CCXCI.

Feuilletant l’Histoire de Rouen (1958-1983) en 1000 photographies de ce cher Guy Pessiot, je tombe sur le portrait de ce vieil homme qu’on surnommait Pépère. Claudiquant et bahutant dans les rues, il vendait des billets de loterie nationale. Dans mon souvenir, portait un curieux petit chapeau. Ou bonnet. Couvre-chef. Il fut des années durant, une figure familière, rassurante et permanente. C’est à la page 302.

Ce qu’explique bien, la légende de cette énième photo : Figure populaire des rues de Rouen. Ancien trapiste et marchands de billets de loterie, Pépère, de son vrai nom, M. Josse, a quitté à Rouen en 1978. Je ne garantis aucune des précisions biographiques mais faisons confiance à l’auteur qui, d’une manière générale, sait de quoi il parle. Cependant, il est permis de s’interroger : c’est quoi un trapiste ? Un religieux cistercien de stricte observance ? A l’évidence non, ce dernier-là marche avec deux P. Or Pépère claudiquait. Pas mal, même. Trapéziste ? Avec deux lettres perdues lors d’un malencontreux saut ? Possible, mais improbable.

Laissons ce mystère qui, à l’évidence, n’est là que pour rehausser la figure. Pépère, astre en piste ou satrape, n’est plus. Du moins, il a quitté Rouen. Ce que nous devrions tous faire. Plus ou moins. Lui, de fut en 1978, année qui vit la disparition du chanteur Claude François et de Ramon Mercader l’assassin-de-Trotski. De là à croire… mais non, c’est impossible.

A cette époque, Guy Pessiot était encore dans sa boutique de la rue de l’École. Plus jeune, plus mince. Un genre qu’il n’aurait jamais du quitter. Mais bon, c’est son affaire. Et s’il lit ceci, qu’il se dispense de me faire la morale. Je pourrais être son père. Pas loin d’être Pépère. Sans billet gagnant toutefois, la chance n’ayant jamais été de mon côté.

Pas plus que pour Claude François ou Ramon Mercader. Il y a des gens comme ça. On a beau essayer, on rate l’essentiel. En revanche (façon de dire) on réussit dans les détails. Sur le tard, c’est une consolation.

A croiser tant de gens, Pépère devait avoir sa philosophie à lui. Rue Gros-Horloge, on est toujours philosophe. C’est une rue à idées. A y cheminer, on pressent que le bonheur est une illusion. Que tout n’est qu’apparence, trompe-l’œil et fragilité des certitudes. On change d’avis en pénétrant chez Glups. Et en sortant, toujours, on se sent un homme fort. Ou un petit enfant, au choix.

Pourquoi Claude François a-t-il voulu redressé l’applique de la salle bains ? Pourquoi Ramon Mercader a-t-il choisi un pic à glace pour massacrer Lev Davidovitch ? Pourquoi Guy Pessiot est-il devenu conseiller municipal de Rouen ? Pourquoi les billets de loterie de Pépère étaient-ils toujours perdants ? Les imbéciles vous disent : c’est la destinée… Pas sûr qu’ils aient tort (et de plus en plus).

Il me semble surtout que c’est par manque d’idéal. Sinon de confiance en autrui. Vous savez, le côté : autant le faire moi-même, ça ira plus vite. Certes, le résultat n’est pas brillant, mais au moins je ne pourrai m’en prendre qu’à moi.

2 Réponses à “CCXCI.”


  • Monsieur Félix, c’est quoi Glups ?

  • Mr Pessiot n’a pas fait que devenir conseiller municipal, en bon commerçant-compilateur il a su faire avancer ses affaires, de ce coté-ci ou de ce coté-là tout en inspirant le centrisme. Et c’est désormais un homme très occupé qui n’a plus toujours le temps de faire ce qu’il a dit qu’il ferait.

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