CCXCVIII.

Une vieille connaissance me lit avec régularité. Elle s’abstient de commenter, mais n’en pense pas moins. L’autre dimanche, au Clos Saint-Marc, nous nous croisons. Bavardage à propos de rien. Puis, moment de réflexion : au fond, dit-elle, tu ne changes pas ; tu restes comme autrefois, toujours aussi méchant et aussi injuste. Étant dit avec le sourire, avec une pointe de regret, et une autre de satisfaction. A deux pas de La qualité d’abord ! et des bannières aux effigies de Bob Marley. La dame en question (aux femmes le privilège de la vacherie juste) ne fut jamais une tendre, mais j’avoue qu’elle non plus ne se bonifie pas.

Toujours aussi perspicace ? Possible. Or Dieu sait si je suis sincère. Vrai, je ne force pas mon jeu. Ce même jour, on ne pouvait en dire autant d’une pauvre misère, une comédienne encore, vêtue à la Mimi Pinson, et vantant dans les allées brocanteuses Le Printemps de Rouen, énième animation culturelle et municipale. Ça nous la joue en goualante et populo, mais dans l’assurance des congés spectacles.

Certes, comme dit la chanson Faut vivre… Mais tout de même. J’exècre cette société qui façonne la culture de manière à vanter ses propres mérites. Cette malheureuse enfant, se voulant protagoniste du spectacle vivant, n’est qu’une sorte de garde-champêtre. Au Clos Saint-Marc, les médiateurs du patrimoine, ce sont les marchands. Ils suffisent à mon bonheur. Et à la clientèle ? Dans une moindre mesure, à en juger du prix de certains fruits.

Il y a peu, on débattait, ici et là, d’une baisse de subventions à une troupe locale. D’un seul homme, on s’en est pris aux municipaux. Laurence Tison, réputée responsable de ce massacre supposé, a vu son étoile pâlir (déjà que…). Ayant suivi ça d’assez loin, je suis bien placé pour dire ce que j’en pense. Au directeur de troupe auquel on demandait de réagir, celui-ci, lésé, arguait que le théâtre était comme un service public (je cite de mémoire)… et qu’à l’évidence ça n’était pas à une municipalité de gauche, gardienne des valeurs y afférentes, d’empêcher de monter dans le tram’.

Le théâtre service public ? Comme le tri du courrier ou l’asphaltage de la voirie ? Il fallait y penser. Laissons ce garçon à sa carrière et à ses émoluments. Au passage, l’épisode m’aura permis de saluer le courage d’une élue. Pas si souvent. J’ajoute que ce courage semble avoir été vite tempéré d’un rappel à l’ordre en coulisses (cas de le dire) pour que, quand bien même, ledit service public soit assuré. Il le sera. Demandez le programme !

Autre chose. Du haut de sa statue, j’espère que Gustave Flaubert a apprécié l’ébouriffant spectacle intitulé Restitution de la Tête Maori. (Maorie ?). Tant de suffisance vertueuse alliée à tant de solennité bourgeoise ! Qu’on se risque à de tels ridicules sans jamais en mesurer l’étendue m’épatera toujours. Dans le genre contemporain, ça valait la scène du comice agricole de Madame Bovary. En moins ramassé peut-être.

Comment disait mon amie déjà ? Ah oui : méchant et injuste.

1 Réponse à “CCXCVIII.”


  • La petite souris

    « méchant et injuste »… toujours avec grand talent, gaudeamus !

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