Archive mensuelle de avril 2011

CCXCIV.

En haut de la rue Beauvoisine, au delà du Muséum, exista longtemps une sorte de cabaret nommé La Cahotte. Si la maison existe toujours, elle est bien silencieuse. Ce fut longtemps le rendez-vous d’amateurs de jazz, par ailleurs étudiants distingués. L’eau a passé sous les ponts depuis. Dans mon souvenir, La Cahotte prit la place d’une auberge, peu après la dernière guerre. On s’y amusait dans le genre sage, ou plutôt sérieux. Et à l’intérieur. Pas comme aujourd’hui où toute la jeunesse fumeuse passe son temps dehors, cigarette au bec et gobelet en carton à la main.

Vrai qu’être patron de bistrot ne coûte guère. Et rapporte encore moins si j’en juge par l’habitude prise d’acheter bouteilles et gobelets dans les épiceries aussi orientales que nocturnes. Tout cela a un aspect romantique qui n’échappera à personne. Il suffit de se rassembler. De se ressembler et de se complaire. On trouve ça chez Nerval, Baudelaire ou encore Apollinaire : N’entendra-t-on jamais sonner minuit

Il n’est pas rare que, rentrant chez moi, je frôle ces jeunes gens plus éperdus que goguenards. Que la jeunesse est enviée à ces heures ! Elle n’est qu’illusion au petit matin ! Du temps de La Cahotte, les mêmes buvaient dans des verres. Pas à la bouteille, comble du mauvais genre. Attendant leur feuille de départ pour l’Algérie, ils redoublaient de prudence, Miles Davis à la rescousse. Enfin, c’est loin.

Notre saison est au visible et à l’exhibition. On veut être homosexuel, se marier, être ivre en trois minutes, ne pas se lever le matin, avoir des enfants sans les faire, être toujours d’un avis différent, pourvoir vomir devant ma porte… le tout sur Facebook. J’exagère ? Oui, comme tout le monde. Notez que je ne juge en rien. La vie moderne est ainsi faite.

Certes, comme disait mon ami Raphaël : il ne me tarde pas de connaître l’issue de tout cela. Bon, et La Cahotte ? Là où les étudiants en droit croyaient échapper à ce qui les attendait. Tout en espérant, fatalité, mieux y plonger. L’été dernier, je suis allé à l’inhumation de l’un d’eux, mort de façon prématurée, au seuil d’une retraite d’universitaire. C’était à la campagne. Temps radieux, petite église et un air de bon dimanche en perspective. Du monde, un peu, pas trop. Amis retrouvés, comme on dit perdus de vue, ressurgissant dans cet étroit cimetière, alourdis par les années et le poids des souvenirs. Enfin admettons.

Celui qu’on enterrait s’était acharné oublier sa jeunesse. Ne le fréquentant plus depuis des années, ma peine était de circonstance. L*** qui me servait de chauffeur, admirait les vitraux et cherchait à reconnaître les saints. Au sortir, on resta entre nous. Polis, attentifs, compatissants. Puis on s’éclipsa. On va voir la mer ? Allons-y. Nous avons fini Au Souper fin à Frichemesnil.

Bon, et La Cahotte ? Vous le voulez vraiment ? A quoi bon ! Si vous y tenez : Ensuite on fit apporter de nouvelles bouteilles, pour tuer le Temps qui a la vie si dure, et accélérer la Vie qui coule si lentement.

CCXCIII.

Autrefois, et il n’y a pas si longtemps, j’aimais sortir le soir. Théâtre, concert ou cinéma. Ensuite, aller dîner. Un de mes plaisirs. Finir la soirée après le spectacle, quelques verres, un repas, la conversation. Ambiance pour moi abolie.

A cette époque, on pouvait dîner au Parisien jusqu’à deux heures du matin. Le Parisien, c’était rue du Gros-Horloge, à l’angle de la place du Vieux-Marché. Brasserie et restaurant choisi, service rapide, allées et venues, rencontres… tout ce qui fait défaut désormais. Entendez : on ne s’y ennuyait pas. A présent, je m’ennuie partout. C’est l’âge dit-on. Sans doute.

Proche des halles, Le Parisien se faisait une spécialité de poissons On pouvait y découvrir la bouillabaisse. Comme toutes, elle était au dessous du médiocre. Meilleure était sa soupe de poissons. Comme chez Gentil ou à La Moulière. Une soupe de poissons, avec des croutons, du râpé, des serviettes blanches et des couverts en argent. Au restaurant, ça existe encore ? Non, je date de 1954.

Si le cœur vous en dit, un souvenir précis. Un soir de mars 1974, on donnait au Théâtre des Arts, une pièce de Federico Garcia Lorca, Yerma. Voilà des choses qu’on ne monte plus, ou à peine. On préfère ce faiseur acrobate de Pippo Delbono. Je sais de quoi je parle, j’en sors. Donc, ce soir de mars, tout était à l’espagnolade. Voici pourquoi.

Au sortir, en compagnie de L*** et de J***, direction Le Parisien où nous nous installons. Souvenir précis, que oui ! L*** commanda des filets de sole à la dieppoise, J*** et moi, des ris de veau. Tiens, encore des choses qu’on ne mange plus. On préfère… enfin, bref. Il était tard lorsqu’on décida de rentrer. Je fis un bout de chemin avec L*** qui habitait boulevard de la Marne.

C’est en redescendant, rue Étoupée, que j’ai croisé deux types plutôt jeunes, costauds, d’allure sans séduction immédiate. Un peu le genre de Pippo Delbono, vous voyez. Lequel me demanda une cigarette ? Et ensuite où se trouvait les burdels ? A partir de là tout est vague. C’est à l’Hôtel-Dieu qu’on m’a précisé que le couteau devait avoir une lame d’environ douze centimètres et que je devais m’estimer content

Au commissariat central, on me certifia que j’étais le troisième du mois et qu’il s’agissait de marins espagnols restés en rade. Affaire embrouillée. Ne vous inquiétez pas, on les retrouvera. Ce qui jamais n’advint. Parfois, j’ai une crampe sur le côté droit de l’abdomen. Surtout lorsque je mange de la paëlla. Mais je ne n’en mange jamais. Cependant, si j’en mangeais, il me semble que… etc.

Le Parisien a fermé, en même temps que le Vieux-Marché. Adieu escalopes de veau aux champignons et tournedos au poivre. Adieu Lorca. Que sont devenus mes espagnols d’agresseurs ? Morts, libres, en prison ? Ils doivent approcher la soixantaine. Sont-ils à évoquer leurs souvenirs ? Pourquoi pas. Près des remparts de Séville, chez leur ami Lillas Pastia, à boire du Manzanilla… Vous connaissez la chanson. Moi aussi.

CCXCII.

Il y a désormais, chaque année, en nostre abbatiale Saint-Ouen, un salon du livre ancien. C’est quoi, au juste, un livre ancien ? Souvent un livre qu’on a déjà lu (pas toujours). Un vieux livre. Un qui a fait son temps. Pas un livre neuf (y en a-t-il ?), pas un livre tout frais, comme les œufs dont on dit qu’ils sont pondus du jour. Non, un livre, comme une vieille poule, jaune, grasse et dure. Des livres qui résistent, quoi. Au temps. Et à un tas d’autres choses.

Qui se souvient, sinon moi, plus quelques autres, qu’il exista, longtemps, rue Alain Blanchard, une librairie de livres anciens ? Elle était tenue par une demoiselle, que nous nommions, avec un respect distant, Mademoiselle Dargent. Respect un brin abusif car la demoiselle en question était bête comme une oie.

Et peu fantaisiste. Chez elle, tout était rangé, catalogué, raisonné. Presque trop. Si, à distance, un charme subsiste, il doit tout à la nostalgie, car au vrai, on respirait dans cette boutique la pire des doctrines : combien ça rapporte.

Mademoiselle avait succédé à son père, le bien nommé Père Dargent. Si Mademoiselle manquait d’attrait, lui n’en exprimait jamais qu’un, seul et unique. Trait de caractère dont avait hérité la fille, en même que le magasin. Vrai que tant d’ignorants locaux leur achetaient jolies reliures et éditions originales, qu’ils auraient eu tort, père et fille, de se gêner. Sur quelles sombres déconvenues prenaient-ils leur revanche ? Trop tard pour le deviner.

Hasard du calendrier, alors même que se déroulait ce salon du livre ancien, avait lieu à la Halle aux Toiles, ce même dimanche (ou samedi) la vente annuelle de livres au profit de l’association Terre des Hommes. Le jour et la nuit, inutile de préciser. Ici, on croit encore à ce qu’on fait. Là, pas sûr. Rien que de voir comment les Terriens calligraphient les étiquettes et rangent les livres par auteurs, on s’attendrit. Rien que de voir comment Élisabeth Brunet inscrit ses prix sur la page de garde, on s’interdit.

Donc ce jour là (ou un autre), j’ai acheté à un libraire d’ancien un suffisant et prétentieux exemplaire de La Cité antique de Fustel de Coulanges. Trente euros. Voulez-vous un sac ? Voulez-vous un marque page ? Une heure plus tard, place de la Basse-Vieille-Tour, la même Cité, dans une version moins antique il est vrai, se négociait à un seul et unique euro. Ce que c’est que la Bourse et ses affaires.

Voulez-vous un sac ? Voulez-vous un marque page ? A une heure de distance, on entendait la même phrase. Seule l’intonation était différente (le sac aussi). Et les prix. Et encore autre chose : chez les Frères Terriens, on était là pour lire par plaisir. Pas par vanité.

Hélas, en ce qui me concerne… pourquoi ai-je acquis La Cité antique, dont je n’ai nul besoin et que je ne lirai sans doute pas ? Un reste de snobisme, histoire de me faire bien voir ? Un autre reste de fidélité envers Mademoiselle Dargent ? Va savoir.

CCXCI.

Feuilletant l’Histoire de Rouen (1958-1983) en 1000 photographies de ce cher Guy Pessiot, je tombe sur le portrait de ce vieil homme qu’on surnommait Pépère. Claudiquant et bahutant dans les rues, il vendait des billets de loterie nationale. Dans mon souvenir, portait un curieux petit chapeau. Ou bonnet. Couvre-chef. Il fut des années durant, une figure familière, rassurante et permanente. C’est à la page 302.

Ce qu’explique bien, la légende de cette énième photo : Figure populaire des rues de Rouen. Ancien trapiste et marchands de billets de loterie, Pépère, de son vrai nom, M. Josse, a quitté à Rouen en 1978. Je ne garantis aucune des précisions biographiques mais faisons confiance à l’auteur qui, d’une manière générale, sait de quoi il parle. Cependant, il est permis de s’interroger : c’est quoi un trapiste ? Un religieux cistercien de stricte observance ? A l’évidence non, ce dernier-là marche avec deux P. Or Pépère claudiquait. Pas mal, même. Trapéziste ? Avec deux lettres perdues lors d’un malencontreux saut ? Possible, mais improbable.

Laissons ce mystère qui, à l’évidence, n’est là que pour rehausser la figure. Pépère, astre en piste ou satrape, n’est plus. Du moins, il a quitté Rouen. Ce que nous devrions tous faire. Plus ou moins. Lui, de fut en 1978, année qui vit la disparition du chanteur Claude François et de Ramon Mercader l’assassin-de-Trotski. De là à croire… mais non, c’est impossible.

A cette époque, Guy Pessiot était encore dans sa boutique de la rue de l’École. Plus jeune, plus mince. Un genre qu’il n’aurait jamais du quitter. Mais bon, c’est son affaire. Et s’il lit ceci, qu’il se dispense de me faire la morale. Je pourrais être son père. Pas loin d’être Pépère. Sans billet gagnant toutefois, la chance n’ayant jamais été de mon côté.

Pas plus que pour Claude François ou Ramon Mercader. Il y a des gens comme ça. On a beau essayer, on rate l’essentiel. En revanche (façon de dire) on réussit dans les détails. Sur le tard, c’est une consolation.

A croiser tant de gens, Pépère devait avoir sa philosophie à lui. Rue Gros-Horloge, on est toujours philosophe. C’est une rue à idées. A y cheminer, on pressent que le bonheur est une illusion. Que tout n’est qu’apparence, trompe-l’œil et fragilité des certitudes. On change d’avis en pénétrant chez Glups. Et en sortant, toujours, on se sent un homme fort. Ou un petit enfant, au choix.

Pourquoi Claude François a-t-il voulu redressé l’applique de la salle bains ? Pourquoi Ramon Mercader a-t-il choisi un pic à glace pour massacrer Lev Davidovitch ? Pourquoi Guy Pessiot est-il devenu conseiller municipal de Rouen ? Pourquoi les billets de loterie de Pépère étaient-ils toujours perdants ? Les imbéciles vous disent : c’est la destinée… Pas sûr qu’ils aient tort (et de plus en plus).

Il me semble surtout que c’est par manque d’idéal. Sinon de confiance en autrui. Vous savez, le côté : autant le faire moi-même, ça ira plus vite. Certes, le résultat n’est pas brillant, mais au moins je ne pourrai m’en prendre qu’à moi.

CCXC.

Lisez-vous Tendance Ouest ? Oui, non ? Pas grave. C’est la publication rivale de Côté Rouen. Et disant cela, vous saurez tout (sachant cela, vous direz tout). Dans un récent numéro, la première feuille nous annonce le retour probable, possible, envisagé, de Pierre Albertini. Des nouvelles de cette taille, même gratuites, ça ne se passe pas sous silence.

C’est à la Une de l’exemplaire que, l’autre soir, vers dix-huit heures, place Foch (autant, pour l’avenir, être précis) me tend, une jeune fille habillée de rouge. Le temps de déplier mon exemplaire et là, vlan, comme un tsunami : Je n’exclus pas mon retour. J’avoue que le choc a été brutal. J’allais chercher une baguette chez Paul (oui, je sais, mais bon). Du coup, la boulangère (façon de dire car elle ne boulange guère) me trouve l’air bizarre. Qu’avez-vous Monsieur ? Je ne me sens pas bien, Mademoiselle… Asseyez-vous, je vous apporte une tasse de chocolat…

Avec une part de tarte aux pommes, j’ai repris mes esprits. La dite boulangère tente de me raisonner. D’après elle, cette nouvelle n’est peut-être qu’une rumeur. On lit tant de choses ! Et puis, en admettant même que… Ce n’est pas une raison pour me mettre dans cet état. A votre âge, voyons, vous en avez vu d’autres ! Oui, mais tout de même.

Rentré chez moi, mes inquiétudes reprennent. Je téléphone à un actuel conseiller municipal (pas des moindres, comme de bien entendu). Il est déjà au courant et juge l’information à peu près fiable. Et Valérie, elle tient le coup ? D’après lui, ça va. Malgré les objurgations de l’entourage, elle refuse de quitter son bureau. Et vous, au Conseil ? Mon interlocuteur laisse passer un temps, puis m’avoue que certains sont déjà partis. Mais il s’agirait là d’une attitude stratégique, histoire de gagner du temps.

Je ne tiens pas en place. Une fois dehors, rue Damiette, je croise Michel Lépinay, l’éditorialiste de Paris-Normandie. Ça l’embête bien, mais il a ordre de ne pas réagir. La consigne est claire : autant que faire ce peut, éviter d’affoler les populations.

Il n’empêche, la soirée est sinistrée. A La Walsheim, on sent comme une tension. Les serveurs ne sont pas trop à ce qu’ils font. Aux tables voisines, les conversations ne roulent que sur le sujet. Pas loin de moi, deux couples discutent avec âpreté. L’un plus déterminé que l’autre. S’il revient, nous, c’est décidé, on se barre à l’étranger. Non, là, en toute franchise, ça me semble excessif. Les deux autres semblent plus attentistes et demandent à voir. Inutile de faire un dessin : il va falloir se compter.

Rentrant, je passe par la place de l’Hôtel de Ville. Il y a encore de la lumière. Derrière les fenêtres on observe des silhouettes qui vont et viennent. Je m’approche, mais un planton me barre l’accès. On ne passe pas ! Au Pub O’Kallaghan, deux ou trois braillards pérorent sur les tables. La foule s’assemble. Je m’approche… [Par consigne militaire, le reste du texte a été censuré].

CCLXXXIX.

Il y a peu, à propos d’une chose toute autre, je parlais du cinéma Normandy, lieu mythique qu’on trouvait, presque caché, rue Écuyère.

Je me souviens, mais pourquoi donc, que c’est au Normandy que fut projeté South Pacific. Le film, adaptation d’une opérette américaine, n’est guère resté dans les mémoires. Enfin si, en raison de sa bande sonore qu’on trouve, bien diffusée, en cédérom. Pour les amateurs.

Je me souviens aussi, et j’en aurai terminé avec ce laborieux hommage à Georges Perec, que ce film fut l’un des premiers, sinon le premier, édité en 70 m/m, format qu’on appelait alors (pourquoi donc ?) le Todd-Ao.

Tout ça pour dire que South Pacific (signé Oscar Hammerstein II et Richard Rodgers) se passe durant la Seconde Guerre Mondiale. Dans le Pacifique Sud (d’où le titre, off course). On s’y amuse et s’aime sur fond de préjugés raciaux, ce qui échappe à la plupart des contempteurs français. Vrai que c’est surtout fait à l’usage les Américains. Les Yankees, comme on disait alors. Comme on ne dit plus. Autrefois, les filles disaient : les Ricains. Ça se dit encore moins.

Aux débuts des démêlées atomiques et japonaises, plusieurs medias ont voulu remettre lesdits Ricains à l’ordre du jour. Dame, si l’on n’avait rien vu à Hiroshima (on notera le discret hommage), on verrait tout à Fukushima. Et ça, à tout prendre, c’était pas loin d’être de leur faute. Aux Américains, je veux dire. D’où cette insistance à nous entretenir, sur les ondes et dans les fluides, de la catastrophe de Three Mile Island en 1979.

A cette époque, le Normandy n’existait plus. Et South Pacific guère moins (quoique pas tout à fait). Puisqu’il s’agit de cinéma, je crois me souvenir que Three Mile Island fit l’objet d’un film, le Syndrome chinois. Du temps où j’allais au cinéma, l’ai-je vu ? Si oui, aucun souvenir. A ce propos, pourquoi « syndrome chinois » ? Un bref expert m’explique qu’au lieu d’exploser, le réacteur d’une centrale endommagée (euphémisme), s’enfoncerait de manière inexorable. D’Amérique, elle ressortirait en Chine, d’où l’expression et l’explication… qui n’explique rien.

Imaginera-t-on que de Fukushima, le réacteur Trois, ou Quatre, ou Deux, ou tous en même temps, apparaîtront ici, à Rouen, par exemple rue Écuyère ? Il me faudrait une mappemonde et une aiguille à tricoter pour vérifier. Certes, rien là de souhaitable, mais enfin les Verts locaux n’y verraient pas d’inconvénients (on vous l’avait bien dit !) et, de fait, dans la foulée, le moment venu, remporteraient les Municipales haut la main. Bien sûr, rue Écuyère, il y aurait des dégâts, mais bon. On n’a rien sans rien. Une fois les services municipaux repris en main, Christine Rambaud désavouée, les nouvelles balayeuses en action, ce sera l’affaire de deux ou trois jours.

Sous les gravats, qui sait, dans une cave oubliée, trouvera-t-on une bobine de South Pacific. Parmi les morceaux chantés, il y en a un intitulé Happy talk. Le titre est charmant. Et sans entrer plus avant, assez subtil quant à la traduction. Puisse Rouen Chronicle toujours s’y tenir.

CCLXXXVIII.

Dire que je suis allé tant de fois et tant d’années au cinéma. Et que je n’y mets plus les pieds. Pourquoi, comment, voilà qui serait long. Les rares films que je vois passent à la télévision. Plutôt des films anciens que je m’acharne à enregistrer sur un appareil qui me complique la vie. Mais c’est ça ou rien.

Il y a peu de temps Elizabeth Taylor est morte. Reconnaissons-le, dans une presque indifférence. Dans les cinémas surtout. Car désormais les salles ne sont que des hangars à diffusion de nouveautés plus inutiles les unes que les autres.. Leur calendrier n’a cours que pour les naissances, pas pour les décès.

Même notre municipal Omnia n’y échappe pas. L’autre jour, l’après-midi, je suis allé voir La Marseillaise de Jean Renoir. Histoire d’être dans le ton, on nous la joue au ciné-club avec sages étudiants et doctes professeurs. A l’ancienne. Tout le monde semble y tenir un rôle. Au vrai, personne n’y croit. L’essentiel est de faire semblant. Comme à l’église ou ailleurs.

Avec trois ou quatre spectateurs de mon acabit, nous figurerions l’aile senior de l’assistance. A peu de choses près, on aurait pu témoigner des conditions du tournage et de la mauvaise foi légendaire de Jean Renoir. Et Lise Delamare, comment était-elle ? Ah, je l’ai bien connue ! Une garce. Etc.

Dommage que le professeur ne nous ait pas interrogé. On aurait eu tout bon. Dans l’assistance, ce ne sont que bons et bonnes élèves. Ils écoutent. Approuvent. Posent une ou deux questions. A la sortie, les magistères les reconnaissent. Ça vous a plu ? Vouiii, m’sieur… A moi on ne me demande pas. On se méfie. Vrai qu’avec mon air revêche…

La Marseillaise est sous-titrée Chronique de quelques faits ayant contribué à la chute de la monarchie. Beau titre. Tout livre d’histoire devrait s’y tenir.

L’actuelle chronique locale nous apprend que nos Verts locaux se retirent de l’exécutif. L’expression, admirable, autorise à s’interroger sur ce qu’exécute cet exécutif, mais bon. On voit dans ce retrait l’événement de la semaine. Les uns paraissent surpris, les autres déjà au courant. Depuis longtemps.

Il semble me souvenir qu’en 2008, lors de la spectaculaire élection de la liste de Gauche (ou la spectaculaire chute de la liste de Droite), un nouveau conseiller municipal (non des moindres) me confiait, entre le buffet et la foule : Ils nous lâcheront deux ans avant la fin du mandat et prépareront leur liste pour 2014. Il parlait des amis Verts. Avouez que…

Bref, scénario écrit d’avance. Comme au cinéma. Dans La Marseillaise, un personnage dit à un autre : De ma vie, je n’ai jamais eu si froid aux pieds. Il s’agit de la bataille de Valmy. Ce genre de détail ne s’invente pas.

Il fut un temps, où, au même cinéma Normandy, celui que je regrette, on projetait, chaque samedi, à minuit, ce qu’on nommait à l’époque des « films d’horreur » et aujourd’hui des « fantastiques ». J’y ai vu La Cité des loups-garous. Ça, ça faisait vraiment peur.




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