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