CCLXXX.

Au restaurant. Un de ces lieux où la belle jeunesse s’use, dans le quartier dit piétonnier. Le touriste y abonde, à l’abri des gargouilles. On voit de quoi je veux parler. Ils ne sont pas si nombreux les p’tits restaus sympas avec poutres apparentes, lumignons sur les tables et menu sur l’ardoise. Je vous aide : sur la porte il y a des macarons de guides gastronomiques. Bref, partout et nulle part, même à Rouen.

Les S*** m’invitent. Lieu moins chic que l’an passé, je préfère. La conversation va et vient. Je dis comme eux, n’étant guère d’humeur à argumenter. Prendrez-vous un dessert ? Cette question ! La trop jeune serveuse apporte la fameuse ardoise (qui n’en est pas une). On n’a que l’embarras du choix. Voilà bien ce qui m’embarrasse, le choix. Et monsieur ? interroge la demoiselle. Je ne sais pas… ce que vous voulez, sauf le citron et la rhubarbe. La jeunesse se rebiffe : Ah, non, j’ai horreur de ça ! Du citron ou de la rhubarbe ? Non, horreur (texto) de choisir pour le client.

Raisonné par les S***, j’opte pour la charlotte aux marrons. La serveuse : Oui, vous serez satisfait, c’est un excellent choix. En fait, je n’ai rien choisi. On me l’impose. L’instant d’après, retour de Perrine, presque joyeuse : Vous allez être déçu, je n’ai plus de charlotte aux marrons. Comment serais-je déçu de ne pas avoir un dessert que je n’ai pas choisi ? Rien à y comprendre. Revoici l’ardoise redoutée : crumble aux fruits rouges, sabayon aux figues, moelleux au chocolat… N’était-ce mon bon ange, je planterais le tout et en resterais là. Un café, l’addition (laquelle n’est pas pour moi).

Renoncer à un dessert ? Pour une histoire d’amour propre ? J’ai passé l’âge. Force est de me rabattre sur le moelleux (sens propre et sens figuré) et d’obéir au diktat de la terrible servante. Je lui souhaite des fiancés aussi complaisants que moi.

Autre chose ? Rien, sinon qu’à un moment de la soirée, je constate que les S*** et moi sommes les plus vieux de l’endroit. A nous trois, 239 années d’âge, presque plus que le restant de la salle en comptant la serveuse. J’en ressens un sentiment de décalage, comme une présence inappropriée. D’où l’incartade des desserts ? La jeunesse sait ce qu’elle veut. Plus moi.

Ni les S*** qui se plaignent de leur mauvaise santé, de l’augmentation des impôts, de celle du gaz, de l’essence pour leur chère bagnole… Aussi de la baisse de leurs actions, de l’actuel gouvernement dont ils regrettent l’élection (ayant voté pour), mais aussi de l’actuelle mairie (ayant voté contre), du commerce (catastrophique), de la propreté des rues, du bruit que fais la jeunesse, que sais-je… Il n’y a que les desserts sur lesquels ils ne rechignent pas. Et les invitations, reconnaissons-le.

Rentrant, j’aperçois, sur une poubelle, rue Saint-Nicolas, une pile de bouquins abandonnés. Comment résister ? J’hérite, en avance sur les rippers, d’un livre et d’un auteur inconnus de moi : Quatre soldats d’Hubert Mingarelli. Vais-je le lire ?

1 Réponse à “CCLXXX.”


  • Ah ça c’est une bonne idée de ramasser les livres abandonnés ! Et de trier ses lecteurs aussi, ce serait une bonne idée !

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