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Archive mensuelle de septembre 2011

CCCXXXII.

Arrivé place du Vieux-Marché, j’entre au musée Jeanne d’Arc. Dès le seuil, m’avise une sorte de gardien (qui n’en a que l’air). Bonjour, dis-je, je viens pour les Primaires socialistes. – Ah, ce n’est pas aujourd’hui, c’est la semaine prochaine. L’homme poursuit : Vous avez le temps. Profitez-en pour réfléchir.

Pour une fois que j’étais décidé ! Le bonhomme m’invite à m’asseoir et me propose un remontant. Normalement je n’ai pas le droit, mais ça m’ennuie de vous laisser comme ça. De fil en aiguille, nous échangeons nos vues. Et quel était votre candidat, si je puis me permettre ? Sans trop réfléchir, je réponds : Ben, la Martine, bien sûr ! Mon gardien ne peut réprimer un cri : Lamartine, le poète ! Vous n’y pensez pas. Il a déjà été battu en 1848 et par Louis-Napoléon Bonaparte ! Vous ne croyez pas qu’il va remettre ça.

Bon, mais alors qui ? Je hasarde : A votre avis, Madame Royal… Mon gardien devient catégorique : La fille de Louis XVI, la sœur de Louis XVII ? Mon cher, fini, archi-fini. N’y comptez pas. L’homme, à mon égard, semble de plus en plus désapprobateur. Je me lance : Manolito, le toréador ? Moment de réflexion, puis : Pourquoi pas ? On l’a vu aux Arts dans une reprise de Carmen ; ça n’est pas un mauvais chanteur. Mais nous sommes du même avis : dans un premier rôle, il y a un risque certain.

D’un air négligent, le gardien me relance : Et le Hollandais volant, il ne vous tente pas ? Force est de lui répondre que oui ; d’autant que le garçon étant de Rouen… Oui, une bonne famille, ça compte. Tout à notre affaire, nous sommes interrompus par des touristes britanniques voulant visiter le musée. Le gardien me laisse seul quelques minutes (he leaves me only some minutes).

A son retour, nous reprenons. Lui : Que diriez-vous du sire de Montebourg, qui fut compagnon de Jehanne, et par mariage, allié aux plus antiques familles françoises ? Vrai, la référence écrase tout. Il n’empêche, dis-je, sa liaison avec une femme d’origine martiniquaise

Là, mon gardien s’emporte : Assez avec cette histoire, il y a abandon des charges, on ne sait pas ce qui s’est passé dans cette suite… Il me faut une dizaine minutes pour lui faire admettre qu’il confond avec Gilles de Rais. S’épongeant le front : Que voulez-vous, la déformation professionnelle…

J’en viens au sixième. Quel sixième ? L’autre, Jean-Michel, celui de la voiture balai. Bérégovoy ? Mais non, voyons, le radical toulousain. Je ne l’ai pas dans ma liste ; vous devez confondre. D’un air évasif, il s’absorbe à compter ses entrées. Pas terrible, aujourd’hui. Une impression s’installe : suis-je devant un subterfuge ? Décidément, tout cela ne me dit rien. Éclipsons-nous.

Dehors, un serveur de La Couronne m’interpelle : Je suis le maître d’hôtel de la plus vieille auberge de France. Et à ce titre, vous allez voter pour qui ? Oh, moi, monsieur, je ne crois qu’à l’inoxydable et au sous-vide.

CCCXXXI.

Sortant de ce qui remplace le Grès d’Alsace (et se nomme Les Initiés) nous nous sommes quittés rue Thouret, chacun reprenant son chemin. Pour une surprise ! Je n’avais pas vu François Tonsard depuis plusieurs mois. Là, le croisant rue Gros-Horloge, à peine si je l’ai reconnu. Rouge, boursoufflé, la démarche lente, et une lueur dans le regard reflètant l’inquiétude que donnent les graves maladies. C’est du reste le cas. D’après ce que j’ai compris, en traitement lourd. Les médecins temporisent dans le genre rassurant (mais pas trop).

Lui semble plus que résigné. Avons bavardé un bon moment. Du temps passé, de celui qui nous reste, des années vécues ensemble. Ce que fut ce temps de l’agence, rue de la République, au bas de l’immeuble Coré, lequel restera à jamais un mystère. Un autre et un de plus. François Tonsard, célibataire comme moi, va quitter son appartement de la rue du Petit-Salut. Il veut vivre (mourir) à l’hôtel. Il cherche.

Oui, le temps qui nous reste. Et ce qui nous attend. Mais qu’en savons-nous, ai-je dit. Oh, sur ce point, je suis fixé. J’ai cru qu’il m’était possible de dire, qu’en fait, nous avions toujours sur ce point, plus d’imagination que de certitudes. C’est l’autre nom de l’assurance. Laquelle ne garantit rien, mais bon.

Il a réfléchi un instant, puis : Pourquoi crois-tu que cet endroit se nomme à présent les Initiés ? J’imagine que c’est parce qu’on y sait ce que les autres ne savent pas. Oui, mais surtout à cause de la rue. Et de se lancer dans une grande explication. Depuis que la rue Thouret est devenue une impasse, depuis que le passage du palais de justice est fermé, tout ce qui s’y passe ou s’y produit est devenu aussi mystérieux que caché.

Il y avait autrefois des enseignes simples et qui causaient au coeur : l’école Pouchet, Buteux le coiffeur, Les Amis des Livres, La Maison du plastique, John Chemisier… que des signes solides et contemporains. Ce qu’en héraldique on nomme des armes parlantes. Tout autre à présent ; on est dans l’allusif, l’énigmatique, le signifié signifiant. Le Marché Saint-Romain est devenu Indicible lequel côtoie Les Initiés. François Tonsard, de son souffle court, ma l’assène : Ça devrait te plaire, toi l’intello, le côté Mallarméen de la rue, le genre Aboli bibelot d’inanité sonore. La rue Thouret comme un vers de Mallarmé, il fallait y songer.

Et qui aurait étonné la gérante de John Chemisier, laquelle savait vanter les cols italiens. Elle m’appelait Mon petit monsieur, d’un ton qui ne s’oublie pas (et qu’on a oublié). Une petit’ femme un peu boulotte, toujours vive et fraîche, sentant l’eau de Cologne ou le vétiver. De cette race de commerçant chez qui l’on restait des heures à deviser. Et de qui on apprenait tant de choses !

Utiles ou inutiles. Des méfaits du col anglais ou de la mort du vieux monsieur du quatrième. Mais oui, vous savez, celui qui travaillait autrefois au Crédit Foncier, et dont la fille avait reine de Rouen, celle qui a épousé un capitaine norvégien…

CCCXXX.

Pour faire suite, la rue Percière, qui n’en finit pas. Insomnie ou lourde digestion, je tente de fixer avec plus de mémoire, Le Bar fécampois, la boutique de Marc Miranda, le bar Le Club, Saint-Arnould l’électricien, un boulanger, un marchand de farces et attrapes et Le Diplomate nommé alors Café du Palais… Rien ne parvient à l’épuisement. De la rue et de ses gens.

J’ai passé nombre de nuits au Club. Du temps de Thérèse, de Jacqueline, de la petite Marcelle… Du temps où, après deux heures du matin, les hirondelles cognaient au carreau pour enjoindre de faire moins de bruit. Peu de bars avaient l’autorisation de dépasser cet horaire. Il fallait donc fermer les rideaux et n’ouvrir qu’aux habitués. C’était le temps où le commissaire étant bon enfant, les fameuses hirondelles appliquaient moderato une consigne réputée inique (elle l’est demeurée).

Je me souviens de Jacqueline lançant : Voulez-vous boire un coup, les gars ? Et les deux pèlerines d’entrer avec leurs vélos. Une nuit d’avant, laissées à l’extérieur, des farceurs avaient trouvé fameux de les emprunter. Au commissariat central, on trouva cela moins comique.

A supposer qu’on le trouve davantage aujourd’hui. Car pèlerines, hirondelles et américanos, tout à disparu. Il n’y a que de vieux messieurs seuls, au fond de leur lit, pour évoquer ce passé guère passionnant. De jour, les couples municipaux circulent à VTT avec casques, gants, lunettes… Ils semblent moins débonnaires que mes hirondelles. Et plus indifférents à lever le coude au défunt Club. Puis-je imaginer qu’ils préfèrent Domino Pizza, Royal Kebad ou Croc Vite ?

Revenons à ma rue. L’autre jour, dîner d’anniversaire d’une amie. C’était au Jardin de Chine, adresse réputée. Ma soirée à me souvenir que c’était là le magasin de Marc Miranda, décorateur de son état. Le malheureux pleurerait de voir ses tentures, cristalleries et commodes Louis XV changées en vrai-faux paravents Maison du Monde.

Et la clientèle donc ! Plus personne ne se meuble selon le goût d’alors. Tout le monde se meuble au goût d’aujourd’hui. Ou plutôt ne se meuble pas. Mange et voyage. A une table à côté, tout un chacun avait fait le Pérou, la Caroline du nord, l’Afrique du sud… On va à présent à Marrakech comme moi à Sotteville. C’est histoire d’attraper le Métro. Mes voyages sont ceux que vous lisez. Rouen et ses entours.

Et encore. Déjà un quartier, une rue, c’est le récit d’un voyage. Comme disait un de nos fameux : Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant… Chinois ou pas, je me demande si le Potage aux Trois Bonheurs me réussit, au point de vue moral, je veux dire. Rue Percière, il y a aussi un restaurant mexicain ou espagnol (ou tout comme) et presqu’à côté, enfin pas loin, un français, La table d’Alex. A propos, le prénom de Monsieur Constantini n’était-il pas Alexandre ? Auquel cas, la boucle est bouclée.

Admettons que vous déambuliez rue Percière, apercevant quelqu’un que vous ne connaitrez pas, vous pourrez dire : Tiens, Félix Phellion ! Je le croyais mort. Eh bien non.

CCCXXIX.

Il paraît que la rue Percière va devenir piétonne. Rien de notable pour le futur piéton, l’ancien circulant déjà sur la chaussée. Le changement sera pour les bistrots et restaurants, côtés nord et sud, tous inscrits au tourniquet des modes urbaines. Telle que, la rue a son charme, celui d’être étroite et bordée de hautes maisons. Comme dans les guides : du carrefour Ganterie, beau point de vue sur le beffroi du Palais de Justice.

Jadis, la moitié de la rue était occupée par l’arrière de l’Hôtel de la Poste. Pour qui connaissait les lieux, cela servait de moyen discret pour entrer et sortir. Amours adultères, avec vous ont disparu les passages secrets. Enfin j’imagine, car le coup de canif dans le contrat existe encore. Certains même, à en lire les faits divers…

C’est rue Percière, que j’ai connu Monsieur Constantini. L’homme tenait ses assises (façon de parler) au Diplomate (ce café portant alors un autre nom). Fervent gaulliste, il s’imaginait agent électoral, et… Mais j’ai déjà raconté ça, n’ayant pas tant de souvenirs. En regard, j’ai plus de rancœurs. Ce qu’on me reproche. C’est le lot des vieillards. Mes amies d’autrefois me l’ont répété tant et tant : Tu mourras tout seul, sale égoïste ! Elles avaient tort d’avoir raison.

Revenons rue Percière, rue des mystères. A une extrémité, côté Palais de Justice, une porte cochère, toujours ouverte, menait à une cour. Au fond, s’ouvraient les réserves de la librairie Lepouzé. Cette librairie, ayant pignon sur les rues St-Lô et de la Poterne, était une enseigne renommée. Pour de bonnes et mauvaises raisons, mais là n’est plus la question.

Ce que je voulais dire, c’est que, entrant chez Lepouzé acheter – simple exemple – Madame Bovary – on pouvait, en s’y prenant bien, traverser les réserves, déboucher rue Percière et retrouver l’être aimé à l’Hôtel de la Poste, ledit être aimé étant entré à l’hôtel par la rue Jeanne d’Arc. On pourra y voir la preuve de ce que peut la littérature.

Concordance des temps : de nos jours, entrant rue Jeanne d’Arc à l’Armitière (qui a deux entrées) nous pouvons rejoindre la rue Percière par les quelques mètres qui la sépare de la rue du Bailliage. Ceci pour dire que ce qui change nous change aussi, car avec qui tromper maris, épouses et amants, je vous le demande ? Et dans quel hôtel ?

Rue Percière, se trouvait une librairie : Libranova (heureux temps où le latin venait au secours du commerce). On y vendait surtout des livres techniques, à une époque où la chose se vendait. Puis on se spécialisa dans le guide touristique, la carte routière, puis… dans rien du tout, la boutique ne faisant pas ses affaires. Pour finir, on se contenta d’ouvrir à des heures plus ou moins fixes et d’écouler des stocks d’invendus, venus d’ailleurs. C’est chez Libranova que j’ai acheté, jeune homme, La Cavalière Elsa de Pierre Mac Orlan. Comme dit la chanson, c’est alors que j’ai trouvé (pourquoi donc ?) un sens à ma destinée. Oui, preuve de ce que peut la littérature.

CCCXXVIII.

Il y a soixante ans ou cinquante, on s’amusait. Par exemple, chaque année, ici, on avait droit à La féérie étoilée des bâtons blancs. La chose, sorte de gala, se passait à l’Omnia. Pas celui d’aujourd’hui mais celui d’hier, tout blanc, tout beau, avec des fresques remplies de faunes, de cerfs et de déesses jouant de la lyre. Bref, l’Omnia du temps du Bar de l’Omnia et d’Omnia Coiffure, du temps où aller à l’Omnia, c’était aller à l’Omnia.

Voir Gilbert Bécaud, Édith Piaf, Barbara … des gens comme ça. Et voir de grands films, type Laurence d’Arabie ou Ben Hur. Du temps où tout cela signifiait quelque chose. Du temps où nos grands hommes – Allain Leprest – ou nos grands films – La Guerre des boutons 2 & 3 – n’étaient que des étincelles dans les yeux de leurs géniteurs.

Donc nous allions voir La féérie étoilée des bâtons blancs, autrement dit le gala annuel des œuvres sociales de la police. Autrement dit le bal des pompiers. C’était l’occasion d’applaudir d’amusants numéros de music-hall. Parfois, on tirait une loterie, de quoi gagner une télévision, un réfrigérateur et une année, devinez quoi, une Aronde ! C’était province en diable, mais ici ça n’a jamais été un défaut.

Puisque nous sommes dans le genre sapeur, on a pu lire il y a peu, la célébration mémorielle de ce sinistre pantin que fut Roger Parment. C’était dans Paris-Normandie, où ledit a officié du temps, justement, de la féérie. Il faut dire qu’avant d’être journaliste, Parment fut agent de police. Et ensuite, outre gaulliste bon teint, il devint adjoint à la culture. Une carrière comme on n’en verra plus.

Ajoutons, pour écrire comme lui, qu’il taquinait la muse. Je me souviens de ce poème commençant par : Il était un petit flic qui trouvait son métier très chic. Rien de fatal si ça se voulait drôle. Or, ça ne le voulait pas. Mais ça l’était. Tout le drame de Parment. J’ai connu un de ses collègues (et subordonné) qui, pour se venger de sa suffisance, collectionnait cuirs, bourdes et sottises écrits par son chef. Le recueil circulait de bar en bar. Dommage qu’il soit perdu.

L’article précité, rédigé selon la mesure balancée du ni vu ni connu, dit l’essentiel sans encourir la critique. C’est du Paris-Normandie pur jus. Ainsi relève-t-on qu’on pouvait juste reprocher au sujet portraituré une apparente confiance en lui et une personnalité quelque peu envahissante. Pourquoi apparente ? Pourquoi quelque peu ?

L’une des fariboles de l’ère Lecanuet fut d’avoir associé le nom de Roger Parment à une bibliothèque publique. Voilà un homme qui ne savait ni A ni B, dont l’admiration n’allait qu’aux vulgaires et aux médiocres (lesquels lui rendaient la pareille) et qui passe pour un sujet d’article. Vrai que nous sommes à Rouen, ne jamais l’oublier.

Mais bast, est-ce grave ? Sous le pont [Pierre Corneille] coule la Seine… Ne voyez ici, malheureux lecteurs, qu’un chroniqueur en mal d’inspiration. A dire le vrai, je devais vous entretenir d’autre chose. Ce sera pour la prochaine fois.

CCCXXVII.

En bon Rouennais, je vais peu rive gauche. Encore moins rive sud. Deux ou trois fois l’an, visiter mes cousins chinois, là-bas, du côté du Château Blanc. Dans un temps lointain, qui n’existe plus, j’ai fréquenté le quartier Saint-Sever. Du temps où l’Olympia n’était pas une banque et où Le Petit Paris n’était pas Tati. Et tout à l’avenant. La grande halle a disparu, remplacée par un moderne parking. Ce moderne étant devenu monstrueux, il paraît qu’on va le démolir pour refaire une hallette à l’ancienne.

Qui se souvient qu’à l’entrée dudit parking, devant le bureau de poste, à côté des toilettes publiques, il y avait un marchand de hot-dogs ? Néon cassé, frites super-grasses. Dire qu’il y en a qui arpentent le vieux Bronx ! Et qui se souvient que sur la façade du Petit Paris il y avait une niche contenant une statue de la vierge ? Elle aussi a disparu. Qui se souvient d’Albert Tissus ? Du Bar des Archives, de La Caravelle, de celui du Mail… Et tout à l’avenant.

Dire qu’on voudrait revoir la Braderie ! Pourquoi-pas rouvrir le Café Victor ! Ou le restaurant panoramique des Nouvelles-Galeries… Dire que c’est moi qu’on taxe de nostalgie ! On voit par là que la ville résiste. Les fantômes s’y meuvent plus que les esprits.

Dans l’église Saint-Sever j’ai assisté à l’inhumation de Mademoiselle Berthe. N’espérez pas que je vous dise l’histoire de Mademoiselle Berthe. Cela ressemblerait à un roman de Rosamond Lehmann. Vous auriez préféré Virginia Woolf, plus chic ? Désolé, je n’ai que ça à vous offrir. Et puis, bof, pas loin d’être la même chose.

Mademoiselle Berthe habitait rue Albert-Sorel. Elle fréquentait la bibliothèque Saint-Sever. Je vous parle du temps où celle-ci logeait sur le parvis, tout à côté du commissariat. Temps où on n’y trouvait pas de romans policiers. Aujourd’hui il n’y a que ça. L’autre jour j’y ai emprunté le premier tome Millénium de Stieg Larsson. Dans le centre commercial, le commissariat a été remplacé par un restaurant chinois à l’enseigne du Canard laqué. Notez que ça aussi ça ressemble au vieux Bronx.

Il y a longtemps que je suis allé voir mes cousins du Château Blanc. C’est par Maman Thong que j’ai connu Mademoiselle Berthe. La première allait faire de la couture chez la seconde. Encore un roman. Maman Thong aussi est morte. Ses enfants, petits-enfants et maintenant arrière-petits-enfants, nous n’avons plus grand-chose à nous dire.

Quand je dis chinois, c’est vietnamien qu’il faut lire. Et catholiques fervents de surcroît. De fait, c’est Maman Thong qui m’a montré pour la première fois la vierge du Petit Paris. Elle se signait en entrant. Avouez que…

Millénium, encore un roman que je ne lirai pas. Dès les dix premières pages, livre refermé. Qu’ai-je à faire de ces gens et de cette histoire ? Et en trois tomes ! J’imagine qu’un seul aurait suffi. La Suède n’est pas si grande. Alors que la rive gauche, elle, s’étend de plus en plus. Mais de là à y voir un sujet de polar…

CCCXXVI.

Quelque part ou ailleurs, à propos d’un chanteur ou d’un cinéaste, je lis ceci : Il compte jouer un rôle dans les élections et comme beaucoup de citoyens, il militera à sa manière. Le conseil tient de l’élémentaire bon sens. Au point qu’on ne peut qu’engager nos politiques à le suivre. Oui, qu’ils militent à leur manière. Et cela vaut pour les communicants. Pour ma part, aussi modeste fut-elle, je compte m’appliquer le précepte. Oui, chers lecteurs, jusqu’après le second tour, je militerai à ma manière.

Est-ce à dire que Rouen Chronicle va devenir un récit politique ? Oui et non. Oui, car comme disait ma grand-mère : Tout est politique. Non, parce qu’il est hors de question de tomber dans la politique politicienne, la politique des petites phrases, celle qui lasse tous nos concitoyens. Non, je traiterai de la vraie politique, celle qui s’occupe des vrais problèmes des vrais gens. Voilà, c’est dit et à bon entendeur, salut.

Car je ne doute pas qu’ici, à Rouen, certains vont se sentir visés. Et plutôt mal à l’aise. Tant pis, je suis décidé. Et si divers propos peuvent me coûter cher, qu’importe, rien ne m’arrêtera. Finies complaisances, courbettes et indulgences. A présent, je passe en force. Estomacs délicats s’abstenir. Nous n’en sortirons qu’avec une parole libre, celle qui ne réclame que courage et volonté. Comme disait ma grand-mère : Quand on veut, on peut.

Tout d’abord, une incise à destination d’un lecteur (lectrice ?) qui, à propos des bibliothèques, a jugé que mes analyses dataient de 1954. Je ne l’ai pas digérée celle-là ! Patience, il ou elle ne perd rien pour attendre.

Revenons à la politique. C’est à prévoir, les élections présidentielles se dérouleront dans un climat politique instable. La crise n’en finit pas, la guerre est un peu partout et l’Europe va mal. Sur ces sujets, les prises de position des uns et des autres candidats, seront lourdes de conséquence. On le sait, les communistes, anciens et néos, en tiennent pour Marcel Cachin. A mon avis, il n’a aucune chance. Les socialistes devront porter toutes les voix de gauche. Dès lors, Marcel-Edmond Naegelen sera leur unique espoir.

Pour la droite, Georges Bidault ne réunira pas les différentes familles du clan. C’est d’autant plus net que Joseph Laniel, tout indépendant qu’il soit, a de forts soutiens. Pour le reste, comptons comme négligeables les candidatures d’Yvon Delbos et de Jean Médecin. Alors ?

Alors, comme d’habitude, on va travailler avec les sondages. Au fil des treize semaines qui précéderont l’élection, le baromètre mettra en avant tel ou tel, et je vous parie que de vieux briscards comme André Le Troquer ou André Jacquinot feront parler d’eux. Tout cela n’augure rien de bon. Et craignons que la victoire finale ne revienne aux manœuvriers.

N’empêche, le président ne pourra être élu qu’avec une solide majorité. Or celle-ci ne pourra se faire, pour la droite qu’avec des voix de gauche ; pour la gauche qu’avec des voix de droite. Pour en avoir discuté avec René Coty nous en étions bien d’accord.

CCCXXV.

Chez le médecin, habituel cérémonial, puis ordonnance que je m’efforce (non sans difficulté) d’obtenir la plus courte possible. A mon âge, vous croyez que c’est encore utile ? Il me regarde et lève les yeux au ciel. On transige sur les analyses : tension, cholestérol, diabète, tous chiffres à la limite, mais que mon Diafoirus aimerait voir augmenter. Au moins, il aurait raison après la virgule et ma pharmacienne s’en frotterait les mains. Tandis que là, tous deux s’inclinent : je suis en relative bonne sante. Bref, pas un bon client.

Vous n’épaississez pas me dit-il. Ne possédant pas de balance (on dit pèse-personne) le point ne se fait que chaque trimestre. Léone, ma femme de ménage (on dit aide-ménagère) s’en aperçoit assez, elle qui veut à tout prix (façon de dire) me nourrir. Pour partie, me voici voué à aux plats gabonais (ce qu’il en reste) mijotés chez elle, apportés dans des boites en plastique. J’ai l’impression d’être un chat abandonné. Un chat friand de riz épicé, de morceaux de poisson et de légumes indistincts. Si ça peut lui faire plaisir.

N’empêche, africain ou pas, le pilaf n’engraisse guère. Non plus que mes deux ou trois festins hebdomadaires aux enseignes rouennaises où je mets encore les pieds. Aucun mérite à cette discipline, je n’ai plus envie de rien.

A quoi me servirait un pèse-personne ? Je préfère chez les autres. Chez les pharmaciens notamment où il y en a de moins en moins, et qui plus est, payants. Celui des Deux Palmiers (angle des rues Jeanne d’Arc et Gros Horloge) est en panne depuis peu. Dommage, il était assez antique pour me plaire.

Où sont les pèse-personnes d’antan ? Les pèse-personnes de nos grands-mères ? Ceusses qui délivraient des tickets et dont les ampoules clignotaient en cadence. Il y en avait un de ce genre, place de l’hôtel de Ville, près du kiosque aux tramways. Un autre aussi, rue des Carmes, dans le hall du Ciné-France. Il y en avait dans les gares, la routière entre autres. C’est vous dire si ça remonte.

Dans la salle d’attente du médecin, on feuillette les hebdomadaires en vigueur. Peu de choses à y apprendre, mais c’est illustré. Et puis les journaux anciens, c’est revigorant. Ainsi, il paraîtrait que Nicolas Hulot est archi-favori pour remporter la primaire chez les Verts et que si les élections présidentielles avaient lieu dimanche, Dominique Strauss-Kahn l’emporterait sur Nicolas Sarkosy. L’ennui, c’est l’état physique de ces magazines. Archi-lus et compulsés, ils rebutent et découragent : mots croisés commencés, jamais finis, recettes de cuisine empruntées et jamais rendues. Dans la salle d’attente, on ne sait jamais ce qui va arriver sinon que ça n’arrivera pas.

A chaque consultation, je reproche à mon docteur d’avoir à attendre encore trois mois pour savoir. Pour savoir quoi me dit-il ? Euh, de Martine Aubry ou François Hollande, qui… Occupez-vous de votre santé ; par exemple, il me semble que vous maigrissez.

Oui. Autrement dit, je disparais. Et vous ne savez pas le mieux : mes dernières forces seront pour sauver les apparences.




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