CCCXIX.

Qui écrira (pas moi) une histoire de la rue des Bons-Enfants ? Pas l’officielle bien sûr, celle des vieilles maisons, des hôtels particuliers ou des ruines tangibles. Encore que… Mais celle des bars, des commerces, des habitants, tout de ce qu’on pourquoi on se souvient. De la vie qu’on y menait.

De l’Hôtel des Flandres, du Mexicana, du Lutin, du Candy, de Caro le pharmacien, de Stavros le tailleur, du marchand de bois et charbon, de la boulangerie qui faisait du si bon pain, de Nelly l’épicière, de Porraz le chauffagiste, de l’imprimerie Lecerf, du Garage de la Poste, de Ramon, de Schnul et Hirsh marchands de tissus, du papetier du début de la rue, etc.

Il y a peu, Michel D*** me disait : je suis né rue des Bons-Enfants, alors vous pensez… Oui, je pense. Tout semble dit dans cette phrase bien rouennaise. Comme : je suis de la Croix de Pierre, de la place du Vieux-Marché, de la rue Beauvoisine… Comme je suis de Darnétal, ou Déville, ou Sotteville, etc. J’ai connu une barmaid (ça ne se dit plus) qui affirmait : Je suis de Maromme, la famille Renault, vous connaissez ?

Non, je ne connaissais pas. Ou plus. Cette saynète se passait-elle au Mexicana ? Possible. Probable. Qui écrira le Mexicana ? Au début de la rue, côté Jeanne d’Arc, après la librairie du coin. Un bar américain comme il y en avait tant. Comme il y en avait trop, d’où ce genre mexicain. Pas le Mexique Tex-Mex d’aujourd’hui, mais un autre, celui tenant un peu (pas beaucoup) de la Soif du Mal. Ce film d’Orson Welles (Marlène Dietrich et Charlton Heston) doit dater des années où le bar était en pleine activité. Cause à effet ? Ce n’est qu’une impression.

Lumières tamisées, cuir rouge, tapis en peau de vache, bar de cuivre, abat-jours de parchemin, grands cendriers. Et toujours cette figurine du gentleman Johnnie Walker dont le sourire veillait, mi complice mi-goguenard sur vos fins de nuit. Ici on ne buvait pas de Mojitos, mélange inexistant, mais du Manhattan, cocktail américain comme il se doit. A noter que le barman se prénommait Mario et qu’il était italien. Comme il se doit.

C’est au Mexicana que je suis mort d’avaler trop de Manhattan. Mort de façon provisoire bien entendu. Pour un bon Manhattan, il faut un peu d’angustura, un peu de sirop de sucre de cannes, un brin de whisky de grain et pas mal de Noilly-Prat. Tout vient du dosage et de la qualité des ingrédients. En fait, je suis mort au Manhattan lorsque Mario (qu’est-il devenu celui-là ?) a vendu.

Certains soirs, il n’était pas rare que Marlène Dietrich vienne prendre un verre. Voilà un pan d’histoire locale à sauver. Elle arrivait tard, après le passage des hirondelles, une fois les rideaux tirés. Nous étions peu à la reconnaître. Elle aussi. Charme intact, son sourire flottait au dessus des bouteilles. Dans l’air enfumé tout devenait rouge, vert, jaune, parfois bleu. Il faudrait que je rentre disait-elle. Mais dehors il faisait trop froid. Mario, un autre

2 Réponses à “CCCXIX.”


  • La petite souris

    Bon, et spécialement pour vous, puisque le Manhattan est votre madeleine :
    MANHATTAN DE LUXE :
    1 part Cinzano Italian Vermouth
    3 parts Bonded Whisky
    1 dash Angostura to each drink
    Stir well in a bar glass or Martini pitcher with large cubes of ice and pour into chilled cocktail glasses. Add a maraschino cherry to each glass. Unless the cherries have stems attached, spear each cherry on a toothpick or use glass fruit spears.
    As the case of Martinis, interesting varations of the Manhattan may be effected very simply by the addition of a fex dashes of curaçao or Chartreuse. I do not recommend the addition of absinthe. If you like an absinthe-whisky combination, go whole hog on it and mix a Suzerac.
    Also, as with Martinis, Manhattans are sometimes made with different base liquors, and are then called the SCOTCH MANHATTAN, BRANDY MANHATTAN, APPLEJACK MANHATTAN, ect.

    David A. Embury, The fine art of mixing drinks, Doubleday C. Garden city, New-York 1949.

  • Un Bon Enfant

    Permettez-moi, avec du retard, de mettre de l’ordre, avec l’aide de l’Almanach de Normandie des années 60, dans votre pêle-mêle de commerces qui ont existé dans cette rue. Ainsi vous retrouverez le fil de vos souvenirs.
    Partons de la rue Jeanne d’Arc :
    N° 1 votre « Mexicana Bar », disparu.
    N° 5 l’Hôtel des Flandres » qui héberge les malchanceux de la vie.
    N° 4 le bar « Le Lutin » dont il ne reste que la devanture.
    N° 6 Les « Papeteries de Genève ». Un grand blanc.
    N°10 la « boutique du tailleur grec » (M. Stavros, successeur de S. Anastasiadès)est fermée depuis presque une décennie.
    N°14 Le café-tabac « Le Voltigeur » est devenu « Le Narval ».
    N°22-26 l’Imprimerie LECERF, rachetée par le groupe Moreau, puis par la MATMUT
    N°28 A.Caro, pharmacien « Laboratoire d’analyses médicales ». Officine qui est devenue un restaurant tunisien, puis un « bar à soupes » et, actuellement, une librairie de livres d’occasion.
    N°31 « Au Bon Coin », café, puis restaurant, maintenant, au désespoir du voisinage, un « établissement recevant du public et diffusant à titre habituel de la musique amplifiée », en bref, un bar de nuit à la musique souvent trop amplifiée et à la clientèle non contrôlée.
    N°32 « Bois et charbons » : les derniers gérants, les Le Corre, ont regagné leur Bretagne au début de ce siècle.
    N°33 le « Candy Bar » où trônait Rolande (et non Fernande comme je vous l’avais indiqué dans un courriel précédent).
    N°40 « Au Bon Accueil », café où régnait Fernande.
    N°60 « La Cigalle », bar qui ne semble pas avoir eu vos faveurs.
    N° 65 le tissage SCHUHL, HIRSCH & CIE installé dans l’ancien hötel d’Argentré. Actuellement, domaine de la famille Lanfry.
    N°79 le bar « La Roulotte » s’appelle maintenant « Le Phil’Ing ».
    N°86-88 les ateliers PORRAZ ont été détruits pour faire place à l’immeuble du TIERS-TEMPS qui pourrait être votre résidence, endroit idéal pour vous remémorer les bons moments passés dans cette rue.
    N°92 La boulangerie LIMARE, au bon pain cuit au feu de bois, a fermé en 1985. L’immeuble a été restauré.
    A vous de compléter avec vos anecdotes.

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