CCCLXXXVII.

Dimanche, le fils du docteur Hollande est devenu président de la République. Beau parcours. Qui se souvient de lui, en culottes courtes, achetant de la pâte de réglisse chez Héloin ? Peu sans doute. Et surtout personne du quartier. A quand la plaque sur le 84 de la rue des Carmes ? Avec notre manie mémorielle, elle ne saurait tarder.

Que lui reste-t-il de sa ville natale ? Comme tout un chacun, quelques souvenirs, quelques images, des odeurs et des sons. Se souvient-il de Novelty, de la librairie Stella, de la bijouterie Graïc ? Se souvient-il qu’on a acheté son premier pantalon long chez Jacky, juste en face de l’appartement ? Que tout petit, on l’emmenait voir les cygnes au jardin Solferino ? Qu’on achetait du museau vinaigrette à la Charcuterie de la Crosse et qu’il n’aimait pas ça ? Qu’il voulait toujours aller chez le pharmacien de la rue Ganterie parce que celui-ci lui offrait à chaque fois des boules de gommes ? Et de la première fois qu’on l’a emmené au cinéma, au Ciné-France, voir un drôle de film avec un gros bonhomme, un traîneau et de la neige !

De l’enfance on croit toujours garder ce qui n’a pas d’importance. Pourquoi se souvenir de l’odeur qui régnait dans la boutique des cafés Giorza ? Bientôt, pensera-t-il parfois, souvent, rarement, à la piscine Gambetta, au Pensionnat Saint-Jean Baptiste, au bois du Roule, au Marché aux Fleurs ? Pensera-t-il à la Foire Saint-Romain, au Muséum d’Histoire naturelle, et à Rouen qui chante, le marchand de farces et attrapes ?

Quelquefois, oui, au fond de la nuit, à l’Élysée, lorsque dans les couloirs rôdera le fantôme de François de Grossouvre. A ce moment, les boiseries craquent, le vent agite les arbres et on entend grincer les grilles à la Porte du Coq. Tu ne dors pas ? s’inquiètera Valérie. Elle voudra allumer, et chercher la bouteille de sirop Noctium. Il n’en voudra pas. Reste dira-t-il.

Tu penses à l’Europe ? Non, il ne pensera pas à l’Europe, ni à la crise, ni aux marchés. Il pensera à sa mère, revenue de La Vieille Tricoteuse, qui lui fera un petit gilet marron avec deux canards jaunes sur le devant. L’a-t-il usé ce gilet ! Où est-il ? On a fini par le jeter, je crois. Il aimerait, ce soir, le retrouver. Ah, se dira-t-il, c’est ainsi qu’il aurait fallu vivre, toujours enfant, toujours avec le petit gilet aux canards jaunes. Il finira par s’endormir.

Cette chronique serait incomplète sans qu’on dise trois mots sur le malheureux candidat perdant de ce deuxième tour. Ayant quitté l’Élysée, on sait qu’il fut chassé de Paris et qu’il reprit sa carrière de comédien itinérant. Embauché dans des tournées de province, il remporta plusieurs succès d’estime, surtout dans le répertoire des comédies et les mélodrames à la mode. La fin de sa vie est mal connue ; le manuscrit de Lagrange le signale pour une dernière fois à la foire de Tarascon, incarnant un Matamore vieillissant dans El Desquito del Capitan, antique farce castillane.

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