CCXCIII.

Autrefois, et il n’y a pas si longtemps, j’aimais sortir le soir. Théâtre, concert ou cinéma. Ensuite, aller dîner. Un de mes plaisirs. Finir la soirée après le spectacle, quelques verres, un repas, la conversation. Ambiance pour moi abolie.

A cette époque, on pouvait dîner au Parisien jusqu’à deux heures du matin. Le Parisien, c’était rue du Gros-Horloge, à l’angle de la place du Vieux-Marché. Brasserie et restaurant choisi, service rapide, allées et venues, rencontres… tout ce qui fait défaut désormais. Entendez : on ne s’y ennuyait pas. A présent, je m’ennuie partout. C’est l’âge dit-on. Sans doute.

Proche des halles, Le Parisien se faisait une spécialité de poissons On pouvait y découvrir la bouillabaisse. Comme toutes, elle était au dessous du médiocre. Meilleure était sa soupe de poissons. Comme chez Gentil ou à La Moulière. Une soupe de poissons, avec des croutons, du râpé, des serviettes blanches et des couverts en argent. Au restaurant, ça existe encore ? Non, je date de 1954.

Si le cœur vous en dit, un souvenir précis. Un soir de mars 1974, on donnait au Théâtre des Arts, une pièce de Federico Garcia Lorca, Yerma. Voilà des choses qu’on ne monte plus, ou à peine. On préfère ce faiseur acrobate de Pippo Delbono. Je sais de quoi je parle, j’en sors. Donc, ce soir de mars, tout était à l’espagnolade. Voici pourquoi.

Au sortir, en compagnie de L*** et de J***, direction Le Parisien où nous nous installons. Souvenir précis, que oui ! L*** commanda des filets de sole à la dieppoise, J*** et moi, des ris de veau. Tiens, encore des choses qu’on ne mange plus. On préfère… enfin, bref. Il était tard lorsqu’on décida de rentrer. Je fis un bout de chemin avec L*** qui habitait boulevard de la Marne.

C’est en redescendant, rue Étoupée, que j’ai croisé deux types plutôt jeunes, costauds, d’allure sans séduction immédiate. Un peu le genre de Pippo Delbono, vous voyez. Lequel me demanda une cigarette ? Et ensuite où se trouvait les burdels ? A partir de là tout est vague. C’est à l’Hôtel-Dieu qu’on m’a précisé que le couteau devait avoir une lame d’environ douze centimètres et que je devais m’estimer content

Au commissariat central, on me certifia que j’étais le troisième du mois et qu’il s’agissait de marins espagnols restés en rade. Affaire embrouillée. Ne vous inquiétez pas, on les retrouvera. Ce qui jamais n’advint. Parfois, j’ai une crampe sur le côté droit de l’abdomen. Surtout lorsque je mange de la paëlla. Mais je ne n’en mange jamais. Cependant, si j’en mangeais, il me semble que… etc.

Le Parisien a fermé, en même temps que le Vieux-Marché. Adieu escalopes de veau aux champignons et tournedos au poivre. Adieu Lorca. Que sont devenus mes espagnols d’agresseurs ? Morts, libres, en prison ? Ils doivent approcher la soixantaine. Sont-ils à évoquer leurs souvenirs ? Pourquoi pas. Près des remparts de Séville, chez leur ami Lillas Pastia, à boire du Manzanilla… Vous connaissez la chanson. Moi aussi.

1 Réponse à “CCXCIII.”


  • Ah mais ça, vous voyez bien que l’époque des ris de veau n’était pas toute rose ! J’en mangeais aussi, chez ma tante Marguerite, qui m’emmenait à la Foire Saint-Romain… Et le canard au sang, vous aimez ?

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