CCCXXXIX.

A l’occasion d’une passation de relais, on met à l’actualité la Taverne Saint-Amand (sur la place du même nom). J’ai, il y a une bonne vingtaine d’années, passé là des nuits mémorables. A ce point mémorable que je ne m’en souviens pas. Rien à dire donc du lieu ni de l’homme de l’art dont le légendaire s’empare déjà. Ni d’Annie et de sa cuisine dont le légendaire s’est déjà emparé. C’est souvent le cas ici. Il faut se souvenir ou, à défaut, inventer. Oublier est encore le plus simple.

Notez que je suis juge et partie. Le quartier me touche de trop. Par quartier j’entends la rue Saint-Amand, son passage, la rue Saint-Nicolas et celle dite Croix de Fer… là où tant de choses s’accumulent pour prêter à la confusion. Vous ai-je parlé de l’Astoria hôtel de passe, du Modern’ Hôtel (un autre), de la Colombe d’Or, du Bar Flor… Probable. De Dufour restaurateur, du Jockey bar à petits chevaux, de Tentation (lingerie), de Eddy Vêtement, du Mandarin (restaurant chinois), de Paraud (réparateur sportif)… et même d’une épicerie à l’enseigne des Raisins Verts, cette dernière en hommage à l’émission télévisée de Jean-Christophe Averty.

Rien que sur le Bar Flor, je pourrais aligner tant de chroniques ! Des histoires incroyables que personne ne croirait. Ou ne croira. Celle du barman et associé de l’endroit, prénommé Florent (d’où Bar Flor) gamin ayant déjà tout vu et vécu, qui habitait rue Martainville et qui, le soir, emportait la recette chez lui, craignant les cambriolages.

Mais pas les cambrioleurs. De fait, on le retrouva au petit matin, mortellement blessé (comme écrivent les journaux) dans un couloir de la rue Géricault. La police enquêteuse ne tarda pas à arrêter l’assassin. Il n’était autre que le fameux associé. Aux Assisses, on le condamna à expier en quatre lustres. On ne rigolait pas à l’époque (à supposer qu’aujourd’hui…).

Il y a un dizaine d’années (l’affaire se passait vers 1964 ou 1965, à vérifier), j’ai croisé l’associé fameux devenu assassin libéré. Plutôt engraissé et réjoui, doué de surcroît d’une mémoire vaporeuse. Le croira-t-on, il m’offrit un verre, et devinez où, Chez Claude, à l’angle de la rue de la Chaîne, là où loge désormais l’Espiguette. Bref, à deux pas du siège de ses anciennes amours (façon de dire). Ne voulant pas être en reste, j’ai offert ma tournée et bu en secret à la santé de la victime. Conjuration d’un sort ? En pure perte, ne nous leurrons pas.

Selon la terminologie du temps, le Bar Flor était un bar de tantes. Soit le contraire du bar gay d’aujourd’hui. On y croisait un tas de gens, hommes aimant les femmes, femmes aimant les hommes, le contraire aussi, tous habitués des bars, et tous sérieux célibataires. Et aussi des pères de famille ne demandant qu’à le rester. Souvent, ces derniers déduisaient, après coup, que le Ricard ou le Johnny Walker entrainaient chez eux de troublantes curiosités.

Ceci pour dire car on ne se prenait pas tant au sérieux. A l’époque, je veux dire. Maintenant, c’est autre chose.

4 Réponses à “CCCXXXIX.”


  • Etrange coïncidence (mais en est-ce bien une ?). La rue St Amand, avec un « D », évoque l’abbaye de St Amand qui occupait autrefois une grande partie du quartier, alors que la taverne St Amant, avec un « T », rappelle Marc-Antoine Girard, sieur de Saint-Amant, né à Grand-Quevilly le 30 septembre 1594 et mort à Paris le 29 décembre 1661. C’était un poète libertin, militaire et diplomate français.

  • Vous, donc, un vieux de la vieille, un connaisseur dit-on, un « à qui on ne la fait pas », si tant est qu’on vous le fit un jour, écrivez « Amand » avec un D quand il s’agit de la taverne d’Annie et de Jean-Louis…
    Un habitué étourdi, sans doute.
    Si votre connaissance « outre-livresque » vous porte, peut-être saurez vous nous parler de l’historique des lieux ? Allez, un petit effort…

  • La petite souris

    Vos histoires de tantes, j’y comprends rien non plus.

  • François Henriot

    Et le « Magicien » de Serge et Bozena (années 70 à 90 me semble-t-il)? Il est absolument vrai que l’on ne s’y prenait pas au sérieux. Surtout à 2 heures (du matin bien sûr) passées, avec entre autres un Jacques Fouroux de passage à Rouen… Mais l’Espiguette, c’est plus branché. Et rasoir.

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......