CCCXXIV.

Lorsque j’allais au théâtre (je n’y vais plus), au concert (pas mieux) ou au cinéma (idem), ailleurs aussi, je pensais bien faire. J’y croyais. Je tenais mon rôle. A présent tout m’ennuie. Les bonnes résolutions de la rentrée (aller au cinéma, lire tel livre, revoir untel) se brisent sur un total manque de volonté. Désormais la passivité décide. A quoi bon me dis-je. Et j’essaie de croire qu’il s’agit d’un choix. En fait, c’est de la paresse. Il me faudrait de l’effort. Au moins en avoir l’air.

Il n’y a plus que les enterrements pour lesquels je me fais un devoir. L’autre jour, une vieille amie. Encore un (ou une) qui ne viendra pas au mien. Cela se passait à Saint-André. La famille, voulant faire sa tête, avait préconisé : ni discours, ni fleurs, ni remerciements. C’est dire la simplicité de ces gens-là. Dans une pièce de Witold Gombrowicz, un personnage dit d’un autre : Elle n’est pas idiote, c’est la situation où elle est qui est idiote (à peu près, je cite de mémoire). Cela vaut pour nombre d’inhumations.

Puisque nous y sommes, je crois me souvenir que la pièce en question était Yvonne princesse de Bourgogne. Ce n’est même pas je crois me souvenir (beau style), c’est certain. J’ai vu ça au Théâtre des Arts dans l’hiver 1966 (peut-être mars ?). Unique représentation où je vous garanti que nous n’étions pas nombreux dans la salle. La mise en scène était de Jorge Lavelli qui alors débutait. Le prince Philippe était joué par l’alors tout jeune Roland Bertin qui, lui aussi, débutait. Dieux, pourquoi me souvenir de tout ça !

L’autre jour donc, messe et enterrement. Dans son cercueil, la morte. Laquelle ne s’appelait pas Yvonne, mais Raymonde. Un prénom qu’on ne donne plus. Sa vie fut simple : mari irascible, enfants bornés et un chien hargneux nommé Gyp (comme la romancière). Le reste à l’avenant, dans le peu d’espace qu’on lui laissait. La cuisine et le ménage. Jusqu’à l’officiant qui s’y est mis : vu le peu d’assistance, autant expédions le texte. Rideau.

Toutes ses années, Raymonde ne réclama rien. Elle se contenta d’approuver. Laissa venir. Faire un choix la paralysait. C’était pour elle une des difficultés de l’existence. Presque la majeure. Que lui importait d’émettre une opinion ou un désir ? Tout lui était contraire et depuis si longtemps. Et au fil, à tout prendre, c’était assez reposant.

Notez que c’est souvent un lot commun. Ça commence à l’école. Il suffit d’un maître ou d’une maîtresse, d’une ou deux paroles, un regard au hasard, que sais-je ? L’enfant s’interroge : Ça va être tout le temps comme ça ? Il lui faut peu de jours pour s’apercevoir que oui. Et que, il le pressent avec acuité, ça va durer soixante-quinze ou quatre-vingt ans.

Dès lors, comme rien ne change à la maison, que dehors itou, on ne va pas se frapper. On se range et on attend. Le risque est souvent de passer pour un idiot ou une idiote. Mais à ce train là…

2 Réponses à “CCCXXIV.”


  • Nouveau thème de nostalgie,suggéré:l’exposition du quartier Jouvenet rétro et aujourd’hui-jusqu’au 11 septembre à la Baraque rue du Nord.cela vous fait franchir la frontière des Boulevards,mais intéressante!!!

  • La petite souris

    Ah vous n’êtes pas marrant aujourd’hui. Raymonde, on dirait la femme de « L’Ogre » de Jacques Cheissex. Avec ça, moi aussi je suis triste. Et pas de chronique sur la Chimère d’Arezzo. Refusée. On lui a préféré un billet un peu idiot qui me fait presque honte. La vie, c’est c…

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