CCCXLIX.

Encore une chronique refusée ! Vagabondant de souvenirs en souvenirs, je pensais à Bob Bucher, barman de l’Escale, rue Jeanne d’Arc, puis propriétaire de l’Hôtel de la Poste à Duclair, enfin tenancier d’une boutique d’alcools à l’angle de la rue Massacre et Émile Verhaeren… Mais tu as déjà raconté ça ! m’assène Jérôme. Et il n’y a pas longtemps. Début de l’année, paraît-il. Pas à dire, je rabâche.

Il faut dire que ma mémoire, trop souvent, anneau après anneau, me ramène à ce quartier. Rue Massacre, rue Thouret, rue du Tambour, celle du Gros-Horloge… mince partie de ville où s’est déroulée ma jeunesse d’adulte. Lorsque je logeais chez les Vignon, un meublé à ne pas dire. J’avais, quoi, vingt ans. J’y croyais alors. Plus beaucoup aujourd’hui.

Histoire de ne pas perdre la main, j’achète parfois du thé à la Cloche d’argent (autre nom aujourd’hui). On n’y grille plus le café comme jadis. Combien se souviennent de cette odeur de brûlerie flottant dans les matins froids de février ? Qui se souvient de la mère Vignon, attablée dans sa cuisine, lisant avec application Marius et Le Hérisson ? L’un imprimé sur papier rose, l’autre sur vert, hebdomadaires que je lui rapportais du temps où j’étais pigiste (si peu) à Paris-Normandie. Il faudrait pouvoir en dire plus long. Mais c’est bientôt fini. Pour eux et pour moi.

En centre historique, à deux pas du Gros-Horloge, quoi de plus étrange que la rue des Vergetiers ? Passé le merveilleux tabac du coin et ce qui reste du Big Ben Pub, c’est comme une impasse ouverte. Quelque chose de rien sur rien. Il y eut jadis là une laverie, un escalier menant au passage de l’Hôtel du Nord… puis le vide. Ou alors, oui, les arrières du Crédit Lyonnais, et autrefois celles du cinéma Éden, avec, en face, l’ère (pour ne pas dire aire) de livraison de Monoprix.

J’ai un peu fréquenté le Big Ben Pub. Un peu seulement, car pas très bière et pas très dance. En revanche (façon de dire) la laverie m’a remis plus d’une fois à neuf et à sec. J’en aurais besoin ces temps derniers.

Ici et maintenant, la rue des Vergetiers. Passons sur six voitures parkinguées, le perpétuel dépôt sauvage, celui des armoires électriques, panneaux de signalisation… Une forme de terrain vague, mais urbain (quoique pas aimable). Question : pourquoi irait-on dans c’te rue ? Acheter des chaussettes, rue aux Ours, chez Zélie (autrefois Denysélie) ? Déjeuner au discret Philippe ? Obliquer vers L’Ours où (il y a cent ans, à peu près) Pierre Doris se produisait en comique graveleux ? Mais assez, le temps n’est pas venu de la rue aux Ours.

Quant à l’autre, puisque nous y sommes, c’est comme le Checkpoint Charly limitant deux âges. Celui du nord, temps du gothique ; celui du sud, temps de la reconstruction. Une vie ou plusieurs. Entre, dans ce mince espace, tel un transfuge, on courbe les épaules, on rentre la tête et on passe vite. Le snipper de nos vies, toujours là, est en embuscade.

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