CCCXXX.

Pour faire suite, la rue Percière, qui n’en finit pas. Insomnie ou lourde digestion, je tente de fixer avec plus de mémoire, Le Bar fécampois, la boutique de Marc Miranda, le bar Le Club, Saint-Arnould l’électricien, un boulanger, un marchand de farces et attrapes et Le Diplomate nommé alors Café du Palais… Rien ne parvient à l’épuisement. De la rue et de ses gens.

J’ai passé nombre de nuits au Club. Du temps de Thérèse, de Jacqueline, de la petite Marcelle… Du temps où, après deux heures du matin, les hirondelles cognaient au carreau pour enjoindre de faire moins de bruit. Peu de bars avaient l’autorisation de dépasser cet horaire. Il fallait donc fermer les rideaux et n’ouvrir qu’aux habitués. C’était le temps où le commissaire étant bon enfant, les fameuses hirondelles appliquaient moderato une consigne réputée inique (elle l’est demeurée).

Je me souviens de Jacqueline lançant : Voulez-vous boire un coup, les gars ? Et les deux pèlerines d’entrer avec leurs vélos. Une nuit d’avant, laissées à l’extérieur, des farceurs avaient trouvé fameux de les emprunter. Au commissariat central, on trouva cela moins comique.

A supposer qu’on le trouve davantage aujourd’hui. Car pèlerines, hirondelles et américanos, tout à disparu. Il n’y a que de vieux messieurs seuls, au fond de leur lit, pour évoquer ce passé guère passionnant. De jour, les couples municipaux circulent à VTT avec casques, gants, lunettes… Ils semblent moins débonnaires que mes hirondelles. Et plus indifférents à lever le coude au défunt Club. Puis-je imaginer qu’ils préfèrent Domino Pizza, Royal Kebad ou Croc Vite ?

Revenons à ma rue. L’autre jour, dîner d’anniversaire d’une amie. C’était au Jardin de Chine, adresse réputée. Ma soirée à me souvenir que c’était là le magasin de Marc Miranda, décorateur de son état. Le malheureux pleurerait de voir ses tentures, cristalleries et commodes Louis XV changées en vrai-faux paravents Maison du Monde.

Et la clientèle donc ! Plus personne ne se meuble selon le goût d’alors. Tout le monde se meuble au goût d’aujourd’hui. Ou plutôt ne se meuble pas. Mange et voyage. A une table à côté, tout un chacun avait fait le Pérou, la Caroline du nord, l’Afrique du sud… On va à présent à Marrakech comme moi à Sotteville. C’est histoire d’attraper le Métro. Mes voyages sont ceux que vous lisez. Rouen et ses entours.

Et encore. Déjà un quartier, une rue, c’est le récit d’un voyage. Comme disait un de nos fameux : Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant… Chinois ou pas, je me demande si le Potage aux Trois Bonheurs me réussit, au point de vue moral, je veux dire. Rue Percière, il y a aussi un restaurant mexicain ou espagnol (ou tout comme) et presqu’à côté, enfin pas loin, un français, La table d’Alex. A propos, le prénom de Monsieur Constantini n’était-il pas Alexandre ? Auquel cas, la boucle est bouclée.

Admettons que vous déambuliez rue Percière, apercevant quelqu’un que vous ne connaitrez pas, vous pourrez dire : Tiens, Félix Phellion ! Je le croyais mort. Eh bien non.

1 Réponse à “CCCXXX.”


  • La petite souris

    Ouvrez-moi cette porte… Ah, vous avez vraiment le mot pour rire, Monsieur Félix !

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