CCCXXVII.

En bon Rouennais, je vais peu rive gauche. Encore moins rive sud. Deux ou trois fois l’an, visiter mes cousins chinois, là-bas, du côté du Château Blanc. Dans un temps lointain, qui n’existe plus, j’ai fréquenté le quartier Saint-Sever. Du temps où l’Olympia n’était pas une banque et où Le Petit Paris n’était pas Tati. Et tout à l’avenant. La grande halle a disparu, remplacée par un moderne parking. Ce moderne étant devenu monstrueux, il paraît qu’on va le démolir pour refaire une hallette à l’ancienne.

Qui se souvient qu’à l’entrée dudit parking, devant le bureau de poste, à côté des toilettes publiques, il y avait un marchand de hot-dogs ? Néon cassé, frites super-grasses. Dire qu’il y en a qui arpentent le vieux Bronx ! Et qui se souvient que sur la façade du Petit Paris il y avait une niche contenant une statue de la vierge ? Elle aussi a disparu. Qui se souvient d’Albert Tissus ? Du Bar des Archives, de La Caravelle, de celui du Mail… Et tout à l’avenant.

Dire qu’on voudrait revoir la Braderie ! Pourquoi-pas rouvrir le Café Victor ! Ou le restaurant panoramique des Nouvelles-Galeries… Dire que c’est moi qu’on taxe de nostalgie ! On voit par là que la ville résiste. Les fantômes s’y meuvent plus que les esprits.

Dans l’église Saint-Sever j’ai assisté à l’inhumation de Mademoiselle Berthe. N’espérez pas que je vous dise l’histoire de Mademoiselle Berthe. Cela ressemblerait à un roman de Rosamond Lehmann. Vous auriez préféré Virginia Woolf, plus chic ? Désolé, je n’ai que ça à vous offrir. Et puis, bof, pas loin d’être la même chose.

Mademoiselle Berthe habitait rue Albert-Sorel. Elle fréquentait la bibliothèque Saint-Sever. Je vous parle du temps où celle-ci logeait sur le parvis, tout à côté du commissariat. Temps où on n’y trouvait pas de romans policiers. Aujourd’hui il n’y a que ça. L’autre jour j’y ai emprunté le premier tome Millénium de Stieg Larsson. Dans le centre commercial, le commissariat a été remplacé par un restaurant chinois à l’enseigne du Canard laqué. Notez que ça aussi ça ressemble au vieux Bronx.

Il y a longtemps que je suis allé voir mes cousins du Château Blanc. C’est par Maman Thong que j’ai connu Mademoiselle Berthe. La première allait faire de la couture chez la seconde. Encore un roman. Maman Thong aussi est morte. Ses enfants, petits-enfants et maintenant arrière-petits-enfants, nous n’avons plus grand-chose à nous dire.

Quand je dis chinois, c’est vietnamien qu’il faut lire. Et catholiques fervents de surcroît. De fait, c’est Maman Thong qui m’a montré pour la première fois la vierge du Petit Paris. Elle se signait en entrant. Avouez que…

Millénium, encore un roman que je ne lirai pas. Dès les dix premières pages, livre refermé. Qu’ai-je à faire de ces gens et de cette histoire ? Et en trois tomes ! J’imagine qu’un seul aurait suffi. La Suède n’est pas si grande. Alors que la rive gauche, elle, s’étend de plus en plus. Mais de là à y voir un sujet de polar…

1 Réponse à “CCCXXVII.”


  • La souris au chapeau mou

    Oui, Albert tissus c’était génial ! Vous faites un peu de couture, ou bien ?

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