CCCLIX.

Depuis trente ans, tout ce qui s’y fait et s’y dit ne m’intéresse plus. Oui, moi qui ai tant aimé le théâtre, je n’y mets plus les pieds. Si une pièce me dit quelque chose, c’est souvent loin : Grand-Quevilly, St-Étienne du Rouvray, voire Barentin. Il y a peu, j’ai voulu renouer avec ces anciennes amours. Peine perdue. Comme on dit d’un livre qu’il vous tombe des mains, trouver un équivalent pour le fauteuil où j’étais assis. Dommage pour moi, mais qu’y faire et pourquoi se renier ?

Cette réflexion m’est venue à l’occasion de la mort de Roland Dubillard (décembre dernier) dont on n’a guère fait de cas. Je me suis souvenu avoir vu les Diablogues, et surtout Naïves hirondelles. Années Soixante, pas après. Du temps où ce genre de théâtre avait ici droit de cité. Certes, mes références datent. Pour mon genre, rien n’existe sorti de Samuel Becket, Eugène Ionesco, et d’autres plus anciens.

Il fut un temps où on n’osait (mon cas) dire qu’on aimait Jean Giraudoux ou Jean Anouilh. Trop daté, démodé, vieux jeu. Ne parlons pas d’Henrik Ibsen, Michel de Ghelderode ou Anton Tchekhov. Le reste à l’avenant.

Tout ça réfléchi, l’autre jour, en haut de la rue Louis-Ricard, devant les Deux Rives. Paraît qu’on va y revisiter Barillet et Grédy. Sûr, le boulevard, via le cinéma, revient à la mode. Et côté théâtre, le privé ayant enfoncé le public, le bon ton veut qu’on coure après ces vieux succès qui ne furent jamais nationaux et populaires, mais qui l’étaient. Et davantage.

Bien sûr, vous vous doutez que chez Elizabeth Macocco, directrice des lieux, on ne va pas vous faire Au Théâtre Ce Soir. Non, ça c’est bon pour le populo de la télé d’autrefois. Non, nous, on va jongler avec la théâtralité affirmée, les codes du genre et les jeux de miroir. De fait, on s’abrite sous Labiche, Feydeau, Guitry. On parle d’absurde (comme si cela avait un rapport !) Bref, on va faire du boulevard sans en faire, tout en en faisant. Passez muscade, passez la monnaie.

Rien d’infamant mais quel paradoxe ! Dire qu’on s’est échiné pendant, allez, quarante ans, avec une infinie prétention à éduquer le public. Qu’on a bassiné tant et tant de lycéens avec de doctes théories sur la métaphore grinçante, la prophétie pessimiste, le pluriel indéfini. Tout ça pour revenir au bon boulevard, appelé dans le milieu : Mon cul sur la commode.

Seulement, à vouloir en faire, on s’aperçoit vite qu’il ne suffit pas de s’y mettre. Dans la pièce projetée (Lily et Lily) les deux rôles principaux, la star de cinéma et sa jumelle nunuche, doivent être joués par la même comédienne. A la création, c’était Jacqueline Maillan. A la reprise, c’était Annie Cordy. Bref, des artisans du métier. Aux Deux-Rives, ne cherchez pas, elles seront deux. Sera-ce suffisant ? A mon avis, oui. Mais tout juste. Ça mettra de la distance qu’on s’est dit. Oui, on jouera avec les faux-semblants a dit l’autre. Et ça fera deux cachets a conclu la concierge.

2 Réponses à “CCCLIX.”


  • La petite souris

    Ne cherchez pas, ce procédé est une subtile allusion au « Théâtre et son double ».

  • La concierge s’était trompé: il n’y aura qu’un seul cachet car c’est bien la même comédienne qui joue le rôle des deux soeurs. (évidence incontournable) Le théâtre public en est sauf pour ses subventions (ouf!) mais pas l’auteur de cet article pour ses affirmations… Pour le reste, tout n’est pas faux (semblant).

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