CCLXXXI.

Déjeuner, en triste compagnie, au Réverbère, au bas de la rue de la République. Il s’agit d’un anniversaire. On nous y traite d’assez bonne grâce. Sommes assemblés, à ne pas nous connaître, mais à s’y, et se dire qu’on passe une bonne journéeIl faudra nous revoirJ’ai été enchanté de faire votre connaissance

Le fait est que je m’attache à un jeune couple qui fait semblant de s’intéresser à ce que je raconte ou à ce que je suis devenu après avoir connu leurs grands-parents. Bavardons avant, pendant et après. Ce jeune couple, assez chic, travaille dans la haute-couture et le cinéma (la même chose). Repartant, longeons, de concert, le trottoir. Passons devant ce qui était autrefois Le Havane, bar-tabac. L’ayant beaucoup fréquenté dans les années Soixante, je jette un regard nostalgique sur ce que ce lieu à la Edward Hopper est devenu.

C’est curieux, constate le jeune acteur, le décor n’est pas très cubain. Un temps d’arrêt. La styliste se doute de la méprise : elle a l’œil pour ce qui cloche dans le modèle. Ainsi, il faut, de nos jours, expliquer que si Le Havane se nomme le havane et non La Havane, c’est à cause (ou en raison) des cigares qu’il était censé vendre. Et qu’il ne vend plus, c’est à jurer. Quant au lieu lui-même, inutile d’y chercher des accointances castristes, mêmes légères.

Ceci dit en passant et finissant. Depuis, je me fais la réflexion que ce jeune Frédéric est dans son époque. Aurai-je eu plus de temps que je l’aurai traîné au Narval (rue des Bons-Enfants) voir les poissons. Ou, au Disque bleu (rue Saint-Lô) pour un noir vinyle. De vieux russes au Boyard ? Des Mexicains au Chiquitos ? Ce qui s’efface : la poésie de la fumée, des fumeurs et de leur enfumage.

Pourquoi Le Rallye, L’Ariel, Le Fontenoy, Le Balto, Le Reinitas… sinon pour toute l’ingénuité (oui) des marketeurs de la Régie s’efforçant de cheminer en dehors (ou à côté) des modes british ou américaine. En fallait-il du courage ! Et de la ténacité. Il n’en restera bientôt rien. Images, paroles, deux ou trois vers… On fumait des Gauloises bleues Qu’on coupait souvent en deux… Et pfuitt, envolé. Les cendriers seront désormais immaculés.

Une génération entière de mes amis y a perdu ses poumons. J’y ai échappé, Dieu sait comme ! Ce qui charmait chez les fumeurs et fumeuses, c’était leur gestuelle. Et les accessoires. Ce qu’on retrouve, immémorial, dans les vieux films.

Inutile de préciser qu’on cherche le tout en vain au Havane, qui gagnerait à se convertir au guevarisme soft. Une renommée de cocktails cubains, avec ou sans alcool, ne doit pas être difficile à faire valoir. Des reproductions de peintres cubains (il n’en manque pas) sur les murs, et le tour sera joué. Le Havane, La Havane, une question de genre.

Voilà, c’était le conseil du jour pour sauver le petit commerce. Ah, oui, dit-il, et alors on l’appellera Le Mojito. Oui, c’est ça. Quoi autre ?

1 Réponse à “CCLXXXI.”


  • Et de l’ours enchaîné dans un café de la rue aux Ours, avez-vous de bonnes nouvelles, ou bien ?

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