CCXCVI.

Souvenir précis : un matin d’octobre 1968 j’ai vu, au bas de la rue de la République, remonter une voiture à cheval. Alerté par le pas sur le bitume et son rythme, j’ouvre une des fenêtres de l’agence, et donc j’aperçois l’une des dernières livraisons de la Distillerie Coopérative Rouennaise. Un cheval, une large voiture sans bâche et sur son plateau, les casiers à bouteilles que le livreur déposait dans tous les cafés du coin.

Histoires de bars, encore ? Pas tant. Histoire surtout de vous dire qu’en octobre 68 on pouvait livrer à cheval. Lequel cheval aura sans doute été le dernier à pouvoir dire : j’ai fait mai 68. Ce que ses copains de paddock (en tout bien tout honneur) se résignaient à entendre en levant les yeux au ciel.

Je dois avoir, quelque part, un siphon à Eau de Seltz, genre 1900, avec gravée dans l’épaisseur du verre, la mention D.C.R. pour Distillerie Coopérative Rouennaise. Voulez-vous l’adresse ? 29 rue Malouet. Et le téléphone, le 1286. Je ne garantis pas qu’il y ait quelqu’un au bout du fil. Sait-on jamais…

Ce que je ne peux expliquer ici, et c’est dommage, ce sont les enchainements ramenant à la surface ces souvenirs enfouis. Encore que… La veille de ce passage de cheval, il y avait, rue Jacques-Lelieur, la présentation d’une collection de mode chez Claudine Montier. Et, pour rester dans la note, avec du beau linge. A preuve, Maison Nina Ricci toute en clips, avec en marraine de la journée, Michèle Morgan en personne. Les bourgeoises rouennaises ne se refusaient rien, à l’époque.

Pourquoi étais-je là ? Trop long à expliquer. Toujours est-il que la soirée se poursuivit tard, en petit comité, et que j’étais du nombre. Sans les ennuyeux aurait dit madame Verdurin. Donc sans Claudine Montier et sans Michèle Morgan. Mais avec une certaine Clélia, mannequin, comme sortie toute droite d’un roman italien. Italienne, elle l’était. Jolie fille, puisqu’elle était mannequin. Et aimable, puisqu’italienne.

Pourquoi nous sommes-nous retrouvés, seuls à l’agence ? Trop long à expliquer. En tous cas, pas pour l’intérêt de l’architecture française à la fin des années Soixante. Enfin bref. Clélia, au petit matin, fut réveillée par le pas du cheval. Dans votre agence il y avait un lit ? Oui. Enfin un matelas. Et d’une personne. Dans l’architecture, ça peut servir. Trop long à expliquer.

Nous avons été prendre le petit déjeuner en bas, au Petit Moulin. Qui n’existe plus. Clélia raffolait des croissants et des cafés crème… lesquels n’ont plus le goût que tu aimes. Bref, il fallut nous séparer. Histoire de trains et de gares. Elle, rejoindre un certain Guido, là-bas à Turin ou à Milan. Enfin j’imagine. Et moi, m’acheminer vers mes souvenirs. Ceux-là et d’autres, qui reviennent comme bon leur semble.

Si vous vous attendiez à de l’actualité, avouez que vous êtes servis. La rue Malouet, Nina Ricci, le matelas Épéda (ou tout comme) et le train de 16h50, autre roman, anglais celui-là. Pour de fraîches nouvelles, il faudra attendre.

2 Réponses à “CCXCVI.”


  • Vos « encore que » sont trop mignons, mais vous devriez les développer un peu, si j’ose m’exprimer ainsi.

  • mai 68 c’est aussi la défense de mes amis peintres Léonard ordes sur le quel j’ai un livre de prêt. Idem sur le peintre TOny FRITYZ-vILARS sur qui j’ai publié qque chose d’épuisé mais dont l’oeuvre reconnu par Dubuffet demeure importante. Je’ai écrit en ce sens à F. Mitterrand pour le proposer à Beaubourg. Pourriez-vous faire la même chose que moi pour sa défense ainsi que pour celui que je nommais Raca le cygne, le poète Raymond CANAL(ami du romancier Roger Bésus et à qui j’ai dédié un acrostiche dans « Gr)et dont j’ai un petit livre de prêt avec une petite correspondance. Qui osera publier cela pour leur défnce? le poète R.CANAL

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