CCCLXVIII.

On semble s’aviser de commémorer le cinquantenaire du Théâtre des Arts. Par voie de presse, ayant omis d’emmagasiner les documents idoines, on appelle aux témoignages. Si ça amuse, je dois avoir divers vieux programmes, comme tout le monde ici. S’agit-il de ça ? Ou plutôt souvenirs vécus, lambeaux pour la plupart, choses vues et sues.

Après-guerre, la reconstruction ne se fit pas sans mal. Longtemps le Cirque municipal servit de théâtre lyrique et de théâtre tout court. On attendait, voulant revoir le théâtre d’autrefois, ou à défaut Le Français (place du Vieux Marché), à la rigueur, sur l’île Lacroix, s’adapter à La Lyre (ex Folies Bergère). Tout cela avait vécu, bien vécu, puis était mort. Mort et enterré, qu’on en parle plus.

Mais, dommages de guerre pour dommages de guerre, Théâtre des Arts on voulait, et on aurait. Non sans discussion du reste car dès l’entrée en poste d’André Malraux, celui-ci balaya d’un revers de main cet absurde projet d’une scène lyrique dans une cité dépourvue d’autres lieux de loisirs savants. L’ambition était-elle à ce prix ? Lui, il n’en varia jamais, voulait une maison de la culture (si possible avec des majuscules).

Pas seulement lui. A Rouen nous étions nombreux à prendre le chemin de Paris dès lors qu’il s’agissait de voir autre chose que les sempiternelles bêtises de la vieille garde locale. Un temps, il exista une association pour coller au projet du ministre. Financée par divers décideurs locaux (dont en premier le regretté Pierre-René Wolf) elle tenta de convaincre une municipalité attentiste comme jamais (comme toujours ?).

Mais ce n’est pas pour rien que Napoléon chevauche devant l’Hôtel de Ville. La vieille garde, elle, ne rend pas ! Puis, Rouen étant Rouen, et le gaullisme ici étant plus que modéré, au final l’avis malrucien passa comme la lubie ennuyeuse d’un farfelu (fine allusion). En décembre 62 ouvrit le mastodonte qu’on dédia, brève concession, au chic théâtre. Preuve d’un centrisme indécis, la Municipalité s’offrit deux inaugurations, l’une vouée au théâtre lyrique, l’autre au théâtre dramatique.

Graves et contents, nous sommes allés applaudir Carmen puis Le Bourgeois Gentilhomme. Une anecdote ? Ma bonne amie d’alors voulut être Rouennaise d’un soir et monter les marches en robe longue du meilleur fashionable. D’après un patron acheté aux Magasins Généraux du Tissu (rue grand-Pont) elle se tailla un fourreau noir et or imitation (disait-elle) de Balenciaga. De là à s’imaginer (moi aussi) être Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé… Ce que c’est que d’être jeunes et beaux !

Toujours est-il que sur le trottoir (pas de parvis alors) elle en fut pour ses frais (moi aussi). Quelques badauds, des arondes, trois simcas et les vieux trumeaux de l’arrière garde, de ceux qui en 1954 applaudissaient Rose Pocidalo dans Werther. Tout était dit.

Pour une renaissance c’en était une ! Il fallut s’habituer et comme on dit, faire contre mauvaise fortune bon cœur. Ce que finissent par faire, toujours et encore, les gens d’ici. Écrivant ces lignes je m’interroge : dire qu’il faut raconter tout ça ! Quelle perte de temps !

2 Réponses à “CCCLXVIII.”


  • marchal patrick

    bonjour monsieur le chronicleur,

    Ah ! le théâtre à Rouen vous en avez déjà bien parlé . Le Petit Théâtre ,rue des Carmes,en était une belle graine dont l’histoire par de longs méandres a abouti au Deux Rives via Maxime Gorki (hors Rouen) et au Rive Gauche actuellement orphelin avec la disparition de Robert Labaye.

    PS: Si vous avez le sentiment de perdre votre temps, arrêtez d’écrire (la perte sera pour vos lecteurs) et ne faites que ce que votre plaisir commande…

    recevez ma dadamitié

    patrick marchal

  • Ce n’est pas une perte de temps du tout du tout et ça nous plaît beaucoup beaucoup. Et la MJC rue de l’Hôpital, c’était bien ?

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