CCCLVI.

Relu pour la énième et dernière fois Le Paysan de Paris. Dire que j’ai tant aimé cet auteur et qu’il me tombe aujourd’hui des mains ! Ce qu’il en est des vieilles amours ! Le temps les use. A moins que ce ne soit les amoureux qui… Mais l’oubli serait encore plus grand. Bof, ça n’est grave pour personne. Surtout pas pour les lecteurs des bibliothèques de notre ville. Le titre y est disponible dans la plupart avec cependant, pour une référence dans l’Internet catalogue, l’énigmatique mention : Il n’y a pas d’exemplaire disponible pour ce titre. Nul doute que l’assertion eut ravi l’auteur et ses amis.

Replongeant dans mon Livre de Poche, édition de 1970, il m’est apparu que la lecture passait sous mes yeux. Rien ne parvenait à mon cerveau (à supposer que…) Bref, ce que je lisais n’était ni lu ni relu, mais vaguement vu. Comme d’une personne autrefois connue et dont on redécouvre le visage. Tiens, après toutes ces années, il n’a pas changé. Opinion légère car votre vis-à-vis trouve que, tout de même, vous n’avez pas rajeuni. Ce qu’a pensé mon livre ?

A ce propos, je signale qu’acheté d’occasion en 1970, il appartenait avant moi à un certain (ou certaine) J. F. Deshais. Curiosité, à la suite de cette marque de possession, une main enfantine a inscrit un autre nom, celui d’Yvelise Deshais. Le bouquiniste, plus prosaïque, a surchargé le tout d’un 2 Fr avec l’inscription : Tous nos livres sont échangés et non remboursés. Veux-t-on mieux ? A l’entête du premier chapitre, Préface à une mythologie moderne, l’échangeur non rembourseur a ajouté sa raison sociale : Fabry, bouquiniste, marché de la place Saint-Marc, n° 6, sous la halle.

Craignant d’affaiblir cette poésie, surréaliste ou pas, je vous passe le numéro de registre du commerce. Qu’est devenu J. F. Deshais ? Qu’est devenue Yvelise ? Je sais que Fabry est mort ; mais on aperçoit encore au clos Saint-Marc une dame Fabry. Elle aura survécu à la destruction de la halle. Continuant à vendre des livres, elle a remisé ceux d’Aragon. Sa spécialité est désormais celle du roman sentimental. Des esprits forts nous diront qu’Harlequin et Les Yeux d’Elsa… point de suspension. On leur répondra qu’ils n’ont jamais été amoureux.

Le Paysan de Paris, dans son chapitre intitulé Le Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont, fait mention d’un voyage en auto. A ce sujet, Aragon mentionne les grandes pancartes Luciline qu’on observe sur les bords des routes. Nous revoici à Rouen, dans ce quartier nuageux où s’édifie le portrait fermé du Rouen du XXIe siècle. Oui, dans ce quartier tout en chocolat où nulle dame Fabry, je vous en fiche mon billet, n’ira installer sa boutique.

Seul espoir qui puisse nous détendre, qu’un Aragon aille, quoiqu’il lui en coûte, déambuler dans les nouvelles rues bordées de nouveaux immeubles où de nouvelles gens ouvriront des commerces aussi mystérieux que ceux du Passage de l’Opéra. Notre crainte ? Qu’au détour, il croise une autre Elsa. Alors là, que voulez-vous que je vous dise !

1 Réponse à “CCCLVI.”


  • La petite souris

    Mais pourquoi lisiez-vous si peu attentivement ? La faute à une Elsa ?

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