CCCXL.

Ainsi croyant aller à la Taverne Saint Amand (ce qui déjà, en soi…) j’allais en réalité, de mon plein gré mais à mon insu, à la Taverne St Amant. Ce que c’est que d’avoir des lettres et de l’oublier ! Par bonheur, il ne manque pas d’attentifs lecteurs pour me rappeler à l’ordre. J’en ai bien besoin ces temps derniers.

Je n’ai pas dans ma bibliothèque les œuvres complètes du sieur de Saint-Amant, poète aux heures perdues que lui laissaient ses autres fonctions. Ma vieille encyclopédie Larousse m’apprend qu’il fut prisonnier, voyageur, ami d’untel et de tel autre, et tout premier membre de l’Académie française… ceci toujours combattant, buvant, rimant, appartenant aussi bien à l’histoire qu’à la littérature. Avouez que l’épitaphe vaut d’être prolongée par l’enseigne d’une taverne.

Pour ma peine, il me faudrait apprendre par cœur deux de ses titres renommés : Le Fromage et Le Melon. Un homme écrivant des vers sur ces deux produits ne devait pas être un mauvais coucheur. Et surtout devait se prendre assez peu au sérieux. Ces poèmes, j’imagine qu’on les trouve à la bibliothèque Jacques-Villon ou sur Internet. Paresse d’aller y voir, à l’une comme à l’autre. Cherchant sur mes rayonnages les œuvres de Saint-Amant, je suis tombé sur celles de Saint-John-Perse. Vous me direz : ça remplace pas. Vous aurez raison.

N’empêche, à quand une Taverne Saint-John-Perse ? Pas demain. Le lit-on encore ? Guère davantage que l’autre. Perse fut un des amours littéraires de ma jeunesse. Dire que je connaissais, là oui par cœur, des pans entiers d’Images à Crusoé ! Il ne m’en reste à peu près rien. Sachez, jeunes gens, que j’ai rencontré le grand homme. C’était à l’occasion de la parution chez Seghers d’un numéro à lui consacré de la collection Poètes d’aujourd’hui. En décembre 1953. Je pigeais alors (tentais de) dans divers journaux ou revues de la capitale.

Le Poète, lors de ses séjours parisiens séjournait à l’hôtel Castille (rue Cambon où ce palace nous survit et survivra). Inutile de vous dire que c’était la visite au tombeau de l’empereur. Datant d’un autre siècle, l’homme jetait sur l’après-guerre le regard de quelqu’un qui avait connu l’avant. Et qui ne comprenait guère ce qu’était le présent. Il buvait du thé et, j’étais très jeune, il faisait des manières. J’imagine qu’il devait se demander pourquoi un Martien venait le voir.

On ne m’a pas pris mon article. Parmi mes questions stupides, je n’ai pas pensé à demander au futur Nobel ce qu’il pensait de Saint-Amant et de sa taverne. Vrai qu’elle n’existait pas. A l’époque, c’était, si mes souvenirs sont exacts, un marchand de charbon. Puis cela devint un antiquaire, puis un restau nommé La Guimbarde. Puis enfin la taverne de Jean-Louis.

Faut-il faut tout expliquer ? La Taverne Saint-Amant ne fut jamais dédiée au trop fameux rimailleur fromager. Elle résulta d’une bourde de l’entreprise Legourd (électricité, enseignes lumineuses, rue Victor-Hugo, autre poète) qui mit un T à la place d’un D. Pas grave a dit Jean-Louis, vous me ferez un prix.

Voilà, vous savez tout.

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