CCCXLVII.

Pourquoi notre quotidien se meurt ? Longtemps, tel le Narrateur, j’ai pris mon petit-déjeuner au Café des Postes. Chaque matin ou presque, pain beurre, grand café crème, lecture des journaux. Il paraîtrait qu’il s’agissait du Café de la Poste. Possible. J’ai du confondre. En tous cas, je maintiens. Donc, au Café du-des, on trouvait Le Figaro, L’Aurore et Paris-Normandie. Pas Le Monde, que je lisais le soir, à l’heure de l’Angélus. Ni L’Humanité, auquel je jetais (parfois) un coup d’œil, le matin, devant la permanence, place de l’Hôtel de Ville.

Les jeunes : la permanence de quoi ? Du Parti Communiste, patate. Du PCF, du PC, du Parti, quoi… Les militants d’alors avaient la bonne idée d’afficher leur cher quotidien. Passant on regardait la dernière blague de Pif le Chien et on prenait des nouvelles de Maurice. Les jeunes : de qui ? Non, rien.

Au Café de la Poste trainait aussi le France Soir de la veille, mais je l’avais déjà lu. La veille, justement. Ailleurs je lisais Combat. Plus tard, en d’autres lieux, j’ai lu le Quotidien de Paris. Et le Matin de Paris auquel je fus abonné car ici mal distribué. Dans le Quotidien je retrouvais Dominique Jamet qui avait travaillé à L’Aurore. Je n’ai jamais lu Libération car je n’aimais pas Jean-Paul Sartre (une raison comme une autre). Au Matin je me jetais avec impatience sur les chroniques de Bernard Franck et défendais, en tous lieux, les idées ( ?) de Claude Perdriel. Ici, terre peu rocardienne, ça ne plaisait que dans la moyenne.

Félix Phellion bienfaiteur de la presse ! Et je ne parle pas des hebdomadaires : Le Canard enchaîné, L’Os à moelle, le Nouvel Observateur, L’Express aussi. Vrai que j’avais les moyens. Et puis, c’était l’habitude. Aussi que le papier imprimé était moins cher qu’aujourd’hui.

Cet aujourd’hui où il ne me reste (à peine) que ce quotidien régional en déliquescence, deux hebdomadaires gratuits (aucun intérêt), le Nescafé Spécial Filtre et le Bridelight à 20 %. Quant au Café de la Poste, il est devenu une banque. Tout ça pour dire que j’ai 80 ans. Découragé pas indigné.

Je me souviens, dans Paris Normandie, des éditoriaux de Pierre-René Wolf, dont un, en mai 68, titrait : Mon général, il faut parler. Ce que ledit général finit par faire avec les conséquences qu’on sait. Pierre-René Wolf est mort en 1972, ayant à peine dépassé, au sens symbolique, la septuagésime. Je suis allé à l’inhumation. Rarement eu aussi froid.

Et la vie a repris son cours. Toujours, lorsqu’on quitte les enterrements. The Show must go on. Le spectacle doit continuer. Le journal paraîtra demain. Tant pis pour celui d’aujourd’hui. Notez qu’il s’agit là de vains propos. Chaque matin, lisant le journal, j’ai l’impression de lire celui d’avant-hier. Tout ça, je le sais déjà. Ni moins bien, ni mieux. La même chose, les mêmes gens. Oui, pendant que mon Nescafé refroidit, augmente le sentiment de vieillir. Et aussi la rage de voir qu’on persiste et qu’on signe. Pas faute d’avoir été prévenu pourtant.

3 Réponses à “CCCXLVII.”


  • François Henriot

    Oui, cher commentateur de nos vies et de notre ville, vous avec alerté, et vous alertez encore. Sans écho semble-t-il, y compris sur Internet… dont l’efficacité tant vantée est douteuse. Vive l’information, vive l’imprimé. Nous sommes au moins deux à l’écrire.

  • Ne ragez pas, Monsieur Félix, quelle importance tout ça ? Et puis si, l’internet c’est très bien, puisqu’on peut vous y lire !!!

  • Rarement eu si froid ??
    C’était un 10 avril.
    Attention quand même aux souvenirs.

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