CCCLXXVI.

Les boutiques d’autrefois avaient des noms naïfs et charmants. De plus, bien précieux, ils annonçaient la couleur. Ainsi des charcuteries Au Cochon qui dort, Le Porcelet rose, Au Canard… Ainsi des boulangeries : L’Épi d’or, La Tarte à Papa, Au Croissant chaud… Il en reste de rares exemples. Le monde d’aujourd’hui n’a rien de naïf et pas encore quelque chose de charmant. On s’y prend au sérieux. On intitule les restaurants 16/9e, Origine, Le Cube 3… et l’on a fait, à coup sur, des études pour y arriver.

Encore va-t-on dire ! Encore ses récriminations, sa nostalgie, sa résistance au changement. Félix Phellion l’irréductible ? Dit aussi le vieux con, la mouche du coche, le retardataire. Dit l’horloge, à cause du temps qui passe ; dit aussi le comptable, à cause des faux bilans ; dit le veuf, parce qu’il est inconsolable ? Peut-être attendais-je trop de l’existence ? Ou le contraire, que j’ai vite compris que rien ne sert à rien. Comme écrit l’autre : c’est naître qu’il aurait pas fallu.

Ben dites, il est pas gai aujourd’hui. On va pas tenir comme ça jusqu’aux élections. Faut nous en dire une bonne pour que ça paraisse moins long.

Mes lecteurs n’ont pas tort. Comme disent radios et télés : la campagne présidentielle nous ennuie. Nous lasse. Mon choix étant fait, mon candidat s’approchant des urnes déjà battu, j’attends les législatives pour me refaire. J’attends surtout les candidats locaux. Dans le lot, c’est bien le diable si je ne trouve pas un sujet de rigolade. Ou de méditation. Bref, du chagrin en perspective.

Il fut un temps où le patron du Cochon qui dort (rue Armand-Carrel) se nommait Léveillé. Ce sont des choses qui ne s’inventent pas. A cette époque, chacun de nous pouvait voir dans sa vitrine, en fin de semaine, les plus pharamineuses compositions en matière d’entrées. Coquilles au crabe, poussins en gelée, cornets au jambon… En regard, les promesses électorales d’un Jean-Luc Mélenchon ne pèsent rien. Et que dire de la salade de cervelas, du pâté breton, de la macédoine de légumes !

Quitte à l’inventer, nos politiques chassent un introuvable électorat populaire. Seul Léveillé nous enseigne comment la perte nous en est advenue. A la question : quand, monsieur, avez-vous constaté une nette baisse dans la vente du museau vinaigrette ? le charcutier répondit : après mai 68, lorsque le Parti communiste ne comprit plus rien, quand les jeunes eurent le baccalauréat, lorsqu’ils commencèrent à travailler dans les banques ou à la Poste, qu’ils se mirent à lire des bandes dessinées ou Rouge Hebdo, qu’ils se ruèrent sur les pizzas ou le confit de canard, qu’ils achetèrent des maisons à retaper, et qu’ici, on trouva que prendre le bus c’était trop compliqué.

Sortie de la charcuterie, l’intervieweuse alla prendre un coca au café d’en face. Accoudé au bar, un vieux un peu crade buvait un genre d’apéritif de couleur jaune. Une gentiane ?

A propos de candidat battu, n’allez pas croire que mon bulletin de vote ira au président sortant. La précision s’imposait-elle ? Oui.

2 Réponses à “CCCLXXVI.”


  • J’ai appris l’horlogerie chez un patron qui tenait pour magasin « La Clinique de la montre ». La clientèle se prêtait au jeu à renfort de -Bonjour Docteur- et autres plaisanteries hospitalières ou requiem in pacem.

    (je crois l’avoir déjà dit ici mais il me plaît de le répéter car cette époque est un bon souvenir de vie et également pour emmerder Michel Persiffleur qui estime que ce blog ne devrait pas être ouvert aux commentaires)

  • La petite souris

    Tenez, c’est amusant, je croyais que vous préfériez, avant toute chose, la souris… d’agneau ! Au reste, elle n’est guère nourrissante.

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