CCCXXIII.

L’autre dimanche, au Clos Saint-Marc, on interpelle : Un euro les livres, un euro ! Ça n’est pas cher payé pour lire l’Italie en un volume, édition des Guides bleus de 1956. Voilà qui me fera voyager à moindre frais, moi qui ne suis ni revenu ni parti.

Constatons que l’euro unique s’est imposé comme le « un franc » d’autrefois. Il y a une cinquantaine d’années, au passage des anciens aux nouveaux francs, le « Un franc » était aussi mesure étalon. Quelques vieux Rouennais se souviendront, rue du Gros-Horloge, juste à côté de la pâtisserie Périer, d’un magasin dénommé Tout à un franc. Un magasin dit à prix unique. Ce fut, me semble-t-il, le premier du genre. Un bazar où l’on trouvait tout et rien, en fer ou en plastique nouveau. La série des niaiseries fabriquées en Chine (ou ailleurs) et dont la planète entière semble avoir tant besoin. Depuis peu, ces sortes d’étalages ont trouvé un nouvel avatar avec les Tout à 2 euros.

Il en existe un, à gauche, au bas de la rue Jeanne d’Arc. Qui y traîne y apprend tout de la frénésie de consommation (ce que les savants nomment le consumérisme). Besoin de rien, mais on achète. Quand bien même. Moi le premier (ou le deuxième). Ça peut toujours servir se dit-on. Même en double.

L’autre jour, un samedi, file d’attente. Dans la rue, passe un bruyant cortège de mariage. Voitures pavoisées, garçons d’honneur juchés sur les portières, klaxons, drapeaux algériens brandis comme pour un match de foot. La jeune caissière et sa collègue échangent un regard complice, mi rieur, mi agacé. Moi, d’un air narquois : Ça ne vous tente pas, mesdemoiselles ? Non, ça ne les tente pas. Pas du tout même. Trois places après moi, une dame ose : On verra s’ils seront aussi vaillants cette nuit. Et la file d’attente de rire.

Avouez que pour deux euros ! N’empêche, que faire de ces sets de table en bambou censés m’être utiles pour mon café au lait du matin ? Je pourrais les offrir aux nouveaux mariés. Serais-je, de fait, invité à la noce ?

Alors, et mon Guide bleu ? Son ancien propriétaire y a laissé sa marque. Figurez-vous qu’il est allé à Arezzo. C’est sur la route de Florence à Rome. Le guide nous dit qu’Arezzo, située à 296 m. sur le versant d’une colline, est une jolie petite ville intéressante par ses œuvres d’art. En marge, au stylo plume, mon touriste a inscrit : Très reconstruite. Plus loin, il a souligné de divers traits ou annotations plusieurs monuments ou églises. Ça n’est pas toujours lisible ou compréhensible. L’attrait n’en est que plus grand.

Mon touriste est aussi passé par Civitavecchia. Stendhalien de toujours ? Il y a fait un achat vestimentaire et l’étiquette cartonnée lui a servi de marque-page. Un article de chez Boucle’, estampillé Made in Italy, de taille 3 et valant 10 lires 30. Pourquoi ai-je l’impression qu’il s’agissait d’une chemise ? Qu’importe, c’est assez pour ce qui nous occupe.

1 Réponse à “CCCXXIII.”


  • La petite souris

    Ah justement, j’ai écrit samedi une petite chronique de 5 lignes sur la Chimère d’Arezzo, mais je ne sais pas si « ils » en voudront, les Vents contraires, car ils sont très sévères… On verra bien. C’est vraiment drôle, les coïncidences !

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