CCLXXXVII.

Rue Écuyère, il s’annonce que l’ancien Normandy, devenu Fnac, devenu Extrapole, puis devenu Virgin, va devenir Intermarché. De mauvais esprits diront que ça va de mal en pis. Ils n’auront pas tort. L’autre jour, allant au Théâtre des Arts pour L’Élixir d’amour, arrivé en avance, j’ai visité le nouveau Simply Market. On se souviendra qu’il fut Bowling, fils de Camif. De mauvais esprits diront que… Ils n’auront pas tort. Ce Marché Simpliste a un air cul-cul mâtiné de bonbons à la guimauve bien propre à séduire.

Un peu le contraire de L’Élixir d’amour. D’habitude, Donizetti, ça se met au rayon frais et léger. Ce soir, aux Arts, on le trouvait rangé au rayon collectivités, gros emballage, entre Richard Strauss et Anton Bruckner. Les chanteurs en étaient les premiers surpris : l’orchestre prenait toute la place. Deux pour le prix d’un. Les cuivres à prix discount.

Après avoir mangé mes Palets Bretons sur le parvis, dans la salle, j’ai cru apercevoir Valérie Fourneyron, notre chère maire. Toujours discrète, souriante, mais triste. Enfin, il me semble. Pourquoi serait-elle joyeuse, je vous le demande ? A cause des déboires cultureux locaux ? Ou des espérances cantonales ? Vrai, nous étions entre les deux tours. Peut-être savait-elle que plusieurs de ses chers camarades entouraient Michel Bérégovoy sur son lit de déclin, et le forçaient (oh, pas beaucoup, dites) à approuver le bel appel à voter Ludovic plutôt que Jean-Michel, bref à préférer un fils de cœur à un fils de sang.

Ce qui se passait sur scène, cette histoire d’amours contrariées ne pouvait que lui redonner du tonus, à notre maire. Hélas, non. Car si Donizetti a signé une partition pleine de verve et élégamment écrite il n’en restait presque rien ce soir là. La faute au Gouvernement, comme d’hab. Et à l’électeur qui n’en fait qu’à sa tête. Qui vote Vert et qu’à moitié Rose, quand ça n’est pas Ultra Bleu.

Vous me direz : tout ça, c’est des histoires de famille, ça regarde pas le populo. Vous n’aurez pas tort. N’empêche, ladite famille Bérégovoy joue de malchance avec la politique. Déjà le grand-père… Puis l’oncle, maintenant le fils… tous dans l’ordre que vous voudrez, question de point de vue.

Pauvre Michel ! Je parie qu’il regrette son temps de cheminot et ses tickets de consigne. Dans sa blouse, il jouissait du prestige supposé de la Compagnie. Le contraire d’aujourd’hui où son statut de haute autorité politique locale n’abuse que les benêts. Certains veulent voir dans ce reniement paternel une tragédie antique. Allons donc, on est à Tarascon, pas à Rome. C’est le côté Ukrainien, celui des gens du Sud. Ça ne s’oublie pas.

L’Élixir d’amour est une histoire de tromperie sur la marchandise. Un charlatan vend des philtres d’amour. Tous y croient, mais lorsque l’amour triomphe, la providence seule y est pour quelque chose. Rideau baissé, le charlatan a beau jeu d’affirmer que c’est sa potion qui a réuni les deux coeurs. Après tout, qu’on vienne lui démontrer le contraire.

Les politiques et les épiciers devraient méditer la question. Et aller plus souvent à l’opéra.

1 Réponse à “CCLXXXVII.”


  • Ah bon, on l’appelle encore Théâtre des Arts le Théâtre des Arts, c’est bizarre, il me semblait qu’il avait changé de nom, j’ai rien compris alors ? Nous ici, c’est l’ »Espace Jean Legendre », aux façades couvertes de carreaux de cuisine (genre Bastille), c’est absolument ravissant ! Quant aux palets bretons, en Picardie nous en sommes bien privés…

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