CCCXV.

Des images comme ça, on en à revendre. Quelqu’un, l’autre soir, me l’affirmait. Nous parlions de Marcel Duchamp et de sa broyeuse en chocolat, vue chez Gamelin, confiseur rue Beauvoisine. Vrai qu’on a perdu pas mal de temps avec ça. Je veux dire avec Duchamp et ses niaiseries. Oui, à revendre. On peut nommer ça des épiphanies ou des futuritions, tout ce que vous voudrez.

Je me souviens, jadis (déjà !), une amie tentait de me convaincre de lire La première gorgée de bière de Philippe Delerm. Ses arguments patinaient. Vrai qu’elle faisait ce qu’elle pouvait. En fin, devant mon air dubitatif, elle se lança : Oui, ce sont des choses que tout le monde ressent. Puis, après un temps : Mais lui, il les écrit. C’est bien ce qu’on lui reproche. L’évidence des choses et leur commentaire. La glose. Est-ce là le littéraire ? La littérature ?

Marcel Duchamp n’écrivait pas. Ou rien. Lui aussi patinait. Au moins il inventa un genre. On peut s’y tenir. Hélas (ou tant mieux) il ne nous survivra guère. Je vous en fiche mon billet, la rouille finira par s’y mettre. A la fin, seul le jeu d’échec lui disait encore quelque chose. Le reste, pffuit !

Autrefois, lorsque que je descendais la rue Jeanne d’Arc, je passais devant une vitrine où était perpétuellement exposé un énorme roulement à billes d’acier. C’était où ? Impossible de m’en souvenir. Je ne revois que le roulement. L’acier luisant. La force, la détermination, l’irrépressible. Des images comme ça, on en à revendre.

Dire que j’ai aimé jusqu’à plus soif les écrits de types du genre d’André Breton ou Louis Aragon. Il m’en reste peu de choses. Nadja, Les Pas perdus, Le Paysan de Paris… Lit-on encore ça ? Mais ceci nous éloigne de Rouen. Ou nous y reporte, c’est selon. Lorsque j’aurai achevé Rouen Chronicle (il faudra bien) en saurai-je davantage qu’eux ? Même moins, cela suffirait.

Retrouver la vitrine du roulement à billes. Se dire que, oui, au moins, tout n’aura pas été vain. Assis à la terrasse d’un café, j’observe la jeunesse du temps. Ils sont beaux, ils sont heureux, ils ne s’en font pas. Leur trait dominant semble être le secret. Ce qui les habite nous est inconnu (tant mieux !) ou caché. Que lisent-ils ? Des livres que je n’ai pas lus, que je ne lirai jamais. Bref, ils suivent leur chemin. Celui qui n’est pas le mien.

Ils sont à la terrasse des Floralies, du Socrate, de La Flèche, de L’Échiquier, du OKallaghan… Tous et toutes se hèlent, s’appellent, s’embrassent, se félicitent d’être au monde. Comme écrivait l’autre : C’est long d’être un homme une chose / C’est long de renoncer à tout… Pour moi, c’est désormais moins long. Comme on dit : j’ai le temps.

Les jeunes de cette rouennaise jeunesse portent des bracelets multicolores, certains aussi de petits chapeaux. D’un pouce habile, ils tapotent un écran de cristal et des trois doigts, roulent leurs cigarettes. Dans l’instant, le grand verre est celui où ils boivent.

4 Réponses à “CCCXV.”


  • François Henriot

    Sacrée mise au point, philosophique comme photographique!

  • Des fois la jalousie prend de n’avoir pas su l’écrire ainsi.

  • La petite souris

    Ah mais nan nan nan. Au contraire Monsieur Félix « fait » très bien son Delerm, presque trop, si je puis me permettre. Allez, rallongez un peu vos phrases, s’il vous plaît Monsieur !

  • Je crois me souvenir que ce roulement à bille était exposé dans une vitrine située à l’angle de la rue Jeanne d’Arc et de la rue Thiers (c’était durant les années 60) à droite en descendant. Il y avait aussi, c’est ce qui me fascinait, un électro-aimant qui faisait rebondir indéfiniment une bille d’acier sur un plateau en métal chromé.

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