CCCXXI.

Malgré tout, la rue des Bons-Enfants reste pavoisée par toutes les promesses (citation). Puisque j’en parle, un lecteur me conseille (m’enjoint ?) d’aller finir mes jours à la résidence Tiers-Temps. C’est au 86 & 88 de ladite rue. Cette retraite pour personnes âgées serait, d’après lui, l’endroit idéal pour me remémorer les bons moments passés ici. Notez que j’y serais, à tiers ou plein temps, en compagnie connue. Vrai, mon lecteur ignore à quel point sa suggestion m’amuse.

Ou m’effraie. C’est tout l’un. Certes, ayant eu quatre-vingt ans cet été, il est temps que j’y songe. A quoi ? A vivre le quart du temps qui me reste. Quelqu’un me le disait il y a peu : Tu regardes désormais les enfants, leurs jeux et leurs rires, avec plus de sympathie qu’autrefois. Possible. Notez que c’est involontaire. Mais n’a rien de rassurant.

Donc un des ces jours, je vais prendre ma valise à roulettes et me diriger vers la rue des Bons-Enfants. Avant d’entrer au couvent, je tenterais, une dernière fois, de m’alcooliser dans les bars qui subsistent, peut-être, si le temps s’y prête, d’échanger trois ou quatre dernières caresses avec des ressortissantes polonaises (à défaut nigérianes, ou, en dernier ressort, des travestis péruviens). Enfin au 88 ou 86, sonner et appuyer sur la porte. Fin du roman.

Je vois ça d’ici. Dans ma chambre, cacher les bouteilles derrière la cuvette des toilettes et planquer mes biscuits dans la penderie. Puis, dans mon fauteuil, me souvenir qu’il y avait, pas loin, dans la vitrine du boulanger Limare, couché à proximité du flan maison, un chat tigré passant ses heures. Car fini et bien fini tout ça. Avec votre diabète, vous n’y pensez pas ! Au restaurant (réfectoire ? cantine ?) ce sera crème brûlée ou yaourt aux fruits ; un coup de télé et, ouste, au lit ! Voilà comment Félix termina sa vie.

Eh bien non, chers amis. Pas question. Je n’irai pas. Si tu iras. Non. Si. Non et non. Pas de discussion, tu feras ce qu’on te dit. Voilà comment Phellion s’amuse à se faire peur.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Entre le début de la rue et la résidence, je me suis arrêté plusieurs fois. Divers témoignages l’attestent, dont un qui me signale vers vingt-deux heures à hauteur de la rue Porte aux Rats, semblant chercher mon chemin. Or, on le sait, je ne suis jamais arrivé à la résidence. Et ma valise, toujours à roulettes, a, elle aussi disparu (pour ce qu’il y avait dedans !).

Trois solutions : En Un, notre héros est séquestré dans les caves des anciens Candy ou Mexicana, ses lieux de prédilection, où on attend qu’il paye. Plausible. En Deux, passant devant la synagogue, il a soudainement rejoint la communauté Loubavitch et incognito il y étudie la Torah. Douteux. En trois, alerté par le chat de Limare, tel celui de Cheshire (fine allusion à Alice au pays des merveilles), ils se sont effacés tous les deux. Probable. Cette fois, oui, fin du roman.

1 Réponse à “CCCXXI.”


  • Un Bon Enfant

    Non, non, aucune injonction de ma part. Je vous ai amicalement suggéré de vous installer au TIERS-TEMPS pour y savourer de nouveau le temps passé.Un retour d’âge en quelque sorte.
    Ce lieu serait parfait si le directeur de cette résidence acceptait de construire un oriol pour que vous puissiez prendre de la hauteur et dominer les toits gris de la ville dans les moments de mélancolie.
    Pourquoi cacher les bouteilles d’alcool ? Au n°90, vous avez le bar « Whisky Club ». Le nouveau patron accepterait sans doute qu’une de ses hôtesses aille vous livrer, même après 22h et sans supplément, dans votre chambre.
    Par pitié, n’utilisez plus de valise à roulettes. Préférez, pour la quiétude du voisinage, la valise à coussin d’air.
    Comme vous le dites,cette rue vous offre plusieurs options. A vous de choisir celle qui vous mènera sur la voie de la félicité !

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