CCCXIII.

Autrefois, la puissance publique s’exerçait de rares façons. On avait le Noël des écoles au Cirque Municipal, le colis des Anciens, la vaccination, le service des eaux, la capture des chiens errants… D’autres choses encore. Utiles et qui ont fait leur temps. Personne ne les contestait. Le facteur était une autorité et Jean Giraudoux écrivait de jolies pièces de théâtre. Tout cela a disparu.

Aujourd’hui, le temps manque. On a le cœur à rien. On vit en pensant à hier ou demain, guère à ce qui a lieu. Ou à ce qui adviendra. Dieu sait si notre époque se voue au religieux ! Oui, au spirituel, mais sans l’Espérance. Au spirituel de l’instant. Celui des balcons fleuris et du joli mois de mai.

Jean Giraudoux est mort en 1944. Pas en odeur de sainteté. Est-il jamais venu à Rouen ? Ça se saurait. Un collège, rue Giuseppe Verdi, porte son nom. Verdi est-il jamais venu à Rouen ? Ça se saurait. Nos actuels collégiens savent-ils qui furent l’un ou l’autre ?

A ce sujet, en banlieue, on vient de fermer une école Hélène Boucher pour ouvrir, à deux pas, une école Georges Charpak. La même chose sous un autre nom. Il paraîtrait que ce sont les élèves qui ont réclamé ce changement : Nous ne voulons plus de l’aviatrice ancienne, nous voulons le scientifique nouveau. Je n’en crois rien, mais sait-on jamais…

Autrefois la puissance publique ignorait le symbolique. Sans effort puisque ses actions en tenaient lieu. Le cantonnier balayait. Cela suffisait. Le contraire d’aujourd’hui où le cantonnier ne balaye plus : c’est un intermittent qui joue son rôle. Acte 2, scène trois. Nos édiles (quel mot charmant) donnent un nom à une école, un pont, un square. Ils existent ainsi et en offrent la preuve. Au théâtre, on nomme ça les didascalies, autre mot charmant.

L’avion d’Hélène Boucher s’est écrasé en 1934, lors même que Georges Charpak apprenait la preuve par neuf, et que Jean Giraudoux écrivait La Guerre de Troie n’aura pas lieu. A Rouen, en 1934, on ne faisait rien qui vaille. Ah, si, tout de même : au Théâtre des Arts, on donnait L’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky. Et ce pour la première fois, qui plus est avec Albert Wolff à la baguette. Je le sais, ma mère me l’a raconté. Mes parents m’avaient laissé à la garde de Mariette, la bonne. Laquelle ce soir-là, fit encore des siennes. Toute une histoire. Irracontable, même ici.

En comptant bien, j’avais trois ans. On n’emmène pas un enfant de trois ans à L’Oiseau de feu. Ni monter en avion. C’est heureux. Mais entre Hélène Boucher et Georges Charpak, les enfants de trois ans ont-ils le choix ? J’aurais cet âge aujourd’hui que je n’aimerais pas l’école. Notez que je ne l’ai jamais beaucoup aimé. D’où mes fautes d’accord…

Oui, désormais, la puissance publique s’intéresse à ce qui ne la regarde pas. Elle prêche l’amour de l’humanité et la pratique de la bicyclette. A d’autres choses aussi. Comme on dit dans les notices : à toutes fins utiles…

1 Réponse à “CCCXIII.”


  • « Autrefois la puissance publique ignorait le symbolique ». Lisant çà, je me frotte les yeux, croyant avoir mal lu. Evidemment « autrefois », c’est vague. Quand même, je n’arrive pas à saisir à quelle époque passée il y aurait eu moins de symboles publics qu’actuellement : moins de symbolique sous Louis XIV ? Sous la Révolution française ? Sous Napoléon 1er ? Sous la IIIe République ? A l’époque du gaullisme ?

    Je dirais personnellement exactement l’inverse : «forêt de symboles» publics à ces diverses époques au contraire, pour employer une formule baudelairienne.

    Actuellement, on aurait plutôt surabondance de textes et surtout d’images, photos ou logos «communicationnels» émanant des pouvoirs publics. Mais ce ne sont pas des symboles,à savoir des signaux qui se veulent forts, durables, porteurs de sens et de valeurs.

    Plus il y a d’informations moins il y a de symboles (me semble-t-il). Or nous vivons à une époque de surinformation.

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