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Archive mensuelle de octobre 2011

CCCXXXIX.

A l’occasion d’une passation de relais, on met à l’actualité la Taverne Saint-Amand (sur la place du même nom). J’ai, il y a une bonne vingtaine d’années, passé là des nuits mémorables. A ce point mémorable que je ne m’en souviens pas. Rien à dire donc du lieu ni de l’homme de l’art dont le légendaire s’empare déjà. Ni d’Annie et de sa cuisine dont le légendaire s’est déjà emparé. C’est souvent le cas ici. Il faut se souvenir ou, à défaut, inventer. Oublier est encore le plus simple.

Notez que je suis juge et partie. Le quartier me touche de trop. Par quartier j’entends la rue Saint-Amand, son passage, la rue Saint-Nicolas et celle dite Croix de Fer… là où tant de choses s’accumulent pour prêter à la confusion. Vous ai-je parlé de l’Astoria hôtel de passe, du Modern’ Hôtel (un autre), de la Colombe d’Or, du Bar Flor… Probable. De Dufour restaurateur, du Jockey bar à petits chevaux, de Tentation (lingerie), de Eddy Vêtement, du Mandarin (restaurant chinois), de Paraud (réparateur sportif)… et même d’une épicerie à l’enseigne des Raisins Verts, cette dernière en hommage à l’émission télévisée de Jean-Christophe Averty.

Rien que sur le Bar Flor, je pourrais aligner tant de chroniques ! Des histoires incroyables que personne ne croirait. Ou ne croira. Celle du barman et associé de l’endroit, prénommé Florent (d’où Bar Flor) gamin ayant déjà tout vu et vécu, qui habitait rue Martainville et qui, le soir, emportait la recette chez lui, craignant les cambriolages.

Mais pas les cambrioleurs. De fait, on le retrouva au petit matin, mortellement blessé (comme écrivent les journaux) dans un couloir de la rue Géricault. La police enquêteuse ne tarda pas à arrêter l’assassin. Il n’était autre que le fameux associé. Aux Assisses, on le condamna à expier en quatre lustres. On ne rigolait pas à l’époque (à supposer qu’aujourd’hui…).

Il y a un dizaine d’années (l’affaire se passait vers 1964 ou 1965, à vérifier), j’ai croisé l’associé fameux devenu assassin libéré. Plutôt engraissé et réjoui, doué de surcroît d’une mémoire vaporeuse. Le croira-t-on, il m’offrit un verre, et devinez où, Chez Claude, à l’angle de la rue de la Chaîne, là où loge désormais l’Espiguette. Bref, à deux pas du siège de ses anciennes amours (façon de dire). Ne voulant pas être en reste, j’ai offert ma tournée et bu en secret à la santé de la victime. Conjuration d’un sort ? En pure perte, ne nous leurrons pas.

Selon la terminologie du temps, le Bar Flor était un bar de tantes. Soit le contraire du bar gay d’aujourd’hui. On y croisait un tas de gens, hommes aimant les femmes, femmes aimant les hommes, le contraire aussi, tous habitués des bars, et tous sérieux célibataires. Et aussi des pères de famille ne demandant qu’à le rester. Souvent, ces derniers déduisaient, après coup, que le Ricard ou le Johnny Walker entrainaient chez eux de troublantes curiosités.

Ceci pour dire car on ne se prenait pas tant au sérieux. A l’époque, je veux dire. Maintenant, c’est autre chose.

CCCXXXVIII.

Tant d’invitations ! Le vertige me prend devant la pile des cartons. Chacun d’eux réclame un effort. Me secouer, m’habiller, sortir… Que ce soit concert, exposition, inauguration, première (rares désormais)… tout m’ennuie ou m’effraie. Que vais-je apprendre, qui vais-je rencontrer ? D’avance, je sais que mes émotions seront d’un autre ordre. Passons discours, démonstrations, analyses (aïe, aïe)… rien ne retiendra mon attention.

Au musée de peinture, les commentaires autour du peintre (mais non, voyons, le plasticien) et de son œuvre (sa performance) seront peu de choses face à l’écharpe portée par une vieille abonnée, à l’accord des couleurs osé par telle étudiante, ou le propos désabusé entendu derrière moi ?

A l’opéra, ce sont les courants d’air qui m’inquiètent. Au cinéma, la climatisation. A la mairie, la station debout. Au conseil régional, la tristesse des lieux. Au conseil général, ce qu’on y montre. Ailleurs, la vacuité ou la solennité de l’environnement, ou de l’atmosphère. Sortant, qu’il pleuve ou vente, toujours la même salade : je suis trop vieux.

Notez que cette coquetterie me coûte. Ce qui manque, c’est l’allant. Disons la foi. Y croire encore ? Certes, la vieillesse apporte, quoiqu’on en dise, son lot de consolations, mais rien ne vaut l’éclat impérieux de la jeunesse. Vous me direz (avec raison) que je fais dans la philosophie de bazar. J’avais quinze ou seize ans que je réclamais : vivement l’année prochaine. J’en ai quatre-vingt, âge où on ne réclame plus, mais où on récrimine.

Et en toute liberté. N’attendant plus d’amis, on ne craint plus les ennemis. Le temps ayant fait son œuvre, les morts étant enterrés, nos vengeances nous échappent. De fait, mes haines, recuites, sont dérisoires. Nommons ça le prurit des grincheux. Ça ne se guérit pas. Il faut vivre avec. L’avenir dira si j’avais raison, comme m’en a menacé une lectrice, de détruire mon âme. Le latin aidant, nous en reparlerons au crématorium.

Autre chose (pas sûr). On débat, en ville, d’art contemporain. Précisons qu’à Rouen, la denrée se traite avec économie. Le plus souvent, comme disait un illustre : de l’art que c’est pas la peine. Dans le genre, ce qui se fait, de façon officielle ou reconnue, se cantonne au décoratif, à l’art d’ambiance ou social. Ici oui, faut que ça serve. C’est déjà un budget dit le bailleur.

Et si c’est plein de bons sentiments, c’est encore mieux. Chaque année, au jour de l’an, une vieille amie m’envoie ses vœux. Elle le fait sur des cartes reproduisant des tableaux peints par des handicapés. Bouquet de fleurs, chaumière, paysage enneigé… ces mochetés portent au verso la pieuse mention : peint avec la bouche ou avec les pieds. L’usage veut qu’on trouve ça méritant. On n’a pas tort.

Il y a avait autrefois, au bout de la rue Beffroy, à l’angle de la rue Charles-Lenepveu, une demoiselle Gommez qui donnait des cours de chant aux enfants. Suivant la demande, importante, elle y ajoutait le solfège et le piano. Cela s’intitulait L’art par la joie. Tout laborieux que ce fut, c’était déjà ça.

CCCXXXVII.

Il semble que, du côté des rayonnages des bibliothèques publiques, on se lasse. De quoi ? Surtout de l’enlisement. Jusqu’ici on pataugeait, à présent on perd pied. On a commencé par manquer d’idées, puis de courage, et pour finir, de personnel. Bientôt on manquera de livres. Prenez-donc un dvd cher abonné… lesquels, on le sait, dureront encore moins.

Il y a peu de temps de cela, il paraît, comment le croire, que le syndicalisme municipal s’est saisi de la question. D’un irrésistible élan, Sudistes et Cégetistes ont planté le drapeau rouge sur le château branlant. Avis aux lecteurs : d’Aragon, les cinq tomes des Communistes sont remis en rayon. Empruntez-les, vous nous soutiendrez.

Merci, vous n’auriez pas plutôt les Pieds nickelés ? Car (conjonction de coordination) nos néo-bolchevikis se fichent du devenir des bibliothèques comme de leur avant-dernier tract. L’Étincelle (Iskra en russe) qui les anime ne brille que pour leur emploi. Comment leur en tenir rigueur ? Allez à la piscine ; ne passez par la case départ ; ne recevez pas vingt mille francs.

Place de l’Hôtel de Ville, il faut jouer avec les cartes en main. Le moins que l’on puisse dire est que, depuis un certain temps, la donne n’est pas chanceuse. N’empêche, aux jours dits, la mobilisation n’a pas été ridicule et la délégation mécontente a été reçue par le directeur de cabinet. Lui, très content.

Penser qu’on rageait de devoir aller à la Médiathèque de Grammont ! De nouveau, on avait raison d’avoir tort. L’inverse étant tout aussi vrai. Mais assez philosophé, qu’allons-nous emprunter ?

Nous avons le choix. Que diriez-vous, aux Capucins, des Illusions perdues ; à Saint-Sever, du Ministère de la peur ; à Simone de Beauvoir, de La Force des choses ; au Chatelet, de Jacques le Fataliste ; à la Grand Mare, de Tandis que j’agonise ; à Jacques Villon, des Temps difficiles, à Roger Parment, de La Conjuration des imbéciles (ça vire à l’obsession !) et à la bibliothèque virtuelle (la meilleure) La rate au court-bouillon.

Dites, ça nous mène à quoi ces variations humoristiques ? A rien. C’est façon d’amuser la galerie. Ces derniers temps on n’a pas tant l’occasion de rire (encore que…)

La lecture publique est une priorité culturelle. C’est affaire de politiques (hommes et idées). Mais il y a belle lurette que cette priorité (surtout invoquée) est rongée par l’administratif, le réglementaire, quant ça n’est pas l’alibi scientifique. Longtemps, les seuls qui savaient de quoi il retournait, étaient les Communistes. Pas ceux d’aujourd’hui, à la remorque des trotskystes, ceux de Marcel Cachin, de Maurice Thorez, voire de Waldeck-Rochet à tout prendre. De fait nous revoici à Aragon et à sa fausse Elsa : Tu marches à travers des poussières fameuses…

Allez, chers bibliothécaires, encore un effort. Traversez le fleuve, passez de l’autre côté, rejoignez les lecteurs. La complicité des autres vous perd. Leur politique ! Il n’y en a pas. C’est la crainte qui les fait agir. Ça et l’orgueil. Tant que vous en prendrez une part, nous serons seuls. Et derniers.

CCCXXXVI.

Ce vendredi, à l’Hôtel de Région pour un hommage à Pierre Garcette. Hommage tardif mais véritable sous l’intitulé L’Ivre d’Art. Tout était dit pour la majorité, ce soir là, d’entre nous. Les vieux de la vieille, voilà ce que j’ai pensé en pénétrant dans la salle. Quoique, à la réflexion, non, car ceux d’autrefois étaient jeunes et joyeux ; ceux-là sont vieux et tristes.

Pour la jeunesse d’aujourd’hui, absente, elle apprendra que Pierre Garcette (1940-2003) fut ce qu’on ne nommait pas, en ces temps-là, un plasticien. Un artiste sans art défini, touche à tout, amateur strict et professionnel sans diplômes. Dans cet espace, rien ne lui échappait. Il y excellait en tout, mais au final, en rien. Autant dire que ce qu’on a exposé au Conseil régional n’offre que de poussiéreux vestiges.

Passons sur les rébus, resucées des blagues d’un Charivari ou d’une Assiette au beurre ; de même pour les boîtes, les machines, les peintures… plaisanteries où il ne fit que perdre son temps. Son unique roman édité est écrit avec les pieds, et que dire des commandes publiques où sa facilité n’avait d’égal que l’ébahissement des élus confondus.

Sa conversation était éblouissante. Entendez qu’elle vous laissait ébloui. Ses jugements vous mettaient la tête en l’air et les pieds sur terre. Sa culture, vaste et rare, confondait toutes les modes. Avant tout, elle considérait l’essentiel, excluait l’accessoire. Comme tel, Garcette ne se payait pas de mots. Il s’accordait aux choses et s’y tenait. Le reste n’en valait pas la peine.

D’où sa passion pour le surréalisme, genre destructeur pour qui s’y adonne avec foi. C’était le cas. L’autre nature de Pierre Garcette s’attablait chaque soir dans les bistrots. Au Petit Bouvreuil, à l’Épicerie, aux Floralies… de tournées en tournées, de Players en Players, les nuits s’avançaient. On a pas mal bu hier… disait-on le lendemain. Chez certains, la mesure n’est jamais pleine. Partir ou durer ? On n’a pas toujours le choix.

Il est mort à 63 ans. A son incinération, on était plus gai qu’hier soir. Mais les temps ne sont plus les mêmes. J’ai connu Pierre Garcette lorsqu’il est revenu de la Guerre d’Algérie (encore un que cette période aura cassé en trois). Se morfondant à Biskra, il avait appris, sous l’autorité militaire, à peindre des chiffres et des lettres sur les camions. Ça force au rectiligne et à la discipline.

D’où décors, architecture, urbanisme et autres métiers forts utiles quand on a du talent et qu’il faut manger. L’ennui, c’était son perfectionnisme. Pierre, arrête, ça va comme ça. Il n’arrêtait pas, ne finissait pas. A être mécontent de soi et du monde, personne n’y gagne. Combien de fois nous nous sommes brouillés à cause de travaux pas rendus à temps ! Et réconciliés, parce qu’enfin, Pierre valait plus que Garcette. Le croiser et mériter sa considération était chose rare. Il fallait savoir le rejoindre. Son dernier atelier était à l’enseigne de Locus Solus ; son dernier domicile au Vallon Suisse. Ces deux invocations suffisent à dire qu’il était autant parmi nous qu’ailleurs.

CCCXXXV.

Jérôme, neveu fidèle, s’occupe des contingences de Rouen Chronicle. Il m’additionne les connexions, les visites, les hits (qu’est-ce ?) et autres technicités. Bref, voici ma cheville ouvrière. A ce titre, il m’affirme que la chronique la plus lue (du moins la plus visitée) est celle où j’évoquais, il y a deux ou trois ans, les changements de noms de certains cafés. J’y évoquais, entre autres, la disparition, rue Jeanne d’Arc, de l’antique brasserie La Chope d’or devenue, allez savoir pourquoi, le Fifty Five. Depuis, mémorable année 2008, le Cinquante Cinq s’est mué en Lili Jeanne, salon de thé chic et choc, lequel… En tous cas, ça ne saurait tarder.

Pour quelle raison mes lecteurs (guère nombreux) plébiscitent-ils cette mémoire ? Jérôme a son idée : rappelant le souvenir de La Chope d’or, j’y détaillais la généalogie de ce qui avait précédé, à savoir une librairie catholique. Histoire de meubler, je décrivais ce qu’on trouvait aux étalages, entre autres chapelets, images pieuses, crèches à garnir et portraits des papes se succédant. Sur ma lancée, j’évoquais d’autres rouennaises librairies catholiques dont j’indiquais l’historicité et les enseignes.

Oui, Jérôme a raison : mon succès vient de là. A citer saints et papes sans retenue, à mon insu et de plein gré, en un clic, je suis devenu écrivain catholique. Qu’on s’interroge sur la Toile, de la transsubstantiation (oh là là !) et de ses avatars, on tombe sur Félix. Avouez que…

Face au chemin bordé de cyprès qui m’attend, cette conversion virtuelle entre dans les nouveautés début de siècle. Tel Paul Claudel derrière le pilier de Notre-Dame, la blogosphère m’enlève et me sauve. Comme me dit Jérôme : Tu mériterais que ça te tombe dessus. Vrai que je ferais moins le fier.

Autre chose. Pour une fois, tentons de ne pas prendre le monde trop à la légère. Ainsi, cette seconde partie de chronique pourrait s’intituler : Pourquoi je ne suis pas allé voter aux primaires socialistes. La réponse première et unique (presque) est que, quitte à voter pour le parti socialiste, je le ferai (peut être) au matin du dimanche 6 mai 2012.

Et qu’ensuite tout le monde, sinon les inconséquents, peut signer la charte d’adhésion aux valeurs de la gauche ; vrai, elle est assez vague pour ne pas être creuse. Qu’ensuite je ne montre ma carte d’identité qu’aux fonctionnaires assermentés et aux assesseurs des vrais bureaux de vote. Que, de loin, je préfère donner un euro à un paumé (ou m’acheter un pain aux raisins). Qu’aussi, je réprouve le fait d’être estampillé de gauche parce je vais voter avec ceux qui disent qu’ils le sont ; dans les vrais isoloirs, il y a des gens de tous poils et c’est tant mieux. Qu’enfin, n’étant pas adhérent du Parti socialiste, je ne vois pas pourquoi j’irais leur offrir l’occasion de s’approprier mon avis.

Pour le reste, pour finir, et peut-être pour le principal, parce qu’on cherche dans tout cela le véritable acte politique : celui relevant de l’engagement, de la conscience et de la conviction.

CCCXXXIV.

La mort de François Tonsard, qui s’annonce, me fait ressouvenir des années passées. Tant de choses nous séparaient, tant nous rapprochaient. Dire que je vais perdre un ami serait trop ; plus exact est de dire qu’une part de moi-même s’en va. Tout (ou presque) de ce qu’il aimait m’était étranger. Et l’inverse. Rien de plus facile que de le faire enrager ; de mon côté, soupe au lait, il avait beau jeu de me faire monter. Admettons qu’il s’agisse là d’amitié, la vraie. Ou d’autre chose.

Il était, il est, de ces êtres qui portent la guigne. En soi et pour les autres. Un pépin, un dérapage, une catastrophe, c’était pour lui. Jusqu’à la maladie qui l’emporte, notez. Bref, né sous le signe du pas de chance, ascendant perpétuel. S’il achetait une cafetière électrique, elle ne fonctionnait pas. Qui cassait la clef dans la serrure ? Qui voyait son pantalon brûlé par le pressing ? Qui, au restaurant, était oublié par le serveur ?

Et ne parlons pas des femmes ! Ou du sentiment, comme vous voulez. Tout cela, du reste, ne l’affectait guère. Jamais une plainte, pas de jérémiades. Comme une distance indifférente. Vrai flegme, vraie classe. François Tonsard se voulant l’envers d’un intellectuel, il ne formalisait pas. Son attention au monde se portait sur autre chose. Ainsi, sa passion pour l’ésotérisme, le côté Matin des magiciens à qui il vouait un culte raisonné. La revue Planète aussi. Tout Lovecraft en édition originale. Ça et le catch ! Quel mélange.

Côté architecture, son coup de crayon suivait son esprit. Pas flamboyant, toujours sage, oui la distance indifférente. Envers les choses, envers les gens. Par exemple, il ne faisait preuve d’aucun amour propre. A un client récalcitrant, aussitôt : Vous voulez que je change ? Se battre ? Pensez donc. Je me demande s’il ne finissait pas par croire que le client s’y connaissait mieux que lui. Une façon de ne pas encombrer son esprit. Et de comprendre ses intérêts. De fait, lui seul faisait rentrer l’argent dans les caisses.

Pendant des années, nous avons déjeunés chaque samedi ensemble. Une semaine au Pescadou, une autre à l’Écurie. L’un et l’autre, presque comme nous, n’existent plus. Le premier se trouvait rue de Québec, le second place de la Haute-Vieille-Tour. L’un spécialisé dans le poisson, l’autre dans la viande. Chacun avait son charme, qu’on jugerait aujourd’hui suranné. Hier, tout ce quartier vivait d’une vie presque trépidante. C’est à présent un parking à ciel ouvert avec de rares boutiques où l’activité survit.

Passée la rue du Général-Leclerc, ce Rouen des années Soixante semble n’exister que pour mémoire. Histoire de dire. De pieux esthètes, architectes ou non, arpentent encore la rue du Bac, la rue Saint-Denis, la Champmeslé… Sous couvert de lignes pures, de lumière, d’espace, ils méditent sur le temps perdu. Lorsqu’une future lointaine municipalité décidera de prendre en considération cette portion de la ville, il y aura longtemps que François Tonsard et moi aurons fini de digérer. Lui, ses filets de sole Mistral, moi mon entrecôte marchand de vin.

CCCXXXIII.

A peine ai-je voulu faire de Rouen Chronicle une tribune politique que mon projet s’effondre. Du moins s’effrite. Un vieil ami, expert en la matière, m’affirme qu’au soir du 6 mai 2012, le président de la République se nommera François Hollande. Cet ami, au demeurant journaliste retraité, a toujours prédit (déduit ?) le nom du vainqueur et ce depuis mai 1981.

Nous voilà bien. Il va falloir supporter polémiques, débats, programmes, renoncements, ralliements, trahisons, sondages et sur-sondages… tout et tout, alors que le tour est joué ! Seule chose à passionner quelque peu : les chiffres. Ceux atteints par tel ou tel, celui de la participation (premier et second tour), celui des abstentions, etc. Vous me direz : ça occupera. Pas faux.

Dès lors, autant prendre les devants. Ainsi notre prochain président sera rouennais d’origine. Oui, François (comme disait Duras) est né dans nostre ville en août 1954. Au passage, notez que divers lecteurs s’amusent à constater qu’en matière de goûts et réflexions, j’en suis resté à ce millésime. Vous savez désormais pourquoi. Surtout, remarquons que c’est le deuxième candidat à la présidentielle qui a tété le sein de sa mère à l’ombre des Nouvelles Galeries.

Le premier fut Jean Lecanuet qui, en 1965, faillit devenir président de la Ve République (à peu de chose près). Quarante-sept ans plus tard, ce sera François Hollande. Et comme il est d’usage que les Rouennais candidats deviennent maires de leur ville natale, il faut s’attendre à ce que François Hollande soit élu maire en 2020.

Pas en 2014 puisqu’il sera président de la République et occupé à autre chose qu’à mettre la rue aux Ours en voie piétonne. Mais, battu aux présidentielles de 2017, il pourra se présenter aux municipales de 2020. Et sera élu, n’en doutez pas, l’électorat local étant fidèle. D’autant qu’il aura promis, en cas de victoire, le retour de la foire Saint-Romain sur les boulevards.

Mais alors, qui succédera à Valérie Fourneyron en 2014 ? Mon ami journaleux ne m’est d’aucun secours, il travaillait sur le national. Un journaliste moins vieux et pas trop ami, travaillant sur le local, se dit étranger à la question. Les journaux se vendant comme on sait, ça se comprend.

Alors ? Alors, la défaite de la Droite aux élections (présidentielles et législatives) sera ici l’occasion bénie. L’inexistence des Droitiers n’aura d’égal que l’intransigeance des Gauchers. De fait, il ne restera aux Verts et aux Centristes qu’à se rencontrer. Ce sera aux Trois Pièces (place de l’Hôtel de Ville, là où logeait le Château d’Ô).

Dans une pièce, les Verts et divers alliés ; dans l’autre les Centristes, toutes nuances mêlées. Dans la troisième se formera la liste, savant dosage d’à-peu-près politiques, d’amitiés anciennes ou nouvelles, et de promesses amusantes. Tout ce qui fait le charme de la politique locale.

Du premier étage, les ambitieux et les avides contempleront la statue de l’Empereur : Ils allaient, l’arme au bras, front haut, graves, stoïques… Les autres, moins littéraires, resteront ce qu’ils sont : incroyablement rouennais.




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