CCCLXIV.

Autre chose disparue et qu’on ne reverra pas : les commerçants décorant avec régularité leurs vitrines. Ceux aimant assez leurs boutiques pour y faire étalage (façon de dire) de leurs goûts, de leurs préférences, bref de leur volonté d’illustrer le monde. J’ai connu un cordonnier, rue du Tambour, qui, au milieu des chaussures retapées, exposait les beaux légumes de son jardin. Aussi de plusieurs vitrines ou trônaient, chaque semaine, les photos des films passant dans les cinémas.

C’était en particulier le cas de Valentin, rue Jeanne d’Arc, le spécialiste de l’imperméable, produit local à n’en pas douter. Ces photos, fort recherchées aujourd’hui, lui étaient fournies par le Normandy ou l’Éden, sinon les deux. La boutique en question vient d’achever sa carrière d’imperméable. Et de cinéphile. A croire qu’il ne pleut plus.

Il y avait aussi, rue Verte, un pharmacien qui exposait des collections de jouets à thème : tour de France, chasse aux papillons, l’école autrefois, etc. Heureux temps que ceux où un cordonnier ou un pharmacien s’évadaient. De nos jours, que voulez-vous que les franchisés imaginent ? Déjà que participer aux illuminations de Noël ou à la braderie est un cas de conscience. Devinons le reste.

Un poète renommé l’a dit : une des fonctions du commerçant est de vitupérer l’époque. A chaque génération sa manière. Ne voulant plus attendre derrière leurs vitrines, ils ne la décorent plus. Ils sont à la caisse. Ils enregistrent. Pas seulement nos chèques ou nos cartes bleues, non, aussi nos faits et gestes. Il s’ensuit qu’ils savent tout. Quoi tout ? Ce que nous valons, ce que nous voulons.

La vérité aussi, est que, ces commerçants, on les a assez méprisés. Pensez, vendre ceci ou cela, quelle engeance ! Déjà, de mon temps, il fallait être dans un bureau, derrière un guichet, sur les routes. Que sais-je encore… Journaliste ou explorateur, mais pas boutiquier. Et puis les petits commerçants, ils sont tous à droite… Notons au passage que seuls les petits commerçants votent à droite ; les gros, eux, votent sans doute à gauche. Le fait est que… enfin, passons.

Avions-nous tort ? Pas tout à fait. Encore une des désillusions de l’existence : on a souvent raison avec les autres. Avec soi-même, on a toujours tort. A moins du contraire ? Reste qu’on est, seul ou ensemble, toujours trop fier. Même devant les commerçants. Allez, faut bien rire.

Plus je vieillis, plus je pense à mes parents. A mon père surtout. Au shipchandler de la rue de Fontenelle, ses bureaux et ses ateliers. J’y avais ma place toute chaude et n’en ai pas voulu. Je me souviens un peu pourquoi (pas tout à fait). Ai-je raté une certitude ? Aujourd’hui je siégerais au Rotary ou dans une Loge. J’aurai ma carte au PS et passerai mes soirées aux vœux des élus. Je serais un notable. Seuls, mes petits-enfants me causeraient du souci.

Surtout le dernier qui ne rêve que d’école du commerce alors que ses parents et moi, on voudrait qu’il fasse comédien. Ou danseur. Ou cinéaste. A la rigueur architecte.

1 Réponse à “CCCLXIV.”


  • Petite souris triste

    Valentin, le roi du caoutchouc ! Ça je m’en souviens ! Et comme vous moi aussi je me souviens de mon père, ingénieur chez « Francolor ». Drôle de nom, drôle de vie… C’est la vie !

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