CCCII.

Léone n’a pas de conversation. Reine de la lingette, elle s’applique à entretenir mon intérieur. Est payée pour. Avec l’antique Carabine, nous pouvions parler du Rouen d’autrefois, des commerces disparus, des gens incroyables qu’on y voyait… Pour elle le ménage était vite expédié ! Puis, devant son café au lait et ses tartines, à onze heures, elle commentait Paris-Normandie. 

S’appliquant à déchiffrer la rubrique nécrologique, elle recensait moins les morts que sa mémoire. Tiens, la mère Tamplon est morte ! Aussitôt : Ah non, c’est pas elle. Une sœur surement. Elle n’en savait rien, mais la mère Tamplon, vieille connaissance, était invoquée. Chaque nom amenait un souvenir, une anecdote, un morceau de passé. Ont la douleur de vous faire part du décès de Jacqueline Ragot, née Perrier… Carabine enchainait, supputant l’alliance avec les Ragot de la rue de l’Hôpital, ceux de la Maison Ragot, gros vendeur d’électroménager et de batteries de cuisine, à l’angle de la rue des Arsins, là où sont aujourd’hui les vêtements Leclerc. Et c’était reparti…

Si ça n’était pas ça, c’était autre chose. J’ai connu des Ouvry ; la fille travaillait au Pintadeau (charcutier, rue de la République). Certains matins, je craignais que, tournant les pages, elle en vienne à me lire l’éditorial de Pierre-René Wolf ou les prédictions de l’abbé Gabriel ! En regard, Léone boxe dans une autre catégorie. Celle du ménage en bombe, en spray, en odeurs masquantes et reluisantes. Je vis désormais sous les puissances de shower power, active fresh et easy clean, toutes entités baignant dans un nuage de senteur des prés. Il faudra s’y faire.

Qui plus est, Léone surveille mon réfrigérateur. Sa phobie : le dépassement des dates. Je ne m’inquiète guère d’avaler un Secret de Mousse (Chocolat Noir) de chez la Laitière (Nestlé) périmé de cinq jours. Léone aurait tendance à l’embarquer la veille de la date couperet, sinon l’avant-veille. J’imagine que sa fille Mandy, futur médecin légiste, en profite. Si ça peut améliorer son coup de scalpel…

A propos de ménage résolu quoiqu’expéditif, les bibliothèques locales se lancent dans un désherbage new look en proposant à la vente publique les ouvrages dont elles ne veulent plus. Œuvre louable que celle qui consiste à revendre aux lecteurs des livres qu’ils déjà ont payé et dont on juge qu’ils n’ont plus le cœur à lire. Réflexions radoteuses va-t-on dire et datant de 1954. En matière de bibliothécaires, en suis-je resté à Carabine ? Léone, elle, est aide-ménagère, tout est dit.

Alors là, c’est nul, il compare les bibliothécaires aux femmes de ménage ! Par les temps qui courent, le fait est que… Enfin, bref.

Donc ce samedi, je suis allé à cette fameuse vente. La chose se passait à l’Espace du Palais, dans une boutique désaffectée, ceci augurant de la suite. Pas de lumière, dix-huit cartons de rogatons, une foule acharnée à jouer le jeu et cinq séides municipaux. Bref, un succès. Mon marché a été vite fait : Bonjour tristesse, Messieurs les ronds de cuir et La Guinguette à deux sous.

1 Réponse à “CCCII.”


  • Ah ah ! Monsieur Félix va relire Sagan ! Et ‘Bonjour tristesse’ en plus ! Vous dites ça pour rire ou bien ?

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