CCCLXXXIX.

A propos d’une énième inauguration locale, un vigilant lecteur a voulu croire que je recyclais mes archives. Admettons un peu de pose de sa part. N’empêche, ce commentaire m’a vexé : vanité d’auteur. Qu’il y ait dans ces chroniques un ton recuit, j’en suis le premier navré. N’est-ce pas l’air du temps ? Jugez-en : me voici contraint de reparler du défunt Palais des Congrès et du tout neuf Espace Monet-Cathédrale.

Il y a quatre ans, j’ai dit le bien que je pensais (pense toujours) de l’immeuble construit vers 1975 par Jean-Pierre Dussaux. Le gros bon sens local a considéré l’édifice comme une monstruosité. Le Baby Rouennais né de ladite année a tété ce lieu commun mélangé au lait de sa mère. Son lait digéré, devenu écolier, le rot s’est transformé en opinion architecturale. Puis, s’y mêla une rancune tenace : pourquoi mes parents m’ont-ils fait héritier de cette horreur ? Chaque soir le lycéen murmurait en secret : un jour, je me raserai et raserai le Palais des Congrès.

Rien ne résiste aux rêves de l’enfance, surtout avec le concours des bulldozers. La destruction arriva aux termes d’une longue agonie. Année après année, sans perdre ses convictions, l’élégant bâtiment (oui, oui) s’était mué en friche industrielle. Hiver, printemps, été, automne, à l’ombre de la cathédrale, la ruine résistait, conservait son énergie et sa conviction (sens religieux). Un exemple ? Les magnifiques photos du fameux Thomas Boivin d’avant l’ultime massacre (s’y reporter). Une municipalité intelligente (un propriétaire pas trop idiot ?) se serait grandie en conservant cette ruine. Y instaurer un lieu voué à l’imaginaire et à la création nous aurait sauvé de la servitude aujourd’hui proposée.

On voulait des logements et des commerces, du béton et de la pierre, du verre et du fer, balcons et terrasses, arbres et fleurs, du pas trop haut et du pas trop petit, du lourd et du léger, cher et pas cher… pas de soucis, dit l’architecte, vous aurez tout. On le sait, Jean-Paul Vigier, signataire, est un habile artisan sachant répondre aux cahiers des charges. Il faut que les futures mamans allaitantes de 2012 en persuadent leurs marmots : on a voulu ce qu’on a eu. Et d’ajouter : tu ne m’en voudras pas, mon cher petit ?

Ces jours-ci, on commence à enlever les palissades. Qu’il fait beau ! Qu’hélas le touriste abonde ! Plus les ouvriers s’activent et plus se mesure le néant du résultat. Rien à en dire, en bien ou en mal. C’est le Palais de la transparence, la Citadelle de l’inexistant, le Château de l’aperçu. De loin, on croit voir un décor de carton-pâte, sorte de Village Potemkine qu’il suffira un beau jour de démonter. A moins que, venu de la rue Saint-Romain, un gros coup de vent nous l’abatte d’un seul coup. Ah, dites, ça fera du bois pour l’hiver.

Va-t-on nous organiser des festivités inauguratrices ? Serais-je invité ? Vais-je encore avoir droit aux macarons ? Si oui, promis, je vous en parle. Si non, tant pis, vous ne perdrez rien pour attendre.

2 Réponses à “CCCLXXXIX.”


  • Le passager

    Un bâtiment médiocre pour une ville qui l’est tout autant… au moins ça ne dépareille pas.

  • La petite souris

    Ce qui est recuit se conserve très bien.
    Ah mais !

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