Archive mensuelle de juin 2011

CCCIX.

Un lecteur attentif tente de me convaincre : au fond, ce que vous regrettez, c’est que Rouen ne soit plus comme dans un Balzac ou un Flaubert. Ou Zola, ou Maupassant, tout roman réaliste (naturaliste ?) de l’avant-siècle dernier. Possible. Probable. Avec personnages, décors, intrigues et le toutim. Que Rouen ne soit plus sur papier bible. A supposer qu’une ville…

Auquel cas, il nous reviendrait, ici, d’écrire les notes et les variantes. D’après les manuscrits originaux, les brouillons… Bref le travail auquel s’astreignent de savants universitaires (par-dessus mon épaule : pourquoi savants ? universitaires tout court). Donc des histoires d’amour, d’ambition ou d’argent. Où l’on placerait la rue du Moulinet, du Vieux Palais, St-Jacques, aux Ours, des Augustins, du Pont de l’Arquet…

Et où l’on rencontrerait une modiste allant porter son ouvrage dans divers magasins. Ce serait Les Dames de la Maternité, Au Poussin Bleu, Mistigri, Aux Fabriques Directes, Tentation, Au Gant Chic, La Vieille Tricoteuse, La Reine Mathilde… La modiste irait jusqu’au bout de son chemin. Au bout du récit et des aventures réelles ou imaginaires qu’on lui prêterait. Qui « on » ? L’auteur, parbleu. Lequel serait un type dans mon genre. Ou à peu près.

Une fois le roman refermé, on le rangerait à bibliothèque Villon d’où il ne sortirait plus. A la grande satisfaction de l’adjoint municipal chargé des bibliothèques, qui se félicite dans la presse locale d’augmenter avec vigueur le nombre des inscrits auxdites. Il oublie l’essentiel, mais comme il y a longtemps qu’il l’a oublié, inutile de lui rappeler.

Autre chose. L’autre jour, messe d’inhumation. Une de plus. Cela se passe à l’église Sainte-Jeanne d’Arc du Vieux-Marché. Il n’y a pas à redire : ratage complet que l’intérieur de cet édifice signé par ce vieux pirate de Louis Arretche (qui jamais n’en traça le moindre élément). Certes la verrière de Saint-Vincent (XVIe siècle) est un chef d’œuvre, mais sa mise en valeur date un peu.

L’entourage des vitraux, façon grisaille, écrase le principal ; les formes en ogive sont démesurées, la nef est trop haute, le sol par trop inégal… L’impression qui domine, celle de ne jamais savoir où l’on est. Dans l’église ? Dans la sacristie ? Dans une chapelle latérale… Toujours l’ébauche. Vous cherchez l’église ? C’est par là…

L’argutie voulant que l’édifice ait la forme d’un bateau renversé n’est qu’une idée de publicitaire. Idem pour l’extérieur voulu comme un immense poisson. Ces visions d’artistes ne sont que des consolations pour ceux qui n’aiment pas ce bâtiment. Or, il faut le reconnaître, cet ensemble a quelque chose d’irrépressible. Que fallait-il construire, là, à cet endroit ? Rien que : exactement ça. On s’y est trop habitué, voilà tout.

Nos Municipaux s’interrogent sur l’avenir de cette place. Il est temps. Ce qui oblitère ici, c’est le trop plein : ce reste de marché, ces barrières, ces poubelles, ces vrais-faux espaces verts, les parcours, les murets par-ci, les murets par là… Il faudrait enlever le fatras et conserver l’essentiel. Quoi l’essentiel ? La même chose que plus haut.

CCCVIII.

A la boulangerie : Pardon, Madame, il y a un Metro ici ? On répond que oui. La station est à deux pas. La demandeuse : Et il va où ? Bonne question. La boulangère n’a pas la réponse. Mon Diplomate acheté, je me fais la réflexion que moi non plus. Le Metro, il va où ? Un adjudant répondrait : ça dépend. Au front ou à l’arrière. Ici, il va au Boulingrin, à Georges Braque ou à Technopôle. Mais est-ce une destination ? Descendre à Honoré de Balzac ou Léon Blum peut passer pour un but en soi.

Si la demandeuse posait sa question avec raison, la réponse non donnée conserve son sens. On ne sait où va le Metro. Et plus il ira, moins on le saura. Idem pour le diplomate, pâtisserie à recette fixe, mais dont on doit constater (déplorer ?) le relâchement qui préside désormais à sa confection. De là à penser que boulanger et boulangère n’en font qu’à leur tête, le pas est franchi. Depuis longtemps.

Il y a, dans une nouvelle de Marcel Aymé (chercher laquelle) un coiffeur qui résout les problèmes du temps. Ficelle connue. C’est, face à Dieu, la fameuse réplique du tailleur : Regardez le monde et regardez mon pantalon. D’où des pâtissiers qui se relâchent et des diplomates qui pataugent. Au milieu, le Metro avance. Sa seule raison d’être.

Autre chose. Il y a peu, le piéton pouvait constater –un samedi d’après-midi pluvieux – des démonstrations de danses orientales. La chose se passait au pied de la cathédrale. Ces Mystères d’un nouveau genre font sans doute allusion au portail de gauche, dit Saint-Jean, lequel représente l’histoire d’Hérode, la danse de Salomé et les déboires de Jean-Baptiste. En son temps, l’histoire inspira Gustave Flaubert. Nul doute que les initiateurs de l’exhibition danseuse y ont pensé. Comme ils ont pensé, avec ferveur, qu’en matière d’orientales, ledit Flaubert en avait, durant son séjour carthaginois, connu – comme on dit – un rayon. Rouen, ville d’art et d’histoire ? Pensez, on sait tout ça par cœur !

Autre chose encore. Pour qui voter ? Moi, le choix est fait. A dix mois d’avance, ne connaissant ni les candidats, ni les forces en présence… le moment est à saisir. D’avance je vote pour qui dira le réel. Pour qui dira ce qui a lieu, ici et maintenant. On me répondra que le choix est large. Et fluctuant. Car qui dit le réel mardi… L’avantage ? Cela permet de se décider à la dernière minute. L’ultime quart d’heure. Disons, le réel, au moment de sauter.

Autre chose enfin. Et n’ayant aucun rapport avec ce qui précède (encore que). Il n’y a pas si longtemps, au restaurant, quelqu’un disait : Guère envie de voter Strauss-Kahn. A quoi l’on répondait : Et tu voteras quoi ? Notre embarras, constatons-le, fut de courte durée. A une table à côté (je ne peux m’empêcher d’écouter les conversations) une jeune femme répondait à une autre : Oui, j’irais bien au hammam, mais je n’ai pas de maillot. Avouez que les Salomé d’aujourd’hui manquent de tempérament.

CCCVII.

L’entreprise Bouygues, connue pour son sens des affaires, va faire construire une résidence (réputée prestigieuse) à l’angle des rues Verte et Pouchet. Énième opération commerciale sans risques, l’enseigne se répand en communication vaseuse : La ville comme privilège… Votre nouvelle adresse à Rouen… Ensemble, imaginons votre bien-être… Dans ce marécage de concepts, la trouvaille la moins bête est peut-être celle du nom de la résidence : 21 rue Verte. On échappe aux Jardins de Diane ou au Castel Saint-Louis.

L’immeuble sera construit, on le sait, sur les ruines de l’Institution Rey, collège privé à l’usage des jeunes filles. Autrefois, celles-ci prétendaient (plus ou moins) proposer l’archétype de la bourgeoisie rouennaise. Mais cet autre concept vaseux eut-il jamais un sens ? Quoi qu’il en soit, dans mon souvenir, elles s’habillaient à la dernière mode. Toujours ça de pris.

Lorsqu’on tenait ses assises au bar de l’Hôtel de Dieppe, sortant des cours du soir, on les voyait passer. Certaines délurées, d’autres pas du tout. Des garçons les attendaient plus loin, sous l’auvent. Chez Rey, on n’apprenait rien. On attendait. Quoi ? Que jeunesse se passe… Devenus grands-parents, les voilà qui investissent dans le nouvel immeuble. De Lagarde et Michard à la loi Scellier. Toujours ça de pris.

L’Ambiance, nom du bar de l’Hôtel de Dieppe, n’avait rien à voir avec le bel aujourd’hui. Les Quatre Saisons n’existait pas ou peu, et le canard au sang de même. En revanche (façon de parler), au restaurant, on dégustait d’excellentes langoustes grillées. Rouen alors était une ville à poissons. A peu de distance du Dieppe, il y avait le Havre. Tout y était lugubre. Le décor n’avait pas changé depuis l’Occupation. Mais le chef connaissait les soles, espèces disparues.

Qui se souvient de l’écailler de l’Hôtel de Dieppe, à l’angle de la rue Verte et de la place de la Gare ? Dehors, par vent et nuit, tant que durait la saison, il se tenait là. Du bar, on sortait y prendre une douzaine de belons. Puis une autre. La soirée s’éternisait. Au tard, on s’attablait sous les prévenances du père Gueret. On commandait un soufflé au fromage ou une omelette norvégienne. Toutes choses qu’on ne mange plus. A l’époque, on n’avait pas inventé Pascaline et découvrant le nouveau roman, on redoutait (d’avance) la nouvelle cuisine.

Donc ce sera le 21 rue Verte. Une adresse postale. Qui habitera là ? Des gens que personne ne connaîtra. Qui ne seront pas connus. Une commodité pour Paris, là où tout se passe. La place à traverser et direction Saint-Lazare ou la Défense.

La résidence sera livrée aux femmes de ménage qui profiteront à plein des appartements désertés. Elles seules jugeront du bien-fondé de ce qu’annonçait le prospectus : belle exposition, balcon, terrasse ou jardin privatif… Vrai qu’il y avait aussi marqué en petit : dans la limite du stock disponible.

Ah, ma chère, si nous avions des patrons moins nases, on aurait une terrasse ! A quoi l’on répondra qu’il y a du rhum et du jus d’ananas dans le frigidaire. Toujours ça de pris.

CCCVI.

Encore un enterrement. Encore une vieille maîtresse. Au sens strict, du reste, car l’homélie à elle consacrée (nous étions à la Cathédrale, chapelle de la Vierge) m’a appris qu’elle mourait (ou mourut ?) dans sa quatre-vingt-dix-huitième année. Léger choc. A l’époque de nos amours, je n’imaginais pas que dix-huit ans nous séparaient (façon de dire). A y repenser ce jour, il est certain qu’elle mettait beaucoup de coquetterie à dissimuler son âge. Ta vieille comme la qualifiaient certaines jalousies. Pure méchanceté. Certes, je n’ignorais pas qu’il existait entre nous une différence d’âge, mais de constater qu’il s’agissait de presque une génération !

Elle habitait rue Saint-Lô, dans les étages, au dessus d’une boutique à l’époque renommée : A L’Île de Madagascar. On y vendait toutes sortes de produits exotiques, temps où le commerce équitable n’existait pas. A ce moment, il s’agissait plutôt de commerce colonial. La même chose notez bien. Du café, du thé, des épices, de la confiserie, un tas de produits rares et odorants dont les senteurs mélangées flottaient dans l’escalier. Monter chez mon amie, c’était déjà voyager. D’autant plus que, arrivant de bonne heure, il n’était pas rare de je passe au magasin, acheter des loukoums, plaisir égyptien dont M*** raffolait.

Ce qui m’en reste : l’odeur de cannelle, la poudre de sucre sur mon pantalon, plus quelques déboires liés. Car, passant de bras dans d’autres (hé oui), il n’était pas rare que je me vois accueilli d’un : T’as encore été voir ta vieille… J’en portais les traces. Laquelle vieille devint, au fil des mois, ta reine Pomaré. Erreur majeure car Pomaré fut reine de Tahiti. Pour être savant entier, c’est le curieux nom de Ranavola qui aurait dû servir pour la rue Saint-Lô. Mais à celle-ci et celle-là, c’était trop demander.

De L’Île de Madagascar, boutique depuis longtemps disparue, on se souviendra que les murs et la vitrine étaient décorés de nappes en raphia et de masques africains. Sur les côtés, devant, derrière, de grands totems surmontés de palmes, des boucliers et des lances, des peaux de crocodiles ou d’antilopes, tout un bric-à-brac Malinké, Baoulé ou Dogon, genre Quai Branly avant la lettre. En plus poussiéreux, on trouvait l’équivalent au dernier étage de notre Muséum d’histoire naturelle, autre lieu disparu. Ceci pour rappeler que Rouen fut jadis un port lié aux colonies françaises, lien plus que tangible, on le voit. Et qui se voyait.

L’hiver, au soir, de la rue, boutique éclairée, il y avait là une ambiance curieuse. Une sorte de décor muet, nimbé dans l’eau des néons verts, dans les jeux de glaces et des figures étranges, comme quelque chose à déchiffrer ou à comprendre. Une énigme à résoudre.

Pourquoi M*** et moi avons-nous cessé ? Pas à cause de l’indépendance de la Guinée (1958), de celle du Dahomey (1960), ou du Cameroun (1961). Non, plus surement la lassitude. La même chose notez bien. Un beau jour, les loukoums n’eurent plus le même goût. Ça arrive. De fait, je n’ai jamais retrouvé celui qu’avaient ceux de L’Île de Madagascar.

CCCV.

Il se perpétue en ville un culte singulier, à savoir l’installation, ça et là, mais en nombre important, de reposoirs voués au culte de Notre-Dame des Sacs Verts. Imaginons des cylindres d’environ un mètre, en général de fer gris, au sommet desquels plane une auréole. De façon ponctuelle, des officiants ornent cette auréole d’un sac en plastique dans lequel les fidèles sont invités à déposer une obole.

Il peut s’agir d’un papier gras, d’une canette d’aluminium, d’un restant de sandwich, parfois (voire souvent) d’autres choses, au gré de l’imagination des fidèles. Ces reposoirs sont placés aux endroits les plus indiqués pour la célébration, dans une propension qui vire au prosélytisme. En nos temps de sourcilleuse laïcité, cette irrépressible implantation en dérange plus d’un.

Constatons-le : le culte s’installe partout avec vigueur. Bientôt il ne sera plus de coin de rue, de carrefour ou d’édifice abritant des services publics qui ne se voient cernés (le mot est faible) par les signes visibles de la religion nouvelle. Certes, il faut défendre la liberté des cultes, mais dans le respect de la conscience de chacun.

Par ailleurs, il faut se rendre à l’évidence, le culte semble rencontrer une certaine indifférence. Combien de sacs verts sont vides, ou quasi, et volètent mollement au vent. Ceci n’empêche pas les prêtres, vêtus de chasubles aux couleurs de la religion nouvelle (Vert de l’Espérance et Jaune de la Gloire du Rédempteur) de ramasser avec régularité les oboles et mettre en place un nouveau sac.

On le sait, ces prêtres sont placés sous l’autorité d’une Grande Prêtresse qui, organisatrice du culte, semble en être en même temps l’inspiratrice. Cette personne siège à la Mairie. Au passage, on admettra qu’il y a là conflit d’intérêt et atteinte à la neutralité des consciences.

Quelques détracteurs prétendent que la Grande Prêtresse et Notre-Dame des Sacs Verts sont une seule et unique personne. Rien d’impossible à l’admettre, l’hypostase (voir ce mot) étant monnaie courante en matière de religion. D’autres, s’appuyant sur d’anciens écrits, s’attachent à la symbolique de la couleur.

Telle la Vierge du dogme catholique vouée au bleu (tout le monde sait ça) Notre-Dame des Sacs Verts est vouée au vert. Ce serait, en quelque sorte, sa couleur originelle. La théorie est cependant combattue par divers exégètes qui arguent qu’à l’origine Notre-Dame portait d’autres couleurs. L’affirmation est d’ailleurs corroborée par un récit ancien qui indique qu’en matière de couleurs, Notre-Dame des Sacs n’est jamais en peine. Mais quittons ces débats par trop théologiques.

Connaissez-vous, au Musée d’Orsay, une toile de Camille Pissarro intitulée Rues de Rouen, pluies et vent ? Le peintre y a brossé une ville soumise à toutes les nuances du gris. A l’horizon, véritable tour de force, la flèche noire de la cathédrale assure l’équilibre de la composition. Cependant, pour qui sait regarder, le peintre a parsemé la surface de minuscules taches vertes. Si on se recule, et en clignant les yeux, ces taches s’animent et délivrent, de façon subliminale, un message à décrypter. C’est paraît-il, selon les experts de l’impressionisme, un phénomène vraiment curieux.

CCCIV.

Traverser la ville revient à se promener dans un cimetière. Et avec l’idée que désormais le chagrin l’emporte. Chagrin joyeux car notre peine a son côté dérisoire. Rires ou pleurs, il faut toujours se forcer à la modération. Reconnaissons que sur ce thème, Rouen est sur la bonne ligne. Ni trop ni pas assez.

Pas envie de sortir. Pas envie de voir du monde. Pas envie de concert, de film, de théâtre. Je reste avec mes lectures. Internet, la radio et aussi la télé où J’observe comme vous cent choses tous les jours, Qui pourraient mieux aller prenant un autre cours. Mes quatre-vingt d’existence se profilent. Nul doute que la désillusion coupera le gâteau d’anniversaire. Désillusion envers moi-même surtout.

Même Le Fanal de Rouen me tombe des mains. C’est dire ! Lisez-vous Côté Rouen ou Tendance Ouest Rouen ? L’essentiel y est, l’accessoire aussi (le contraire ?). Notre malheureux Fanal n’y gagne rien. Certes, pour apprendre que Paulette Servier a fêté ses 100 ans à la Résidence Les Hortensias, il est irremplaçable. Voulez-vous des photographies de Laurent Fabius, Didier Marie, Christophe Bouillon ? En noir et blanc, chez le dernier ; en couleurs, chez les deux premiers. Envoi gratuit sur simple demande.

Différence ? Michel Lépinay, dans le Fanal, montre chaque jour le monde tel qu’il est. Raisonnable journaliste raisonnant, il s’efforce de maintenir… un certain niveau ? une cohérence ? une cohésion ? Ce lundi 6 juin, il a écrit un excellent papier. L’éditorial intitulé Tragédie judiciaire, consacré à celui par le scandale arrive (au final il ne s’agit que de ça) est un aperçu de ce qu’il faut écrire. C’est-à-dire, expliquer au lecteur pourquoi et comment.

Cet article (celui-là ou d’autre) ne lui apportera ni honneur ou considération. Sa carrière est derrière lui. Et quant à dire que ça va booster les ventes… En foi de quoi notre vieux Fanal est comme à Bazeilles… L’allusion historique et picturale ne vaut que pour les gens de mon âge.

Pour le reste, verrons-nous des indignados place de l’Hôtel de Ville ? Si oui, nul doute que leurs tentes seront fournies par la mairie et que Bruno Bertheuil (Éric De Falco ?) aideront au montage. Pas trop profond les pieux, nom de Dieu ! 

Alors quoi de neuf ? Pourquoi pas la promenade au cimetière ? Souvenirs et regrets. Eternels ou pas. Carré A, allée 3, la sépulture de Monsieur F***, le caveau de la famille C*** et les déambulations du gardien. Pour ce dernier, l’histoire (grand H ou non) est secondaire, seule compte l’introspection. Sa présence (une meilleure intelligence du récit veut qu’il se nomme Félix) ne suscite guère de dialogue (ses collègues s’en plaignent) et quasiment pas d’action. Certains visiteurs se plaignent d’un parcours sinueux et difficile à suivre. D’autres que ce guide ou gardien borne son rôle à la pensée et à l’observation des enterrés.

Las ! A l’office du tourisme, on rappelle aux inquiets l’importance des émotions ressenties, la fragilité des relations et l’universalité de l’éphémère. Rien d’autre ? Si, le rappel de l’heure : On ferme !

CCCIII.

Au restaurant, comme plat du jour, le serveur me propose du filet de lingue. Ma question : c’est quoi le (la ?) lingue ? Réponse, d’un ton sec et sans réplique : le cousin du cabillaud. Il existe donc des liens de parenté entre les poissons. Rien ne m’étonne plus me disais-je, en épluchant ledit cousin nappé d’indéfini. Mâchant (guère) je m’imaginais la famille élargie, oncles, tantes, neveux, grands-parents… toute la généalogie de ce monde aquatique. Que d’ignorance chez les humains ! Que de science chez les animaux !

Le serveur allait et venait, expert dans cet art ultime qu’est le service des morts. On croit être garçon de salle, on est prêtre thanatologue. Et pour l’accessoire, mémorialiste.

Voilà pourquoi, à deux pas delà, il y avait autrefois, mais pas si loin, rue du Gros-Horloge, une poissonnerie déguisée en échoppe moyenâgeuse avec auvent, vitrage en cul de bouteille, sculptures gothiques en façade. Qui s’en souvient ? Ça se trouvait dans la partie de rue allant du Vieux Marché à la rue Jeanne d’Arc. Partie la plus sérieuse, celle qui ressemble encore à quelque chose.

On ne trouve plus guère de poissons rue du Gros-Horloge. Oui, à Pâques, chez Auzou. Ou entre deux tranches, chez McDonald. Ou le soir, quelques maquereaux. Ceux-là indistincts. Ils regardent travailler leurs cousines, de celles qu’autrefois on nommait des morues. Qualificatif guère gentil, mais qui valait sa référence littéraire, la mention se trouvant à la fin de La Maison Tellier. On s’y reportera.

La Maison Tellier est une nouvelle de Guy de Maupassant. L’action se passe à Fécamp, jadis gros port de pêche. Ceci prouve que l’auteur savait de quoi il parlait.

Rue Gros-Horloge on trouve aussi le Big Ben Pub. Rien à voir avec ce qui précède (quoique). Il paraît que l’enseigne va disparaître. Encore des souvenirs à vau l’eau. Et plus loin, après l’Hôtel du Nord, après Noma, après le Select, on arrive à la librairie Van Moé qui n’est plus rien. Oui, arpenter la ville c’est se souvenir. Des morts et des moins morts.

Dans trente ou quarante ans, Radim dira à Samira : Tu te souviens quand tu tapinais à Rouen ? – Ah, c’est loin ; c’était dur. Et l’autre reprendra : Oui, mais c’est grâce à ça qu’on a eu le restaurant. Et qu’ils sont devenus d’honnêtes commerçants, un peu trop respectables même.

A preuve, leur présence l’autre jour, aux Fêtes Jeanne d’Arc. Derrière les porte-drapeaux, à la sortie de la cathédrale. Et monsieur le maire par çi, et madame le maire par là… J’en étais gêné pour eux. A deux pas, on achevait la démolition de l’Espace Monet, là où le couple avait installé, dans les années vingt, son restaurant. Qui souvient que L’Aquarium fut longtemps une des meilleures tables de la ville ? Les voilà maintenant retirés des affaires. Lui pense à la politique ; elle à écrire. Surtout, ils placent leur espérance dans un neveu recueilli après l’explosion de la centrale nucléaire de Penly en 2028. Ce garçon a, paraît-il, tous les dons. Celui du spiritisme, entre autres.




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