CCCXLVIII.

Pourquoi le nier, il m’arrive de déjeuner place Saint-Marc. Toujours dans cet établissement nommé La Boucherie, chaine industrielle ni meilleure ni pire. C’est vaste, décor passe-partout, on n’y est pas les uns sur les autres et le service est comme j’aime : attentionné ni trop. On y mange ce qu’on y mange, sans y penser, de la nourriture internationale sauce française. A la Boucherie, je m’installe près des baies vitrées. On y domine la place. On observe le va et vient, fonctionnaires du Conseil régional qui s’affairent, clochards qui déambulent, Teor qui passe et repasse. Le vendredi, c’est la brocante qui remballe… On ne s’ennuie pas.

Saint-Marc pour Saint-Marc, La Boucherie, c’est mon Café Florian, le marsala en moins. Autre chose aussi, voyant la population qui entre à l’Intermarché, on se dit qu’on a de la chance de prendre en dessert cet excellent riz au lait. On n’en est pas à cinq euros près. Cinq euros qu’on pourrait donner au mendiant vaguement yougoslave qui persiste à l’entrée. A s’aventurer dans la galerie marchande de l’Inter, on observe qui est à cinq euros près. Là, on repose un produit pas cher pour en prendre un autre qui l’est encore moins. Et le yougoslave vaguement mendiant juge ce monde magique.

L’autre jour, à La Boucherie, l’ardoise indiquait avec certitude Lapin en gibelotte tagliatelles. Écrit comme ça, c’est tentant, même si ce qu’on espère n’aura que peu de rapport avec ce dont il s’agit. Venu prendre ma commande, le serveur me refuse mon lapin (en fait, le sien) au prétexte que la formule choisie ne le comprend pas. N’importe, je veux du lapin. Prenez l’autre formule. Je n’en veux pas, je veux le lapin. On m’explique que ce dernier n’est présent que dans la formule je-ne-sais-trop-quoi et que dans celle que j’ai choisi d’entrée, il n’y est pas. Il faut me réfugier dans l’andouillette, ou la bavette, ou je ne sais plus.

Mon erreur : même avec supplément ? De sa haute taille, le garçon-boucher me toise. Il réfléchit et m’assomme : nous avons une nouvelle direction, elle ne veut pas qu’on mélange dans les menus. Silence. Vrai aussi que le jeune homme use d’une amabilité qui n’engage pas à l’insistance. J’ai donc mangé mon andouillette en pensant à mon lapin. Comme on dit : y a pas photo.

Puis mon gâteau de riz en pensant que notre pays devient chaque jour, un peu plus, une république soviétique réussie. En cuisine les cuisiniers léninistes décrètent ; à la caisse les staliniens administrent. Nous autres Zeks, on mange de l’andouillette.

Sortant et traversant la place, je repère une pizzeria à l’enseigne de La Bocelli. Puis rue Armand-Carrel, le magasin Casitalia, et enfin, presque à la place du 39e, Le Lido, grand café à la terrasse tant enviée les dimanches matins. Pas à dire, ce quartier devient italien. Poursuivant mon chemin, me vient à l’esprit cette suggestion à notre municipale autorité ; il paraît que cette dernière cherche des femmes à honorer d’une plaque de rue. Que dirait-elle d’Alsace-Lorraine devenant Sofia Loren ?

1 Réponse à “CCCXLVIII.”


  • Je crois « qu’on » essayait de vous avertir d’une façon discrète que le lapin… n’était pas du lapin ! Mais sinon, vous l’avez bien connue, la Russie soviétique ? Oh, racontez-nous, s’il vous plaît !

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