CCCLII.

Sauf vot’ respect, la rue Louis-Ricard est sens dessus dessous. Travaux dit-on. Ils ne modifieront en rien la physionomie de cette rue qui change et ne change pas. Toujours son esprit XIXe. Esprit qu’elle conservera tant qu’une municipalité désœuvrée ne décidera pas, un soir de conseil, de l’affubler d’un autre nom. Celui-ci faisant oublier, de façon définitive, ce maçonnique ministre des cultes, né en 1839, mort en 1921.

De la rue, un vieux lycéen ayant fréquenté Corneille (l’établissement, pas le tragique) y retrouverait le bar de sa jeunesse, bien-nommé La Lycorne à la devanture si caractéristique, et en face cet autre, Le Balto. Avoir assez d’allant, pénétrer dans ces lieux, écouter les conversations des 16/18 et savoir enfin ce qui se passe. Et vers où on va.

Il y avait autrefois, au numéro 5, en montant, à gauche, un excellent pâtissier : Bocquet. Il est devenu entreprise de pompes funèbres. Où vont mourir les gâteaux ? demandait l’agent Cooper ? Pas près d’avoir la réponse.

Qui se souvient qu’à l’angle de la place de la Rougemare, en lieu et place de l’actuelle librairie, il y avait une épicerie ? Et qui se souvient qu’au 27, plus haut, habitait Simone Poulain, laquelle élevait des chats, de préférence siamois, et des caniches, de préférence nains ? Pourquoi s’en souvenir ? Ou plutôt : Faut-il qu’il m’en souvienne.

A remonter le trottoir, on longe ce qui reste du Ric-Bar. Qui n’a connu le Ric-Bar et ses patrons n’a rien connu. Je veux dire dans le genre populaire, bon marché et folklorique. Ajouter bavard et graisseux. Sans oublier les sacrifices à la modernité gaullienne, lorsque ces Thénardier firent installer, à l’extérieur, un distributeur de sandwiches. De nuit, éclairé, il montrait trois derniers jambons-beurre à désespérer l’affamé retardataire.

Dans un genre plus sérieux, il faut dire sept mots de la gendarmerie : l’Immeuble Le Plus immonde Qui Puisse Exister. Vrai, on peut tout dire des gendarmes, mais il y a des limites au mépris. Surtout en matière de logement. Et d’architecture.

Plus haut, à droite, au 53, une plaque commémorative. Elle célèbre Maurice Gallouen, médecin de son état, mort en déportation pour faits de résistance. Héros tout neuf, car jadis n’avait cours ici, à de rares exceptions près, d’héroïsme en résistance, qu’à propos des Vaillants Militants du Parti Communiste Français. Temps qui changent, mémoire chassant l’autre. Aussi est-il oiseux d’anticiper.

Avançons, avançons… Il faudrait parler de la Caisse d’épargne, de l’ancien amphithéâtre de physique devenu théâtre, sans amphi et sans physique. Ultime consolation pour les fantômes des souris blanches qu’on y exécuta tant et tant. Aussi du jardin Sainte-Marie devenu square André-Maurois, lequel est mort en octobre 1967, après avoir écrit un nombre infini de légers ouvrages (et si fins qu’ils n’encombrent guère nos étagères). Il faudrait parler de la fontaine, de ses sculptures, de son orgue lumineux, de l’observatoire, du réservoir, etc. Cette rue est trop longue, trop vaste, on s’y perd. C’est le siècle qui veut ça. Les gens et leur histoire. Tout ce qui nous retient. Puis nous lâche.

2 Réponses à “CCCLII.”


  • Souris puisque c'est grave

    Non ce n’était pas des souris mais des rats.

  • François Henriot

    Parler de la rue Louis-Ricard est parfaitement d’actualité. La priorité au « tout autobus » confortée par ces travaux interminables – plus rien, actuellement, alors que le temps est clément! – risque de la rendre moins fréquentable, à l’image lugubre de la rue Alsace-Lorraine… En attendant, la Lycorne et le Balto y sont en effet toujours au rendez-vous. A la Lycorne notamment, quand le lycée Corneille travaille, adolescents et profs: pour écouter, savoir « ce qui se passe ». Avec ces commerces, le bas de la rue Louis-Ricard vit encore.

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......