CCCI.

Ainsi Rollon, lauréat de la Palme d’or, a retrouvé son piédestal et son bras droit. Je suis allé voir. L’actuel sculpteur a respecté le travail de l’ancien, le bras nouveau est pointé vers le sol, intimant la soumission. La tentation était grande de fournir au cher duc un bras en forme d’honneur. Ce symbole aurait rappelé aux municipalités antérieures leurs vastes ambitions en matière de pieds nickelés et de bras cassés.

Tel n’est donc pas le cas de l’actuelle qui semble se préoccuper, dans le genre mineur, du millénaire (plus cent) de notre ancestrale contrée. On me dira qu’il y a des questions plus urgentes. Je ne vois pas lesquelles. Y en aurait-il que cela ne changerait rien à l’affaire : Rollon a gagné ! Point barre comme disent les jeunes.

La vérité vraie est que la statue restaurée ne doit rien (peu) à notre municipalité mérovingienne (Robert le Pieux ou Théodechilde reine d’Austrasie) mais tout ou presque à un clerc nommé Daniel Caillet. La chronique, qui en sait long, n’en dit rien. L’histoire seule… Mais bon. Fallait-il remettre un avant-bras au duc normand ? Oui si l’on aime mettre en ordre les choses ; non si l’on croit que les choses s’ordonnent d’elles-mêmes.

La rue Rollon est parallèle à la rue Guillaume le Conquérant ; toutes deux tiennent à la rue Jeanne d’Arc. C’est dire que Rouen est une ville d’Art et d’Histoire, label paresseux pour touristes pressés (label pressé pour touristes paresseux). Il y avait autrefois rue Rollon une épicerie italienne à l’enseigne dite Au Parmesan. Il y a aujourd’hui, rue Rollon, une épicerie italienne dite Aux Gourmets d’Italie. La curiosité vient de ce qu’on les situera à trente mètres l’une de l’autre, de surcroît avec cinquante ans d’intervalle. J’ajoute que si l’une était authentique, l’autre ne l’est pas. Bref, l’une était historique. L’autre pas.

Comme le bras de Rollon. Viendra le temps où des historiens du type d’Augustin Thierry (voir les bons dictionnaires) s’interrogeront pour savoir qui, des deux, est le vrai : le bras droit ou le gauche ? La politique s’en mêlera, surement. Et les querelles de palais. Il y aura le parti du Rollon rénové et celui du Rollon canal historique. Le passage de l’un à l’autre pourra se faire et les transfuges ne manqueront pas. Autrefois j’étais pour le Parti rénové, mais aux prochaines, je voterai pour le Parti historique. Ah, celui-là, quel girouette !

La mortadelle est une denrée qui ne souffre pas la médiocrité. L’excellente est rare et souvent chère ; comme on dit : pour ce que c’est. Cependant, une bonne mortadelle… Puisque nous sommes dans le culinaire, je vous engage, lecteurs, à tester d’autres produits italiens. Vous les trouverez rue Armand-Carrel, chez Casa Italia (publicité gracieuse) ; vous y constaterez que les tenanciers y sont gens charmants.

Alors Rollon, avec ou sans bras ? Qui irait contester son oubli et son inutilité ? Aller faire des simagrées au pied de sa statue n’engagent que les imbéciles. Pour le reste, rien à dire. Le cours des jours. Ah, si : lundi, c’est raviolis…

7 Réponses à “CCCI.”


  • moi je vote pour Saveurs d’Italie, place de la Basse Vieille Tour, la cuisine est calabraise comme la patronne. C’est piquant!

  • On ne peut guère taxer d’illogisme le clerc sus-nommé, lui qui aime tant l’ordre et la fréquentation des hommes au bras longs.

  • François Henriot

    Bien vu pour Rollon et son bras, cher chroniqueur. Mais comme le bien manger est l’un de mes centres d’intérêt, je vote moi aussi, et loin devant, pour les très authentiques Saveurs d’Italie, place de la Basse Vieille Tour. Devoir accompli!

  • la petite souris

    Pourquoi cette soudaine passion pour la gastronomie italienne ? Vous n’aimez plus le canard au sang ?

  • Dans le même temps que la restauration de la statue de Rollon qui peut nous être attribuée quasiment à 100 %, nous proposons une exposition intitulée « Empreintes Vikings » au café-librairie « Ici & ailleurs », 31 rue Damiette jusqu’au 7 juin. P’tit Pat’ Rouennais, une association qui agit au lieu de discutailler et de polémiquer à l’infini.
    Notre devise : « Entre le passé où sont nos souvenirs et l’avenir où sont nos espérances, il y a le présent où sont nos devoirs » (Antoine de Saint Exupéry. http://www.ptit-pat-rouennais.fr

  • François Henriot

    Excellente en effet, l’action du P’tit Pat’ rouennais. Deux (gentilles) remarques toutefois: rendez à César: ainsi le marégraphe amont, restauré par le Port de Rouen, établissement public désormais soucieux de son environnement dans tous ses aspects et désireux de se faire accepter; par ailleurs, bavarder de temps en temps n’est pas désagréable… Bonne fin de semaine à toutes et tous.

  • pardon pour ce décalage : je replace maintenant le commentaire toujours en cours de »modération » suscité par les échanges accompagnant le chapitre CCLIX.Après tout, il n’y a pas de date butoir pour parler des oubliés. Bernard
    29 mai 2011 à
    Chers Louise, Sessyl,Daniel et Felix à l’origine de cet échange à retardement,

    Certains d’entre vous en savent (ou veulent en savoir) plus que d’autres sur Trintzius père et fils. Comme fils de René, je pourrais vous apporter quelques précisions : né en 1946, je n’ai pas connu mon grand-père prénommé Louis (et non …) et à peine mon père. Ca commence mal, direz-vous. Et pourtant… Deux sources alimentent ma curiosité. D’abord celle de la “tradition familiale et amicale” car mon père avait de vrais amis dont un autre Normand oublié, grand résistant, ancien député et maire de Dieppe : Lucien Galimand.Il fut mon parrain et d’un précieux secours d’abord en 1953 au décès de mon père, puis en 1964 quand mon frère et moi perdîmes notre mère. Lui-même passionné de littérature nous aida ,entre autres,à retrouver non seulement les livres de René Trintzius que nous n’avions pas tous en notre possession, mais aussi une
    part de sa personnalité. J’aborde juste un point évoqué par Sessyl:oui René Trintzius a continué son activité au Journal de Rouen pendant l’occupation : sa rubrique de critique artistique et théâtrale n’est entachée d’aucune infamie, il n’y a là,comme dans l’ensemble de ses textes, aucune pensée xénophobe ou antisémite. Il avait contribué à défendre Albert Cohen et la débutante Irène Némirovsky tout comme il avait entrevu avec sympathie le bouillonnement moderniste de l’Allemagne de Weimar (voir son roman Deutschland écrit après deux séjours outre- Rhin en 1928 et 1929) Ce livre fut interdit par la censure de l’occupant. Autre précision : les éditions Phebus ont réédité Deutschland en 1995… Le livre avait , à sa parution, été attaqué par l’Action française
    comme inspiré et financé (!) par la politique pacifiste de Briand !
    J’abrège,mais je crois qu’une des motivations essentielles de René T. était effectivement le pacifisme dans la “mouvance” de la revue Europe… Que de complexité, n’est-ce pas ?
    Quant à Louis Trintzius, comme architecte de la ville de Rouen et directeur des services techniques il consacra son activité à des bâtiments à fonction publique ou sociale (écoles, bourse du travail …)et à l’amélioration de l’hygiène (nouveau système de ramassage de poubelles, incinération et chauffage urbain ..). Cette figure un peu austère mais passionnée d”urbanisme social” est évoquée au moins à travers deux personnages des romans De René T. Si cela vous interesse, je pourrais vous en dire plus…L’oubli l’ atteint, davantage encore que son fils, je n’ai pu retrouver trace de sa tombe au cimetière monumental.

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