CCCXLVI.

Cela ne chagrine que les nostalgiques, il n’empêche : la mort annoncée de notre vieux Fanal de Rouen ne fait que renforcer cette impression de dégringolade dont nos élites locales se satisfont (quand elles ne la revendiquent pas !) Fidèle lecteur, le feuilletage du canard me prend, chaque matin, de moins en moins de temps. Depuis plusieurs mois, constat récurrent : la communication institutionnelle recouvre l’information. Pourquoi voudriez-vous qu’on apprenne ce qu’on sait déjà ? Et qui, de surcroît, ne nous intéresse pas.

De fait, la rédaction se bat les flancs. La routine, que la routine, toute la routine. Au point tel qu’il y a une semaine ou deux, une demi-page vantait de quelconques futurs projets locaux ; parmi, l’annonce de la démolition, enfin actée en haut-lieu et prévue pour la fin de l’année, du Palais des Congrès de la place de la cathédrale. Ah me suis-je écrié enfin une bonne nouvelle !

Le lendemain, déception : l’info datait du début 2010. Pour toute excuse, le journal invoquait l’erreur technique. Je veux bien qu’il n’y ait plus de relecteurs et de correcteurs. Je veux bien qu’il n’y ait plus d’atelier, de morasses et d’épreuves. Je veux bien tout et le reste. Mais cette désinvolture, attribuable à on ne sait qui, est le meilleur symptôme de l’irrépressible fin.

Les analyseurs analysant gloseront sur les nouveaux médias et l’Internet. Sur le temps qui change, celui qui manque et celui qui pèse. On invoquera la cherté du papier, de l’encre, de la distribution… Puis l’augmentation des charges, des salaires… Au passage on dénoncera les fantaisies syndicales… Et voilà pourquoi votre fille est muette.

La vérité est ailleurs. Elle est que plus personne n’y croit. Je veux dire : au journalisme. C’est un genre disparu. Un vieux chroniqueur d’autrefois disait : l’âme du journalisme, c’est la bonne foi. Évidemment, aujourd’hui, on rigole. C’est qu’on ne sait plus bien ce qu’est la bonne foi. On bosse, c’est tout. Ou on croit bosser, c’est encore mieux.

Dans le Fanal, je ne lit plus que les comptes-rendus des expositions colombophiles, les appels à adoption de l’École du chat, les noces d’or, la centenaire fêtée à la résidence, les inhumations… Toutes choses où on sent encore la bonne foi. Celles des correspondants. J’y ajoute les sports parce qu’enfin, au final, c’est là qu’on écrit le mieux.

Ainsi hier, jeudi, à la page 46 : Deuxièmes de l’exercice précédent, à deux longueurs des Ebroïciennes de Nétreville promues en N3 les basketteuses de l’ASPTT Rouen ne connaissent pas la même réussite cette saison. Trouvez-moi dans la rubrique Artistes et Promotion, une phrase aussi bien balancée ! Mon vieux chroniqueur me disait aussi : Si ta phrase dépasse dix-huit mots, ton lecteur n’est plus le même. Ce qui voulait dire, pour rester dans le sport, qu’à dix-sept mots, on ne boxait plus dans la même catégorie.

Enfin, tout ça pour conclure que Paris-Normandie va disparaître. La peine sincère viendra des amateurs d’oiseaux, des vieilles à chats, des joyeux mariés, et bien sûr des Ébroïciennes de Nétreville.

1 Réponse à “CCCXLVI.”


  • François Henriot

    Je suis tellement attristé par le journalisme souvent pratiqué aujourd’hui en France notamment (à la traîne des réseaux « sociaux » (?)et d’Internet, après l’avoir été de la TV, des gratuits, de la radio et de je ne sais quoi encore), peiné par ce journalisme formaté (brèves, papiers en tel nombre de signes pas plus, dossier du jour, polémique du jour, décryptage (beurk) du jour, que j’ai du mal à encore défendre le journalisme. Et pourtant, je le fais! Les journalistes travaillent en général énormément, font face à des bavards ou à des muets/murs, vivent des horaires et rythmes que peu de « travailleurs » connaissent. Le problème est que l’on (« management » du média, mais aussi lecteurs…) ne leur demande pas vraiment d’informations (précises, neuves, avérées), et que tout le monde semble avoir oublié qu’un journal est là pour apprendre quelque chose à ses lecteurs. Dans tous les domaines, du plus humble fait à l’événement le plus commenté ensuite. Mais je garde obstinément espoir. Il faut acheter Paris-Normandie, sinon, il ne nous restera que nos claviers. Sympathique mais totalement insuffisant. Et que l’on ne me parle pas de « réinventer » la presse. Laissons les journalistes travailler, tant qu’ils le pourront.

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