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Archive mensuelle de novembre 2011

CCCXLVII.

Pourquoi notre quotidien se meurt ? Longtemps, tel le Narrateur, j’ai pris mon petit-déjeuner au Café des Postes. Chaque matin ou presque, pain beurre, grand café crème, lecture des journaux. Il paraîtrait qu’il s’agissait du Café de la Poste. Possible. J’ai du confondre. En tous cas, je maintiens. Donc, au Café du-des, on trouvait Le Figaro, L’Aurore et Paris-Normandie. Pas Le Monde, que je lisais le soir, à l’heure de l’Angélus. Ni L’Humanité, auquel je jetais (parfois) un coup d’œil, le matin, devant la permanence, place de l’Hôtel de Ville.

Les jeunes : la permanence de quoi ? Du Parti Communiste, patate. Du PCF, du PC, du Parti, quoi… Les militants d’alors avaient la bonne idée d’afficher leur cher quotidien. Passant on regardait la dernière blague de Pif le Chien et on prenait des nouvelles de Maurice. Les jeunes : de qui ? Non, rien.

Au Café de la Poste trainait aussi le France Soir de la veille, mais je l’avais déjà lu. La veille, justement. Ailleurs je lisais Combat. Plus tard, en d’autres lieux, j’ai lu le Quotidien de Paris. Et le Matin de Paris auquel je fus abonné car ici mal distribué. Dans le Quotidien je retrouvais Dominique Jamet qui avait travaillé à L’Aurore. Je n’ai jamais lu Libération car je n’aimais pas Jean-Paul Sartre (une raison comme une autre). Au Matin je me jetais avec impatience sur les chroniques de Bernard Franck et défendais, en tous lieux, les idées ( ?) de Claude Perdriel. Ici, terre peu rocardienne, ça ne plaisait que dans la moyenne.

Félix Phellion bienfaiteur de la presse ! Et je ne parle pas des hebdomadaires : Le Canard enchaîné, L’Os à moelle, le Nouvel Observateur, L’Express aussi. Vrai que j’avais les moyens. Et puis, c’était l’habitude. Aussi que le papier imprimé était moins cher qu’aujourd’hui.

Cet aujourd’hui où il ne me reste (à peine) que ce quotidien régional en déliquescence, deux hebdomadaires gratuits (aucun intérêt), le Nescafé Spécial Filtre et le Bridelight à 20 %. Quant au Café de la Poste, il est devenu une banque. Tout ça pour dire que j’ai 80 ans. Découragé pas indigné.

Je me souviens, dans Paris Normandie, des éditoriaux de Pierre-René Wolf, dont un, en mai 68, titrait : Mon général, il faut parler. Ce que ledit général finit par faire avec les conséquences qu’on sait. Pierre-René Wolf est mort en 1972, ayant à peine dépassé, au sens symbolique, la septuagésime. Je suis allé à l’inhumation. Rarement eu aussi froid.

Et la vie a repris son cours. Toujours, lorsqu’on quitte les enterrements. The Show must go on. Le spectacle doit continuer. Le journal paraîtra demain. Tant pis pour celui d’aujourd’hui. Notez qu’il s’agit là de vains propos. Chaque matin, lisant le journal, j’ai l’impression de lire celui d’avant-hier. Tout ça, je le sais déjà. Ni moins bien, ni mieux. La même chose, les mêmes gens. Oui, pendant que mon Nescafé refroidit, augmente le sentiment de vieillir. Et aussi la rage de voir qu’on persiste et qu’on signe. Pas faute d’avoir été prévenu pourtant.

CCCXLVI.

Cela ne chagrine que les nostalgiques, il n’empêche : la mort annoncée de notre vieux Fanal de Rouen ne fait que renforcer cette impression de dégringolade dont nos élites locales se satisfont (quand elles ne la revendiquent pas !) Fidèle lecteur, le feuilletage du canard me prend, chaque matin, de moins en moins de temps. Depuis plusieurs mois, constat récurrent : la communication institutionnelle recouvre l’information. Pourquoi voudriez-vous qu’on apprenne ce qu’on sait déjà ? Et qui, de surcroît, ne nous intéresse pas.

De fait, la rédaction se bat les flancs. La routine, que la routine, toute la routine. Au point tel qu’il y a une semaine ou deux, une demi-page vantait de quelconques futurs projets locaux ; parmi, l’annonce de la démolition, enfin actée en haut-lieu et prévue pour la fin de l’année, du Palais des Congrès de la place de la cathédrale. Ah me suis-je écrié enfin une bonne nouvelle !

Le lendemain, déception : l’info datait du début 2010. Pour toute excuse, le journal invoquait l’erreur technique. Je veux bien qu’il n’y ait plus de relecteurs et de correcteurs. Je veux bien qu’il n’y ait plus d’atelier, de morasses et d’épreuves. Je veux bien tout et le reste. Mais cette désinvolture, attribuable à on ne sait qui, est le meilleur symptôme de l’irrépressible fin.

Les analyseurs analysant gloseront sur les nouveaux médias et l’Internet. Sur le temps qui change, celui qui manque et celui qui pèse. On invoquera la cherté du papier, de l’encre, de la distribution… Puis l’augmentation des charges, des salaires… Au passage on dénoncera les fantaisies syndicales… Et voilà pourquoi votre fille est muette.

La vérité est ailleurs. Elle est que plus personne n’y croit. Je veux dire : au journalisme. C’est un genre disparu. Un vieux chroniqueur d’autrefois disait : l’âme du journalisme, c’est la bonne foi. Évidemment, aujourd’hui, on rigole. C’est qu’on ne sait plus bien ce qu’est la bonne foi. On bosse, c’est tout. Ou on croit bosser, c’est encore mieux.

Dans le Fanal, je ne lit plus que les comptes-rendus des expositions colombophiles, les appels à adoption de l’École du chat, les noces d’or, la centenaire fêtée à la résidence, les inhumations… Toutes choses où on sent encore la bonne foi. Celles des correspondants. J’y ajoute les sports parce qu’enfin, au final, c’est là qu’on écrit le mieux.

Ainsi hier, jeudi, à la page 46 : Deuxièmes de l’exercice précédent, à deux longueurs des Ebroïciennes de Nétreville promues en N3 les basketteuses de l’ASPTT Rouen ne connaissent pas la même réussite cette saison. Trouvez-moi dans la rubrique Artistes et Promotion, une phrase aussi bien balancée ! Mon vieux chroniqueur me disait aussi : Si ta phrase dépasse dix-huit mots, ton lecteur n’est plus le même. Ce qui voulait dire, pour rester dans le sport, qu’à dix-sept mots, on ne boxait plus dans la même catégorie.

Enfin, tout ça pour conclure que Paris-Normandie va disparaître. La peine sincère viendra des amateurs d’oiseaux, des vieilles à chats, des joyeux mariés, et bien sûr des Ébroïciennes de Nétreville.

CCCXLV.

Ce qui se passe ici ne m’amuse pas plus que ça. On le prétend aux entours : Rouen va perdre son triple A. Il s’agira, dans le désordre, des A d’ambition, d’amitié et de caractère. Les lecteurs vigilants remarqueront que caractère ne commence pas par un A. Ils auront raison. C’est que j’écris déjà après la chute. Le A de caractère (qui en a deux) a déjà été rétrogradé. Nul doute que le reste suive.

Certains se consolent et arguent que ce premier A perdu se retrouve à la fin de la Crea. C’est vite se consoler. L’autre jour, laissant traîner mes oreilles dans les couloirs de la mairie, j’ai entendu : Pffuit, un A perdu, dix de retrouvés. Inconséquence locale ! Réclamant des explications, on m’a répondu qu’on n’avait pas à m’en fournir et quelque chose dans le genre : c’est celui qui le dit qui y est ! Voilà le signe irréfutable du caractère authentiquement rouennais. On l’a ou pas.

Vous penserez : c’est égal, il ne perd pas son sens de l’humour. Oui, mais c’est pour faire diversion. Histoire de ne pas prendre les choses au tragique. Toujours se souvenir que Corneille a écrit L’Illusion comique et Flaubert Bouvard et Pécuchet. Vrai, Horace Bovary c’est chic, mais ça ne prête pas à conséquence. La défense ultime réside dans l’humour et l’acharnement mis à l’opposer à la bêtise. Ou à la suffisance, jamais loin.

C’est égal, l’artillerie doit être lourde. Ce qui manque ici, c’est l’humilité. Le contentement de soi règne partout : Mairie, Département, Région… On est les meilleurs, on est les plus forts ! Tout ce qui s’entreprend se place sous le signe distinctif du mieux disant. Pour le mieux faisant, voir ailleurs.

Un seul exemple, le nom du futur Palais des Sports, endroit où je ne mettrai ni les pieds ni la tête. C’est là bas, loin, du côté des docks. Dit comme ça, la phrase a son côté roman maritime. Hélas, le réel invite à moins de rêverie.

Ceux qui croyaient au passé en tenaient pour un sportif d’autrefois. Ils sont à demi satisfaits ; une salle (petite ou moyenne) sera vouée à porter le nom d’un l’indépassable héros normand. Dans l’art de la grimpette, je veux dire. Mais le bâtiment, le palais lui-même, à son fronton ce sera quoi ?

Nos décideurs ont opté pour une sportive inconnue du grand public. Elle se nomme Arena Kinder. Née en 1946, d’origine lointainement inca, pour beaucoup de spécialistes, elle fut l’une des plus grandes cavalières de tous les temps. Championne olympique en individuel en 1957 et par équipes en 1961 et 1973, elle représenta notre département (où elle s’était établie) à de nombreuses reprises. Elle mourut oubliée en 1986, passage de la Luciline ou pas loin. Cette réhabilitation est donc forme de justice.

A noter que son cheval Lolo, mort lui aussi, fut le seul à remporter trois médailles d’or et ce, sans jamais concourir. Simplement sur sa bonne mine. Certains disent médailles en chocolat. Il y a des jaloux partout !

CCCXLIV.

On me trouvera optimiste mais tant pis. Figurez-vous que je suis allé à la Foire Saint-Romain. Oui, encore une fois. Peut-être la dernière me suis-je dit. Ça fait combien de Saint-Romain depuis que je suis au monde ? A quatre-vingt ans passés, disons presque chaque année, moins celles de la guerre, entre soixante et soixante-dix foires ? Et dire que certains me trouvent inconstant !

Ce qui rassure : une foire l’autre. La foire est toujours la foire. Pas de surprise. Entendez qu’elle est surtout triste et que l’automne aidant, elle a toujours ce parfum de chrysanthèmes que masquent mal les relents de graillon. C’était autrefois plus que vrai lorsqu’elle était sur les boulevards, au nord de la ville. Là, les cimetières n’étaient pas loin. Chaque Toussaint, allant honorer nos morts, on pouvait, redescendant, se consoler d’une portion de frites. Ou d’un billet à La Loterie Parisienne. Ça ne consolait de rien, mais on avait une preuve tangible de la supériorité du vivant.

Aujourd’hui, les morts sont là où ils peuvent. Le chagrin se masque facilement mais la foule ne se console pas mieux. De quoi ? De ne pas avoir assez. Ce n’est pas sur les quais qu’on croisera les riches (encore qu’on l’est toujours moins que son voisin) et que, de surplus, la foire n’a qu’un but : se persuader qu’on l’est. Pas longtemps, le temps d’une virée. De quelques tours de manèges, de loterie, et d’une portion de cochon de lait.

Ce samedi soir, et cette année encore, j’ai dédaigné L’Ours noir pour Tante Francine. Je n’aime pas les serveurs du premier. Pressés, fiers, élitistes. Avec eux, on est vite jaugé à notre mesure. Il faut dire qu’avec Léone et sa fille, nous ne sommes pas des clients intéressants. La gamine grignote, Léone se refuse aux huitres et mon estomac n’a plus sa capacité d’autrefois.

Je me suis diverti à regarder la foule, écouter les bribes de conversation, envier la fraîcheur des enfants et me rembrunir à constater que la Foire Saint-Romain dit, sans le savoir, beaucoup sur l’état du monde. Être enfant ou adolescent pauvre, en 2011 à Rouen, ne peut que renvoyer à l’enfant ou l’adolescent pauvre de 1937. Ou 1948. Ou de 1952. A Rouen, toujours. Ailleurs aussi.

Loin de moi de m’en indigner. Cet ordre des choses et ce monde tel qu’il est me rassurerait plutôt. La foire comme école de la vie ? Regardant les cochons sur le gril, on tâte le fond de fond de ses poches. A-t-on de quoi ? Oui, tant mieux. Non, tant pis. Reste le chamboul’tout, le billard japonais et le tir à la carabine. Ou le train fantôme, la pêche au canard et la grande roue. Aussi les croustillons, la barbe à papa… et pour finir même la messe, le dimanche, sur la piste les autos-scooter.

Comment ne pas y trouver sa place ? A vous entendre, ce monde scintillant, bruyant et odorant, ne serait qu’un songe. Quoi, la vraie vie serait ailleurs ? Pensez-vous ! Allons-y les joueurs, allons-y les gagnants.

CCCXLIII.

Une de mes dernières chroniques portait sur ces angoissantes et contemporaines questions : faut-il que la ligne Sept croise la Douze ? Faut-il que le Métro avance ou recule ? Faut-il plus ou moins de parkings-relais en périphérie ?

Sur ces sujets, la réflexion municipale se dirigerait vers un stationnement réservé aux habitants et un autre réservé à la clientèle venue dépenser son bon argent. Ceux qui m’aiment (travaillant ici et habitant ailleurs) comme dit la chanson prendront le tram. Notons au passage comment des municipes de gauche prennent à cœur le souci des commerçants et celui de leurs employés. Passons.

Voulez-vous mieux ? Dans un encadré de presse locale (vérifiable dans Paris-Normandie du vendredi 21 octobre dernier) la directrice du magasin Le Printemps (autrefois Printania) y va de sa réflexion. Façon patronne du Medef, elle déclare avec force : No parking, no business. Bigre ! Voilà comme de nos jours, le sieur Lheureux vend ses écharpes algériennes et ses guipures à nos modernes Bovary : no card ! cash ! Mais là n’est pas la question.

La question est de savoir ce que pense cette directrice desdits fameux parkings-relais pour ses vendeuses. Sa réponse pèse du poids de sa force de vente, autant dire qu’elle est lourde. A la lire, on y apprend d’entrée que les employés travaillant en centre-ville sont en majorité des femmes (tiens donc, voyez-vous ça !)

Ensuite et surtout, que ce sont des femmes à qui on demande d’être élégantes (dixit). Aussi serait-il souhaitable, sinon impératif, que les parkings-relais soient (devront ou devraient) être très proches des arrêts (de bus), accessibles tard le soir et donc sécurisés et bien éclairés. Comme on dit à la radio, fin de citation.

La dame est amusante et plus profonde encore. Si les femmes élégantes ne sauraient trop prendre le bus, elles peuvent travailler tard le soir et être bien éclairées. Tout le monde en connait de ces femmes éclairées, travaillant tard le soir. Vrai aussi qu’elles ne sont plus guère élégantes (enfin disons…) Et qu’elles ne sont parfois pas les femmes qu’on croit, mais des femmes – comment dire – d’apparence, sinon de convenance (ce qui n’exclut pas la conviction).

Encore et toujours, là n’est pas la question. La question est qu’une femme élégante serait à peu près l’équivalent d’une pute. Et que telle, trainer du côté des parkings ne peut qu’induire, de la part de garçons bien constitués, un soupçon (un espoir ?) ou une tentation. Dame, comme disait Carabine, un homme c’est un homme.

Bien sur, cela ne vaut que pour les vendeuses du Printemps. Pas pour la serveuse de Pizza Paï ou la caissière de Leader Price. Elles, elles prennent le Teor. Comme dit l’homme de ménage, elles font comme moi, elles se dém… 

A Croisset, ce matin-là, Gustave Flaubert attrapa le 9 à l’arrêt Général-Morris. Présentant son ticket à la receveuse, il fut accueilli d’un : Alors, cher monsieur, toujours dans les papiers ?Que voulez-vous, mon amie, la bêtise m’étreint.Ah, n’en parlons pas, déjà moi, rien qu’hier soir, imaginez que… (A suivre).

CCCXLII.

Autre chose en ville, et qui aussi s’efface : les stations-service. On ne cesse de vouloir nous cerner avec déplacements, parcages, covoiturage, bicyclettes, autobus doux ou hard… D’accord oui, mais voilà, il n’y a plus de pompes à essence.

Ce n’est pas à regretter notez-le (si, un peu tout de même). Il fut un temps où on achetait de l’essence à la station BP de la rue Jeanne d’Arc et aussi rue St-Denis et rue Alsace-Lorraine. A l’entrée du Marché au Fleurs, sur les quais… que sais-je encore. Surtout moi qui n’ai jamais eu de bagnole et ai obtenu mon permis de conduire de façon inavouable. Enfin qu’on peut avouer, il y a prescription.

Après l’avoir raté deux fois, conduite et code, je l’ai acheté à un examinateur bienveillant. Certes, guère consciencieux ni professionnel, mais bon. Rouennais d’entre les Rouennais, je n’ai pas eu à m’en servir. Piéton un jour, piéton toujours. Et puis j’aimais tant, dans l’autobus, le buste des receveuses !

Encore une chose effacée : la permanente avisée, le petit calot, la vareuse échancrée, le doux camée ancien invitant le regard… sans parler du curieux engin qu’elle tournait avec dextérité pour oblitérer vos tickets. Avancez dans le fond, y a de la place ! Servantes de l’ordre et de l’autorité, qui chantera le charme des puissantes traminotes d’autrefois ? De nos jours, prendre le Metro offre des sensualités plus diffuses. L’expert attentif ira en bout de rame, là où se convoque la jeunesse, garçons et filles en âge de prospérer. Il s’y instruira davantage (et sur un autre terrain) qu’à la lecture des résultats des enquêtes de circulation.

Car, autre point sensible, voilà qui m’étonne encore : qu’on en soit toujours, plans après plans, décennies après décennies, à commander à d’obscurs instituts des enquêtes de circulation. Tout le monde sait que c’est le moyen commode de financer les campagnes électorales, mais reconnaissons que la ficelle semble inusable. Faut-il que le Sept passe là ou ici ? Faut-il que le Metro le croise ? Faut-il être quai haut ou quai bas ? Plus de parkinges ou moins ?

Des réponses, des solutions ? Attardons-nous au comptoir. On y apprend qu’il faut davantage de bus, de jour et de nuit, et gratuits. Qu’il faut des pistes cyclables et des cyclistes roulant dans tous les sens (y compris sur les trottoirs). Qu’il faut des parcages minute pour clients et des parcages de nuit pour habitants. Qu’il faut aussi de la place pour ma moto, mon scooter, ma voiture d’enfant…

Qu’il faut de parkings à étages bien éclairés, pas enterrés et pas trop en hauteur. Qu’il faut aussi de quoi se garer pour les gens qui travaillent et aussi pour ceux qui livrent. Qu’il faut pouvoir se garer pour l’enfant qui va à l’école, pour glisser une lettre à la boite, ou pour déposer quelqu’un au train (oh pour cinq minutes !) Et aussi, et au final, mais je me répète, qu’il faut rouvrir les pompes à essence.

Et pourquoi donc ? Mais mon cher, pour l’esthétisme. Uniquement.

CCCXLI.

Ce jour, mercredi 2 novembre, feuilletant Le Fanal de Rouen, j’apprends la mort de Marianne Lamy. Long avis de décès avec la mention qui dit l’essentiel, à savoir qu’elle fut ici bibliothécaire de 1962 à 1999. Quarante ans de lecture publique ! Que d’histoires à raconter ! Oui, surtout comme amie des livres et des lecteurs. Car pour le reste, seul le chagrin l’emportait… Je veux dire, du côté des bibliothèques ici.

Je me souviens d’elle officiant à Saint-Sever, du temps où cette bibliothèque logeait sur la place, à côté du commissariat de police. Une bibliothèque à l’ancienne, sombre et fermée, avec les flics comme gardiens négligents. Vous me direz…

Je surtout connu Mademoiselle Lamy après. A la bibliothèque du Théâtre des Arts. Au bas de la rue Jeanne d’Arc, dans une dépendance dudit. Qui n’a fréquenté ces lieux n’a rien vu. Sur deux étages les livres s’entassaient comme dans un grenier. Ou une cave puisqu’un des étages se situait au sous-sol. Ici pas de fioritures, pas de tralala. Des rayonnages et des livres. Rien qui distrait de la lecture, cette grande affaire.

Il y avait au Théâtre des Arts des merveilles. Des choses reliées de toile grise et épaissies de papier jauni. Des livres disparus depuis et qu’on ne verra plus. Des auteurs jadis célèbres, à présent oubliés, qu’on ne relira qu’après un long purgatoire. Dans quarante ans d’ici. Ou plutôt jamais.

Mademoiselle Lamy fut une petite souris blanche (souris un peu enrobée) qui s’activait dans le calme. Elle avait le sourire perpétuel de ceux qui ont l’éternité pour horizon. Pour tout dire, le sourire de l’ange des livres. J’exagère ? Dans la gentillesse (comme la méchanceté) il faut forcer le trait. C’est le moyen de se rassurer.

Ce qu’elle avait de formidable : elle ne vous jugeait pas. Tout livre emprunté était bien. Si vous en rapportiez un vous paraissant médiocre, elle en était d’accord. L’agréable de ces gens-là ! Non qu’ils soient toujours de votre avis, c’est autre chose : ils vous mettent en position d’intelligence. Si Marianne Lamy vous écoutait, c’était que votre avis lui paraissait précieux ou indispensable. Une magie rarement rencontrée : le fait d’être distingué par l’autre.

Et comme Marianne Lamy parlait avec tout le monde, tout le monde en était impressionné. Dans un autre âge, elle aurait été la grand-mère magicienne d’une ribambelle de petits-enfants. Le sort en décida autrement. Tant mieux pour les lecteurs et lectrices de Rouen. Et tant pis pour les petits-enfants que Marianne n’a pas eus.

Mais on sait que ceux-là ne lisent rien. C’est pour eux qu’on construit nos contemporaines bibliothèques. Des endroits où on leur raconte des contes à dormir, où on leur donne à faire du papier découpé, où on les catéchise d’un redoutable numérique. Pensez, trois mille romans dans une tablette ! De quoi les avoir tous sous la main et n’en jamais lire un seul ! Oui, nous y seront bientôt (ou nous y sommes ?) : l’inculture pour tous et le pouvoir aux autres.

Adieu Marianne. Mon meilleur souvenir.

CCCXL.

Ainsi croyant aller à la Taverne Saint Amand (ce qui déjà, en soi…) j’allais en réalité, de mon plein gré mais à mon insu, à la Taverne St Amant. Ce que c’est que d’avoir des lettres et de l’oublier ! Par bonheur, il ne manque pas d’attentifs lecteurs pour me rappeler à l’ordre. J’en ai bien besoin ces temps derniers.

Je n’ai pas dans ma bibliothèque les œuvres complètes du sieur de Saint-Amant, poète aux heures perdues que lui laissaient ses autres fonctions. Ma vieille encyclopédie Larousse m’apprend qu’il fut prisonnier, voyageur, ami d’untel et de tel autre, et tout premier membre de l’Académie française… ceci toujours combattant, buvant, rimant, appartenant aussi bien à l’histoire qu’à la littérature. Avouez que l’épitaphe vaut d’être prolongée par l’enseigne d’une taverne.

Pour ma peine, il me faudrait apprendre par cœur deux de ses titres renommés : Le Fromage et Le Melon. Un homme écrivant des vers sur ces deux produits ne devait pas être un mauvais coucheur. Et surtout devait se prendre assez peu au sérieux. Ces poèmes, j’imagine qu’on les trouve à la bibliothèque Jacques-Villon ou sur Internet. Paresse d’aller y voir, à l’une comme à l’autre. Cherchant sur mes rayonnages les œuvres de Saint-Amant, je suis tombé sur celles de Saint-John-Perse. Vous me direz : ça remplace pas. Vous aurez raison.

N’empêche, à quand une Taverne Saint-John-Perse ? Pas demain. Le lit-on encore ? Guère davantage que l’autre. Perse fut un des amours littéraires de ma jeunesse. Dire que je connaissais, là oui par cœur, des pans entiers d’Images à Crusoé ! Il ne m’en reste à peu près rien. Sachez, jeunes gens, que j’ai rencontré le grand homme. C’était à l’occasion de la parution chez Seghers d’un numéro à lui consacré de la collection Poètes d’aujourd’hui. En décembre 1953. Je pigeais alors (tentais de) dans divers journaux ou revues de la capitale.

Le Poète, lors de ses séjours parisiens séjournait à l’hôtel Castille (rue Cambon où ce palace nous survit et survivra). Inutile de vous dire que c’était la visite au tombeau de l’empereur. Datant d’un autre siècle, l’homme jetait sur l’après-guerre le regard de quelqu’un qui avait connu l’avant. Et qui ne comprenait guère ce qu’était le présent. Il buvait du thé et, j’étais très jeune, il faisait des manières. J’imagine qu’il devait se demander pourquoi un Martien venait le voir.

On ne m’a pas pris mon article. Parmi mes questions stupides, je n’ai pas pensé à demander au futur Nobel ce qu’il pensait de Saint-Amant et de sa taverne. Vrai qu’elle n’existait pas. A l’époque, c’était, si mes souvenirs sont exacts, un marchand de charbon. Puis cela devint un antiquaire, puis un restau nommé La Guimbarde. Puis enfin la taverne de Jean-Louis.

Faut-il faut tout expliquer ? La Taverne Saint-Amant ne fut jamais dédiée au trop fameux rimailleur fromager. Elle résulta d’une bourde de l’entreprise Legourd (électricité, enseignes lumineuses, rue Victor-Hugo, autre poète) qui mit un T à la place d’un D. Pas grave a dit Jean-Louis, vous me ferez un prix.

Voilà, vous savez tout.




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