CCLXXXIII.

N’ayant rien réussi, ni dans l’écriture ni dans le barbouillage, je conserve un attachement mêlé de regret pour la peinture. J’entends ici la peinture peinture, toile et taches de couleurs en un certain ordre assemblées. Bref, le vieil art. Celui commencé dans les cavernes. Qui continue, malgré tout.

Malgré tout parce que, de nos jours, tout le monde peint. Veut peindre, peindra et a peindu. S’il est un art populaire, c’est celui-là. Depuis que je suis à la retraite, je prends des cours… disent-ils. On enfile une blouse, on copie des cartes postales, on s’applique. On fait dans le modeste. C’est dur, mais j’y passe de bons moments. Et ils respectent leur professeur, celui qui rit sous cape. Dame, les cours, ça rapporte.

Coup sur coup, j’ai vu le Salon des Indépendants et l’Atelier d’art normand. C’était à la Halle aux Toiles, dans l’immonde rez-de-chaussée. Là où on convie trop souvent les Rouennais au spectacle du peu de considération de nos édiles pour ce qui s’y déroule.

Aux Indépendants, ce sont les amateurs. Les modestes, les moindres. Ils ne sont dépendants de rien du tout, ils exposent. Ça n’a, pour la plupart, ni valeur ni intérêt, mais, à trois exceptions près, ces Indépendants-là le revendiquent. Ils ne se montent pas la palette, ils s’ignorent.

Aucune imagination, aucun tremblement, une technique à la va comme j’te pousse, mais chaque toile est unique. C’est le célèbre C’est moi qui l’ai fait. La satisfaction et la conviction d’être allé au bout. Le devoir accompli. Ne l’oublions pas : ce sont souvent d’anciens travailleurs, ils continuent. Aux Indépendants, on est toujours peintre unique. Celui qui suit, celui qui précède. Se fichant de votre opinion, ils conservent la leur. C’est comme ça et pas autrement.

Autre chose à l’Atelier d’art normand où on expose pour l’apparence. On y est peintre par définition. La preuve, c’est qu’on y est. Où ? A l’Atelier d’art normand. Pas de peinture unique, tout est dans l’assemblage. En être ou ne pas en être. De ceux-ci et pas de ceux-là. Entre soi, avec sa recette et son savoir faire. Au vrai, avec mode d’emploi et faire savoir.

Là encore, là aussi, rien à en dire, ni en bien ni en mal. C’est de l’art industriel. Bien fait et en série. En voir un, c’est voir l’autre, les voir tous. Seuls changent le format et la couleur. C’est de l’abstrait pour papier peint, de l’imagerie pour carterie, du décoratif suivant la mode.

La frontière est simple : personne n’accrochera un Indépendant sur son mur. Si oui, c’est parce que c’est ma belle-sœur qui l’a peint. En regard, chacun mettra de l’Art normand chez soi. Exemple, mon docteur, mon assureur, mon banquier… là, le genre s’agence très bien. Un vert, un jaune, un rouge ? Plus grand, plus large, moins sombre ? Pas de souci. C’est vous qui voyez. On a tout en magasin. Et ça plaît toujours.

Si aux Indépendants, on regarde de la peinture ni faite ni à refaire, à l’Atelier d’art normand, on regarde de la peinture toute faite.

1 Réponse à “CCLXXXIII.”


  • Louise Lineau

    Pourquoi ce défaitisme soudain ? Vous écrivez vachement bien ! C’est plein d’esprit, en vous lisant on croirait même parfois entendre cette bonne Oriane (de Guermantes). Sinon, il y a quand même de bons peintres dans votre coin, mon cousin par exemple, et il donne des cours, mais oui, allez-y !

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