CCCLXXXII.

Deux choses qui nous manquent et rendent la vie moderne compliquée : manger de la viande de cheval et faire ressemeler ses chaussures. Personne n’y prend garde mais bientôt, on ne saura plus que de pareilles phrases aient été possibles : Ce steak est par trop dur, autant bouffer de la semelle ! (Louis Aragon, La Défense de l’Infini, 1926). Oui, au train où vont les choses, il sera plus facile d’avouer qu’on a été stalinien plutôt que d’avoir mangé du cheval.

Vrai, l’occurrence première peut valoir les circonstances atténuantes. J’étais jeune, ça n’a pas duré, je ne l’ai jamais été vraiment, c’était la mode, etc. Alors que la seconde, là, pas de pitié, pas de pardon. Et attendons-nous à ce que l’opprobre s’étende à tous les carnassiers, chats compris. Les Écologistes mangent-ils tous du vert ? Pour en avoir croisés, la réponse est non. Les Staliniens l’étaient-ils tous ? Même chose.

Ils l’étaient selon les circonstances, l’humeur du temps, le rythme des jours. J’en ai connu un, de stalinien, qui délivrait une recette de rôti de cheval mis à mariner dans du vin rouge. D’après lui, il suffisait de deux tours d’horloge et vous aviez un fin rôti qu’on aurait dit du chevreuil. A quoi tiennent les ralliements politiques !

Tout ça pour dire que lorsqu’on va aux meetings, les semelles s’usent. Un jour ou l’autre, il faut un cordonnier. Ceux de Rouen sont terribles ; à peine votre chaussure de gauche en main qu’ils lèvent les yeux au ciel : Ça ne se répare pas, monsieur. Et de vous expliquer que c’est du plastique, c’est collé et, disent-ils, le métier se perd. Dans la foulée (jeu de mots) le commissaire politique argumente : il faut des chaussures en cuir, cousues main, les meilleures étant les françaises, à défaut des italiennes.

Donc Maurice Thorez ou Palmiro Togliatti, Louis Aragon ou Cesare Zavattini ? Si le cordonnier vous laisse choisir, ce n’est pas l’avis du serveur de La Boucherie qui prétend désormais ne pas servir de viande chevaline. Seul ici le bœuf existe et, turfiste attentif, l’homme se méfie des steaks tartares à la sauce fractionniste.

Dans ma jeunesse et après, il avait rue Beauvoisine, à l’entrée de la rue de Montbret, un cordonnier et une boucherie en vis à vis. A gauche la Cordonnerie Criquebec, à droite les Chevalines Vion. Plus haut, en remontant vers le Muséum, on trouvait la permanence du Parti Socialiste Unifié. C’est dire que ce quartier ne manquait pas de ressources et d’esprit d’à-propos. Au contraire d’aujourd’hui où, me dit-on, ses commerces ferment les uns après les autres.

Voilà pourquoi la ville se meurt et que la vie est triste. La faute à l’idéologie et aux préjugés, sans parler du reste. Je n’ai pas de conseils à vous donner (enfin si, tout de même) mais si j’étais à votre place, dimanche, j’opterais pour une voie médiane, un genre de compromis historique. Bref, je voterais François Bayrou. C’est d’ailleurs ce que je compte faire.

Commentaire : Pauvre Félix Phellion, il n’en gagne pas !

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