CCCLXXXV.

Le croire ou pas, le dimanche de l’élection, au premier tour, dans l’isoloir, ma main n’a pas tremblé. Comme on dit : j’étais sûr de mon coup. Au soir, devant les résultats je ne me suis étonné de pas grand-chose, sinon de ce que chacun d’entre nous constate. Et déplore ou regrette, selon. La politique et les élections devraient nous apprendre la modestie ; c’est souvent le contraire. Je compte pour négligeable le prochain tour, dimanche, où j’irai voter blanc. Façon de dire car mon enveloppe sera vide. Mes espérances le sont déjà.

Puis nous nous dirigerons vers les législatives. J’attends sans impatience le traine-patin que nous dégotera le bureau parisien du Modem pour représenter la circonscription. Il (ou elle) sera bien le seul à y croire, plus quelques électeurs (pas beaucoup) dans mon genre. Pour le reste, le Parti dominant remportera tous les suffrages. Il le fera avec son arrogance coutumière et s’estimera le vainqueur d’un combat qui n’a pas eu lieu. Le parti de l’ancien président (battu le 6 mai) sera à terre, chose prévue de longue date.

Au soir de la victoire, Quintus Fabius Maximus réclama la tête du roi des Étrusques. C’est moi qui l’ai vaincu dit-t-il. On sait qu’il n’en n’est rien. Et il en sera de même (toutes proportions gardées) avec les divers candidats des législatives locales. Le conducator romain avait la sagesse de ne jamais combattre. S’il gagnait, c’était par défaut. Presque par lassitude. Un peu comme nous.

Bon, assez parlé politique et histoire romaine. Que diriez-vous d’un express bien serré ? J’en bois trop paraît-il. Mon médecin me trouve une tension palpable. Question de tempérament ! Quatre décennies durant, j’ai acheté mon café à La Cloche d’Argent ou à la Ti-Tane. Le premier rue Massacre, le second rue du Gros-Horloge. Parfois, infidèle, je courrais chez Cadrincourt, rue de la Champmeslé. Toujours mon tempérament ! Deux-cent-cinquante grammes de brésilien, moulu Cona. Et la vendeuse préparait votre commande avec autant de circonspection que d’amabilité. Et le sourire de la caissière ! Et les points de fidélité !

Ah, on était fier d’être Rouennais à cette époque là ! Tandis que maintenant, plus de café, plus de Cona ! On y va d’une machine dispendieuse dont le produit, me semble-t-il, n’est pas meilleur. J’ai sans doute tort, moi qui suis abonné au Nescafé depuis des lustres. Attention, au Nescafé Spécial Filtre, lequel n’est pas, notez-le, le plus bas de la gamme. Tandis que Nespresso, n’est-ce pas, ça vous classe son homme. C’est mon seul luxe me précisait un vieil ami. Méfiez-vous de pareilles assertions. Un seul luxe n’est jamais seul.

Si les Romains ne buvaient guère de café, il leur arrivait de voter. Non sans risque, de fait. Ainsi d’un nombre indéfini de sénateurs trucidés dans les couloirs. Au sortir de nos bureaux de votes, on ne risque pas de pareilles mésaventures. S’imagine-t-on tomber dans la cour de l’école et murmurer : Toi aussi, mon fils ! Tout ça pour avoir voté François Bayrou ? Un latiniste de 2152 : voté qui ?

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