CCCLXXXIV.

Radios, télévision, presse écrite, on ne s’exprime plus que sur un ton bêtifiant. Si le sujet est léger, tout est petit, mignon, sympa. Si le sujet est grave tout y est tragique, douloureux, traumatisant. Voici désormais installé le règne du gnangnan. Au vrai, ce qui nous échappe, et pour tous : le sens de la mesure. L’échelle contemporaine des valeurs exagère ou minimise sans repère. L’humeur de l’instant, appuyée sur l’air du temps préside aux réactions.

Dans ce genre, qui ne pleurniche pas est un monstre froid. Qui verse des larmes fait preuve d’humanité. Le vocabulaire rétrécit et la palpitation augmente. Mon intelligence, c’est ma tension artérielle. A chaque occasion (elles ne manquent pas) on confond tout, le fond pour la forme, le décor pour l’accessoire, le sens du texte pour sa durée. Notre époque est celle des indignations de circonstances : fausses gravités, vertus épaisses, corpulents chagrins… Vérité de tout cela : il faut être présent, réactif et en accord.

Oui, moins on a de religion, plus on se raccroche au sens commun. Consensuels, sentencieux et lénifiants, nos actuels curés sont laïques. Bien visibles, ils tiennent le haut du pavé et s’accrochent à la banderole. Faute de Fête-Dieu, ils sont en tête de toutes les marches blanches. De mon temps on allait à confesse ; à présent on achète des peluches et on dépose des lumignons sur les lieux du drame.

Vrai aussi que cet accès de foi ne dure pas. En général, une petite semaine, temps nécessaire aux médias pour recharger leurs batteries. Histoire de calendrier, on ne tarde pas à nous trouver de quoi être révolté ou amusé. Un jour chasse l’autre, les bonnes âmes suivent.

Tout ça pour dire quoi ? Rien. De mon côté, je crains par-dessus tout la sensiblerie, l’émotion, le larmoyant. Ce qu’un de mes vieux professeurs d’histoire nommait le pathos. Nous interrogeant sur un quelconque fait – de Jules César au maréchal Foch – il maugréait : Trop de passion, assez de pathos, vous n’êtes pas au théâtre, que diable ! J’ai mis des d’années à comprendre ce qu’il voulait dire. Pensant l’exact contraire, je croyais qu’il n’aimait pas la littérature, du moins celle que je vénérais.

C’est que je confondais l’ordre des choses. Certes, si l’histoire est un genre littéraire repeint aux couleurs de la science, ça n’est pas une sous-section du mélodrame. Le calendrier des faits-divers (ou celui de la campagne électorale) en est un vivant exemple : on y préfère les méchants intéressants aux bons ennuyeux. Vous n’êtes pas au théâtre, que diable ! Hélas, mon pauvre monsieur Jacob, que oui et davantage chaque soir. Nous sommes tous des abonnés de l’orchestre. Pourvu que le spectacle soit honnête, les acteurs sérieux et qu’on rit ou qu’on pleure. Pour le reste : paix à notre âme.

Oui, je sais, tout ce qui précède a déjà été dit. En mieux et plus long. Mais bon, telle est la méditation, ce jour à Rouen, en avril de 2012, face à la fenêtre d’où je vois les murs d’un très ancien couvent. Amen.

2 Réponses à “CCCLXXXIV.”


  • La souris verte

    Et tout cela vous rend grognon au point de négliger la publication de nos commentaires, à ce que je vois…

  • François Henriot

    Votre méditation est utile, lisons-la et relisons-la, tant le « règne du gnangnan » nous étouffe. Je suis ainsi entièrement de votre avis. Pourtant, pour toutes ces élections présidentielles (cf. votre commentaire précédent), je ne partage qu’un vote avec vous – outre le Chirac face à Le Pen: Jacques Chaban-Delmas. Comme quoi…

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