CCXCVII.

Il m’arrive d’aller au théâtre. Peu, il est vrai. Ce qui s’y passe, d’une façon générale, ne m’intéresse plus. Enfin, moins. A présent, j’y rêvasse trop. A peine le spectacle commencé, j’ai des aiguilles sous les fesses. Mieux fait de rester chez moi. Canapé et lectures. Trop seul aussi. Ce que j’aimais autrefois, c’était sortir avec du monde. A plusieurs au concert, au théâtre, au cinéma. Dîner ensuite. Mais voilà : plus d’amis, plus d’envies et une menace de régime. Bref, la vieillesse. Ni remède, ni illusions.

Aussi, de nos jours, le théâtre est loin. Au Grand-Quevilly, au Petit, à Saint-Étienne, à Darnétal… Pas croyable. On me rétorquera Deux-Rives et Chapelle Saint-Louis. Avouez que… L’autre soir, histoire d’être à la page, je me traîne (pas d’autre mot) place de la Rougemare. Quelque chose de ou pour Molière, d’après ce que j’ai cru comprendre. Hélas, trois fois, il s’agissait d’une énième fantaisie à la manière de la Pie Rouge, troupe renommée pour ses facilités et son entregent. Autant dire qu’on ne s’y foule pas, dans le genre bateleur attendu. Le public semblait ravi. Il se contente de peu. Vrai aussi qu’il est là comme à un meeting. Pour soutenir.

Oui, encore et de nouveau, mon calendrier s’est arrêté à l’année 1954 (je ne l’ai digéré celle-là !). Ce que j’ai fait en plus, c’est du rab’. Comme à la cantine. Cantine ancienne car il n’y a plus de rab’ au self.

En matière de théâtre local, je me souviens de plusieurs troupes. Quatre d’abord : les Comédiens de Bellegarde, la Compagnie du Beffroy, la Comédie de Rouen et le Théâtre de l’Orbe. D’autres aussi, comme le Petit Théâtre, le Rideau Pourpre. Le Théâtreapattes aussi. Tout ça bien vieux et disparu. Des choses encore, du temps de la Lyre, sur l’île Lacroix. Choses vues : le théâtre de cette époque venait d’amateurs convaincus, gens faisant ce qu’ils aimaient. Avec talent ou pas. Peu importe, ça leur permettait d’exister.

A présent, on gagne de quoi continuer. Le Capitaine Fracasse est devenu agent rétribué. C’est le succès des ronds de cuir à la mode saltimbanque. Une question d’indice et de gestion de carrière. Calcul des points, et viendra la retraite. La fonction publique territoriale, mais dans le culturel. Portrait de l’artiste en fonctionnaire, ou du fonctionnaire en artiste, comme on voudra. On me dira que cela ne concerne pas la Pie Rouge… Admettons. J’essentialise, c’est mon défaut.

Bon, arrêtons de faire du mauvais esprit. Autre chose : un de mes voisins vient de mourir. Quatre-vingt-trois ans. Dans son fauteuil, devant la télévision, clac. Son aide-ménagère l’a retrouvé le lendemain matin. Je me demande ce qu’il regardait. La soirée des Molières ? Allez savoir. Tant de choses passées à la télé, autant de raisons d’en mourir.

Ou, contraire, d’en vivre. C’est mon cas. Un ami très cher, Raphaël, mort lui aussi, disait souvent : Il ne me tarde pas de connaître l’issue de tout cela. C’était bien de son élégance. Connaître les choses, attendre, ne jamais se presser. 

1 Réponse à “CCXCVII.”


  • J’y pensais ce matin en regardant une nichée de cinq taupes que nous avons dérangée (des vraies taupes, hein, pas des espions). Oh, être comme elles, batifoler toute sa vie, insouciant jusqu’à la fin… Venez les voir en photo sur mon blog, il y en a seulement deux, mais mignonnes comme tout !

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