CCXCIV.

En haut de la rue Beauvoisine, au delà du Muséum, exista longtemps une sorte de cabaret nommé La Cahotte. Si la maison existe toujours, elle est bien silencieuse. Ce fut longtemps le rendez-vous d’amateurs de jazz, par ailleurs étudiants distingués. L’eau a passé sous les ponts depuis. Dans mon souvenir, La Cahotte prit la place d’une auberge, peu après la dernière guerre. On s’y amusait dans le genre sage, ou plutôt sérieux. Et à l’intérieur. Pas comme aujourd’hui où toute la jeunesse fumeuse passe son temps dehors, cigarette au bec et gobelet en carton à la main.

Vrai qu’être patron de bistrot ne coûte guère. Et rapporte encore moins si j’en juge par l’habitude prise d’acheter bouteilles et gobelets dans les épiceries aussi orientales que nocturnes. Tout cela a un aspect romantique qui n’échappera à personne. Il suffit de se rassembler. De se ressembler et de se complaire. On trouve ça chez Nerval, Baudelaire ou encore Apollinaire : N’entendra-t-on jamais sonner minuit

Il n’est pas rare que, rentrant chez moi, je frôle ces jeunes gens plus éperdus que goguenards. Que la jeunesse est enviée à ces heures ! Elle n’est qu’illusion au petit matin ! Du temps de La Cahotte, les mêmes buvaient dans des verres. Pas à la bouteille, comble du mauvais genre. Attendant leur feuille de départ pour l’Algérie, ils redoublaient de prudence, Miles Davis à la rescousse. Enfin, c’est loin.

Notre saison est au visible et à l’exhibition. On veut être homosexuel, se marier, être ivre en trois minutes, ne pas se lever le matin, avoir des enfants sans les faire, être toujours d’un avis différent, pourvoir vomir devant ma porte… le tout sur Facebook. J’exagère ? Oui, comme tout le monde. Notez que je ne juge en rien. La vie moderne est ainsi faite.

Certes, comme disait mon ami Raphaël : il ne me tarde pas de connaître l’issue de tout cela. Bon, et La Cahotte ? Là où les étudiants en droit croyaient échapper à ce qui les attendait. Tout en espérant, fatalité, mieux y plonger. L’été dernier, je suis allé à l’inhumation de l’un d’eux, mort de façon prématurée, au seuil d’une retraite d’universitaire. C’était à la campagne. Temps radieux, petite église et un air de bon dimanche en perspective. Du monde, un peu, pas trop. Amis retrouvés, comme on dit perdus de vue, ressurgissant dans cet étroit cimetière, alourdis par les années et le poids des souvenirs. Enfin admettons.

Celui qu’on enterrait s’était acharné oublier sa jeunesse. Ne le fréquentant plus depuis des années, ma peine était de circonstance. L*** qui me servait de chauffeur, admirait les vitraux et cherchait à reconnaître les saints. Au sortir, on resta entre nous. Polis, attentifs, compatissants. Puis on s’éclipsa. On va voir la mer ? Allons-y. Nous avons fini Au Souper fin à Frichemesnil.

Bon, et La Cahotte ? Vous le voulez vraiment ? A quoi bon ! Si vous y tenez : Ensuite on fit apporter de nouvelles bouteilles, pour tuer le Temps qui a la vie si dure, et accélérer la Vie qui coule si lentement.

2 Réponses à “CCXCIV.”


  • À propos de Cahotte, vous n’omettrez pas de m’envoyer vos coordonnées pour la mi-juillet. Ben oui, pour vous faire parvenir les ours russes qui se mangent ! Et voudrez-vous aussi de la vodka ?

  • Heureusement comme vous dites que vous ne jugez rien, sinon nous irions droit au carnage.

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